Beate et Serge Klarsfeld : en mémoire de la Shoah

29 juillet 2020 2 commentaires
  • À l’occasion de la publication début septembre de la biographie en bande dessinée de « Beate et Serge Klarsfeld – Un Combat contre l’oubli » (La Boîte à Bulles), nous avons rencontré Beate et Serge Klarsfeld qui nous ont raconté leur histoire et ce qu’ils pensaient de cette bande dessinée. Un document.
Beate et Serge Klarsfeld : en mémoire de la Shoah
L’album de Pascal Bresson et Sylvain Dorange
Ed. La Boîte à Bulles

Pour les nouvelles générations, il est nécessaire de rappeler à quel point Beate et Serge Klarsfeld ont été des éléments centraux dans le travail de mémoire sur la Shoah en France.

Victime de la Shoah, Serge Klarsfeld avait réussi à s’échapper de la menace nazie grâce au sacrifice de son père Arno Klarsfeld, arrêté par les Allemands alors que le reste de sa famille était dissimulé dans une cache. Un père qui finit ses jours, comme beaucoup de Juifs, dans le camp d’extermination d’Auschwitz.

Beate Klarsfeld, quant à elle, était une jeune fille au pair en France quand, catholique et allemande, elle fit la rencontre de Serge, et embrassa la cause de la mémoire du père de Serge et celle de l’ensemble des enfants des déportés juifs de France dont on s’obstinait dans l’immédiate après-guerre à ne pas reconnaître pleinement le statut de victime et, plus grave que cela, dont les bourreaux pouvaient vivre en liberté et avec une certaine aisance dans la République Fédérale Allemande.

Un parcours exemplaire

L’élément déclencheur a été l’accession, en 1966, de Kurt Kiesinger au poste de chancelier fédéral d’Allemagne. Cet ancien fonctionnaire et membre actif du parti nazi, directeur-adjoint de la propagande du Reich à l’étranger, accédait à la plus haute fonction du pays, tandis que Ernst Achenbach, ancien adjoint d’Otto Abetz (ambassadeur d’Allemagne à Paris pendant l’Occupation) et responsable direct de la déportation de 2000 juifs, accédait en 1970 au poste de représentant de la RFA auprès de la Commission européenne, travaillant par ailleurs à obtenir l’amnistie des criminels nazis. Giflant publiquement le chancelier -gifle d’une génération à l’autre- et obtenant l’annulation de la nomination d’Achenbach, Beate Klarsfeld porta la cause de Serge au plus haut niveau médiatique.

© La Boite à Bulles

Ensemble, ils poursuivirent alors les criminels nazis condamnés par contumace en France : Kurt Lischka, organisateur de la Rafle du Vel d’Hiv, Herbert Hagen, organisateur de la déportation des juifs de Bordeaux, et surtout Klaus Barbie, « le boucher de Lyon », qui avait torturé à mort le résistant Jean Moulin et déporté les Enfants d’Izieu. Tous ces braves gens vivaient tranquillement en RFA pour les deux premiers et en Amérique du Sud pour le dernier. Le procès de Klaus Barbie, entièrement filmé, a contribué fortement à la pédagogie de la Shoah en France et à donner la parole aux déportés juifs au moment du procès. Plus tard, Serge Klarsfeld joua un rôle moteur dans les procès Touvier et Papon. Leur action a documenté et ouvert les yeux du public sur le caractère unique et monstrueux des crimes nazis.

© La Boite à Bulles

Créateur de l’Association des Filles et Fils des Déportés juifs de France, Serge Klarsfeld est l’auteur d’un remarquable Mémorial de la déportation des juifs de France qui recense la liste des quelque 76 000 déportés de France, classés par convois, tentant de restituer l’identité de chacun d’eux, en particulier des 11 000 enfants qui en faisaient partie.

Un biopic en BD

Le 9 septembre prochain paraîtra à La Boîte à Bulles une biographie en bande dessinée de ces personnages exceptionnels. Bien documenté (le scénariste s’est appuyé sur leurs Mémoires et sur les documents qui ont été fournis par Beate et Serge), l’ouvrage signé Pascal Bresson (textes) et Sylvain Dorange (dessins) rend avec qualité les grands moments de cette passionnante vie.

© La Boite à Bulles

Le dessin de Sylvain Dorange particulièrement est à saluer. Élégant et enjoué, avec une distance bienvenue, il réussit à restituer, tant dans les décors que dans les portraits, les ambiances de l’époque avec un sens du détail et une lisibilité remarquables. Du beau travail !

Voyez ce que Beate et Serge Klarseld en pensent.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

(par Jaime Bonkowski de Passos)

(par Cédric Munsch)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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2 Messages :
  • Beate et Serge Klarsfeld : en mémoire de la Shoah
    30 juillet 13:17, par O Sidarta

    Sans les époux Klarsfeld, sans Simon Wiesenthal, sans Fritz Bauer, peut être n’aurait jamais t-on jugé les criminels nazis... A mes yeux, ces personnes sont des héros.

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    • Répondu par Ken Krimstein le 4 août à  16:03 :

      I am so excited to learn of this book — and to challenge my French language skills in reading it. And yes, the art looks marvelous indeed. Thank you for promoting it.

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