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Batman White Knight : Harley Quinn - Par Katana Collins, Sean Murphy et Matteo Scalera - Urban Comics

Par Aurélien Pigeat le 10 décembre 2021                      Lien  
Dans le prolongement de son univers parallèle "Batman White Knight", Sean Murphy confie le personnage d’Harley Quinn aux bons soins de la scénariste Katana Collins et du dessinateur Matteo Scalera. Du roman graphique d'auteur à la franchise secondaire, il y a une marche périlleuse en terme de création. Et si ce volume ne se casse pas la figure, il semble toutefois un peu trébucher sur l'obstacle.
Batman White Knight : Harley Quinn - Par Katana Collins, Sean Murphy et Matteo Scalera - Urban Comics
Qui a fait qui ? Question inaugurale de ce volume
© DC Comics

Le succès de Batman White Knight en 2017, confirmé deux ans plus tard avec Curse of the White Knight, ouvre-t-il la voie à tout un univers parallèle situé dans cette continuité à part élaborée par Sean Murphy ? On est en droit de se poser la question avec la publication de Batman White Knight : Harley Quinn. L’auteur y délègue la poursuite de son histoire à deux auteurs : d’une part Katana Collins, scénariste et son épouse à la ville, et d’autre part Matteo Scalera, qui avait notamment fait montre de tout son talent dans le Black Science de Rick Remender. Précisons que la démarche avait déjà été amorcée avec un épisode unique dédié à Freeze et illustré par Klaus Janson.

Harley, entre ses souvenirs et ses enfants
© DC Comics

L’intrigue nous situe deux ans après la fin de Curse of the White Knight. Bruce Wayne purge sa peine en prison, Gotham s’avère globalement nettoyée de sa criminalité et Harley Quinn élève seule ses deux enfants, en compagnie de ses « bébés », ses deux hyènes de compagnie. Une existence pas évidente, sans réelle perspective d’avenir, coincée entre d’un côté le passé et les souvenirs du Joker et de l’autre un quotidien ponctué de parloirs avec ce qu’il reste de Batman.

Mais survient une vague d’assassinats théâtralisés qui fait planer la menace d’un nouveau « Vilain ». La police de Gotham sollicite l’aide du docteur Harleen Quinzel afin de cibler le profil psychologique d’un criminel multipliant les clins d’œil au Joker. Harley jongle ainsi entre ses deux costumes, celui de la détective et celui de la super-héroïne, se coltinant en plus un agent du FBI, étrangement impliqué dans l’affaire et faisant manifestement une fixette sur elle.

Un enquêteur du FBI pour épauler Harley
© DC Comics
La parentalité, et la maternité, en question à travers Harley Quinn
© DC Comics

Il y a d’évidentes qualités dans ce Batman White Knight : Harley Quinn. À commencer par l’extension d’un univers où l’héroïne prend le relai d’un Batman derrière les barreaux. Mais surtout, c’est la capacité du personnage d’Harley à porter des thématiques modernes qui frappe. Elle introduit de manière percutante et originale la parentalité, du point de vue de la mère célibataire, dans la trame du comics. Elle y affirme à la fois son amour pour ses enfants et son besoin de retrouver une vie à elle, dans laquelle s’épanouir, en marge d’une maternité étouffante. Cette Harley Quinn là fait souffler un vent de fraîcheur tout en confirmant que le personnage incarne une forme de liberté rare dans le paysage mainstream de la BD américaine.

En outre, Matteo Scalera livre au dessin une partition tout à fait remarquable. Si l’on reconnaît au premier coup d’œil le trait du dessinateur de Black Science, il adapte manifestement son style à l’univers graphique de Sean Murphy et à son sens du cadrage et de la composition. L’impression de continuité avec les précédents opus de White Knight est frappante, tout en apportant une patte personnelle visible, et cela donne un volume splendide.

Nouveau costume, pour le final
© DC Comics

Malheureusement, l’intrigue déployée, elle, déçoit en ne se montrant à la hauteur ni du personnage ni de sa représentation. Même si le motif du cinéma, de son âge d’or et de ses vieilles gloires demeure très séduisant, ne serait-ce que comme écho au mythe fondateur au sein du Batverse – l’assassinat des Wayne dans Crime Alley après une projection de Zorro – la façon dont il se déploie, de manière trop appuyée, le rend un peu grotesque, nous tenant à distance de la dramaturgie déployée.

En parallèle, une sous-intrigue davantage psychologique tente de creuser le versant professionnel d’Harley. Là encore, on reste sur notre faim, entre romance bâclée et psychanalyse à la truelle. C’est dommage, Harley et White Knight méritaient sans doute un traitement plus abouti, plus fin et plus fort.

Notons pour finir que, sur le plan éditorial, à la version couleur sortie au mois de novembre succède une version noir et blanc parue début décembre.

Sentiment mitigé donc à l’issue de la lecture de ce volume, entre plaisir de retrouver Harley Quinn dans une version pertinente et originale du personnage, excitation de voir l’univers de White Knight trouver une véritable extension, et déception quant à une intrigue en fin de compte anecdotique. En espérant qu’il ne s’agissait pas simplement de surfer sur les succès conjoints du Batman de Sean Murphy et de la toujours ultrapopulaire Harley Quinn, en attendant une véritable suite à la saga du White Knight.

Questionnements autour de l’identité
© DC Comics

(par Aurélien Pigeat)

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Code EAN : 9791026820611

Batman White Knight : Harley Quinn. Par Katana Collins (scénario), Sean Murphy (scénario) et Matteo Scalera (dessin). Traduction de Benjamin Rivière et Julien Di Giacomo. Sorties le 12 novembre 2021 (version couleur) et le 03 décembre (version noir et blanc). 176 pages. 18 €.

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