Batwoman T4 - Par J.H. Williams III, W. Haden Blackman & Trevor McCarthy (Trad. Thomas Davier) – Urban Comics

24 février 2015 0 commentaire
  • Après avoir sauvé Gotham City de l’apocalypse déchaînée par Médusa, Batwoman doit désormais faire face à un tout autre adversaire : une agence gouvernementale qui la fait chanter en menaçant sa famille. Heureusement elle peut compter sur cette dernière, toujours prête à se battre lorsqu’un des leurs est menacé !

Le tome précédent nous avait amené à la conclusion du premier arc de la série, sous la forme d’une grande bataille impliquant des monstres mythologiques et un renfort de marque en la personne de Wonder Woman.

Cependant, pas le temps de souffler pour la justicière à la chevelure flamboyante qui nous revient avec une nouvelle conclusion d’intrigue, marquant la fin d’une époque. En effet, il s’agit des derniers épisodes écrits par J. H. Williams III et W. Haden Blackman, qui quittent la série pour divergence d’opinion avec DC Comics. Dans leur communiqué (daté de septembre 2013) les auteurs expliquent qu’il leur a été demandé de changer leurs plans sur les origines de Killer Croc, ainsi que sur d’autres éléments de la fin de l’arc actuel, dont un éventuel mariage entre Kate et Maggie.

Certains observateurs avaient émis l’hypothèse que c’était l’idée d’un mariage gay qui embarrassait DC Comics, mais la maison d’édition a répondu que les divergences n’avaient rien à voir avec l’orientation sexuelle du personnage. On peut supposer qu’il s’agit de problèmes plus classiques liés à l’inertie inhérente au univers super-héroïque, dont le mariage en particulier est devenu souvent l’événement « indésirable » – on ne compte plus les mariages de super-héros (Clark Kent avec Loïs Lane ou Peter Parker avec Mary Jane) qui se sont révélés des impasses narratives, que les éditeurs ont dû « effacer », avec plus ou moins de subtilité selon les cas…

Batwoman T4 - Par J.H. Williams III, W. Haden Blackman & Trevor McCarthy (Trad. Thomas Davier) – Urban Comics
Les fameuses pages éclatées de Batwoman sous la plume de Trevor McCarthy.
© DC Comics / Urban Comics

C’est donc dans un contexte peu engageant que nous abordons cette lecture, sachant que le dernier épisode du tome, et de l’arc, n’est pas signé J. H. Williams III et W. Haden Blackman, mais Marc Andreyko qui remplace au pied levé notre duo. De même J. H. Williams III, qui a forgé l’identité graphique de Batwoman, laisse dans ce tome sa place au dessin à Trevor McCarthy.

Ces problèmes et ce passage de relais n’altèrent heureusement en rien la qualité du titre, qui s’avère une nouvelle fois haletant et poignant, en dépit d’une conclusion que l’on devine, à son aspect un peu « fourre-tout », réaménagée en raison des contraintes imposées par l’éditeur et le départ des deux scénaristes d’origine.

Mais reprenons dans l’ordre !

Nous avions laissé Batwoman victorieuse face à Médusa, et demandant Maggie, sa compagne flic ignorant sa double identité, en mariage. Ce début de tome quatre nous propose une situation normalisée, du moins en apparence, avec notre héroïne poursuivant sa lutte contre le crime en famille –sa cousine Bette, alias Hawkfire, en tant que coéquipière et son père les supervisant à distance. De plus, Maggie ayant appris et accepté le secret de Kate, décide de s’installer avec elle.

Tout pourrait être parfait s’il ne demeurait des tensions et des non-dits entre tout ce beau monde, et si Batwoman n’était contrainte de travailler clandestinement pour D.E.U.S. (Département des Événements Ultra-spéciaux), une agence gouvernementale, qui souhaite se servir d’elle pour démasquer Batman !

Killer Croc, personnage mal-aimé qui retrouve ici sa dignité.
© DC Comics / Urban Comics

L’univers de Batwoman depuis sa création s’articule autour de deux axes : une ambiance horrifique et fantastique, par la présence de monstres et de créatures non-humaines, et une place centrale dédiée à la famille au sens classique (père, belle-mère, sœur, cousine et compagne). Sans oublier le fait que son héroïne évolue à la marge du Bat-universe traditionnel.

Le récit de ce quatrième tome [1], et qui constitue donc la conclusion du run de J. H. Williams III et W. Haden Blackman aborde l’axe de la famille. D.E.U.S. qui a retrouvé par hasard Alice, la sœur disparue de Kate, s’en sert pour contraindre notre héroïne à piéger Batman.

Face à ce chantage, c’est toute la famille de Kate, Maggie y compris, qui va se mobiliser pour monter une contre-opération de libération d’Alice. Le récit offre de beaux moments aux différents personnages, en particulier celui de Bette dont le cheminement, bien que classique, demeure des plus sympathiques à suivre.

Le baiser d’avant bataille !
© DC Comics / Urban Comics

Notons également l’épisode consacré à Killer Croc, sujet de discorde avec les pontes de DC Comics, particulièrement étonnant et poignant. Les monstres ont toujours tenu un beau rôle dans la série et le traitement proposé pour Killer Croc, suite de ses mésaventures au service de Médusa, surprend par sa candeur et son innocence. Le personnage quitte Gotham à l’issu de cet épisode, ce qui n’était a priori pas l’idée initiale de nos auteurs...

Dans son ensemble, le récit suit un très bon rythme jusqu’à son dénouement, alternant action, préparation du plan de sauvetage et moments intimes, dont une réconciliation fort jolie entre Kate et Maggie. Le final, explosif quant à lui, nous propose un combat entre Batman et Batwoman des plus inattendus, mais aussi convaincant. Il n’est pas évident de mettre en scène une telle séquence, avec un personnage comme Batman, à l’aura de « perfection », mais nos auteurs s’en sortent à merveille, offrant une confrontation intense et crédible.

La conclusion, écrite par Marc Andreyko, semble en revanche un peu précipitée, avec une résolution d’intrigue menée par Batman (un comble, vu le propos de la série) et des révélations sur le patron de D.E.U.S. qui semblent arriver comme un cheveu sur la soupe. Néanmoins, reconnaissons que cela permet d’apporter un dénouement global à la série, qui pourrait s’arrêter là...

Sur la partie graphique, Trevor McCarthy reprend le style de J. H. Williams III à base de pages éclatées, en moins complexe, mais paradoxalement plus lisible. Le résultat apparaît plutôt convaincant, même si certaines séquences semblent moins soignées que d’autres. La colorisation de Guy Major, qui se chargeait déjà de celle des dessins de J. H. Williams III (avec Dave Stewart) s’avère par contre toujours magnifique, participant de plain pied à cette ambiance duale, avec d’un côté la fantomatique Batwoman et de l’autre ses adversaires, à l’aura plus « réelle ».

Un excellent tome, qui fait honneur à la série, notamment à travers le parcours « final » de ses personnages, et qui réjouira sans aucun doute les lecteurs fidèles. La reprise de Trevor McCarthy au dessin s’avère convaincante, avec des séquences par moment très inspirées, et le départ de J. H. Williams III et W. Haden Blackman confère au dénouement un aspect certes un peu « fourre-tout », mais qui a le mérite de doter le run d’une vraie conclusion.

Une série en cinq tomes (si on compte le tome zéro) fortement conseillée et à découvrir, en attentant de savoir si Urban Comics publiera la suite... [2].

Kate forcée à affronter son modèle : un duel en bleu et rouge, sur fond noir !
© DC Comics / Urban Comics

(par Guillaume Boutet)

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Batwoman T4. Par J.H. Williams III (scénario), W. Haden Blackman (scénario), Marc Andreyko (scénario), Trevor McCarthy (dessin), Francesco Francavilla (dessin) & Moritat (dessin). Traduction Thomas Davier. Urban Comics, collection "DC Renaissance". Sortie le 13 février 2015. 200 pages. 17,50 euros.

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Batwoman sur ActuaBD :
- Lire la chronique de Batwoman Elegie
- Lire la chronique du tome 1 de la série
- Lire la chronique du tome 3 de la série

[1Les épisodes contenus dans Batwoman T4 : Les Liens du sang sont :
- Batwoman #18-24 + Annual #1 (mars 2013 à octobre 2013 + avril 2014).

[2sachant que la série aux US s’arrêtera en avril prochain, à l’épisode 40 et à l’annual 2.

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