Bédu : "J’ai dû travailler pour cerner les expressions des personnages"

1er avril 2008 7 commentaires
  • Bernard Dumont, alias Bédu, a rejoint le journal de Spirou en 1992 en signant {Les Psys}, une série à gags scénarisé par Raoul Cauvin. Avec une régularité déconcertante, il aligne les albums depuis. Le quinzième tome, {Je m’aime}, vient de sortir. Rencontre…

Avant de travailler avec Raoul Cauvin, vous dessiniez Clifton. Cette dernière série ne vous manque-t-elle pas ?

Non. Pas du tout. Les récits complets, de trois à quatre planches, entraînent une certaine variation. À chaque histoire, je dois inventer de nouveaux personnages. J’aurais aujourd’hui beaucoup de mal à me concentrer à nouveau sur un récit à suivre. Mais bon, si j’étais obligé, je retrouverais l’énergie pour dessiner un 46 planches. Mais pour le moment, je me sens bien avec les Psys et avec les scénarios de Raoul Cauvin

Bédu : "J'ai dû travailler pour cerner les expressions des personnages"N’avez-vous pas éprouvé certaines difficultés à glisser de l’un à l’autre ?

Non. La difficulté ne concernait pas le rythme, mais plutôt le travail sur les expressions des personnages. Clifton était un personnage un peu raide, et il a fallu que je retrouve de la spontanéité dans mon trait. Un peu comme quand je travaillais sur Hugo. Il m’a fallu un album pour que je me sente à l’aise dans la représentation des personnages pour Les Psys.

Mais avez-vous l’impression d’être créatif ? Raoul Cauvin dessine ses scénarios avec un style presque abouti …

Effectivement. Ses scénarios sont très cartoon. Cela m’arrive régulièrement de ne pas parvenir à rendre l’expression que Raoul a dessinée de manière si simple, et terriblement efficace. Cela m’énerve, à vrai dire (rires). Donc, j’essaie de le faire vivre d’une autre manière. Mais cela bloque toujours un petit peu. À ce niveau là, Raoul est très drôle…

Il vous tend des pièges ?

Peut-être des pièges inconscients (rires). Raoul travaille en fonction de ce que son dessinateur est capable de dessiner, et de ses envies. Il en tient compte. C’est précieux de travailler avec un scénariste pareil. Il m’est déjà arrivé d’illustrer des histoires sans que le scénariste ne s’intéresse à ce que je faisais. Raoul me laisse une entière liberté. Il est vrai qu’il devine dès le départ ce qu’une planche va donner …

Avez-vous encore l’impression d’évoluer dans votre trait ?

Oui. Les situations se répètent souvent dans Les Psys. Je vais souvent regarder les précédents albums pour être sur de dessiner quelque chose de différent. Et j’ai souvent la désagréable surprise de remarquer que mes planches y étaient plus vivantes. Je sens donc une évolution. Je ne sais pas si elle est dans le bon sens ou dans le mauvais.
Le psy principal de la série a beaucoup bougé également. Il était plus rond à l’époque. Aujourd’hui, il est plus anguleux, plus pointu et bouge différemment.

Extrait du tome 15

Justement, la coiffure de ce psy-là ne symbolise-t-elle pas ce que pense Cauvin de ce métier, que c’esty une profession de farfelus ?

C’est possible. Je l’ai dessiné dans ce sens là. Il est certain qu’il n’est pas plus équilibré que ses patients ! Mais Raoul et moi-même n’avons pas la même vision sur ce métier. Lui est plus direct et agressif quant à eux, moi, je suis plus réservé. C’est plutôt sain que des personnes qui aient des problèmes se confient pour qu’on les aide…

Est-ce confortable de travailler avec Raoul Cauvin ?

Très. C’est un homme convivial, d’une humeur constante. Pour se fâcher avec lui, il faut vraiment y aller. Et puis, il laisse beaucoup de liberté à ses collaborateurs…

N’avez-vous pas l’impression que la « famille » Raoul Cauvin est mise en marge dans le milieu ?

Ce n’est pas une impression, c’est une certitude ! On a un peu l’impression d’être des dinosaures dans le milieu de la BD. Mais en ce qui me concerne, cela ne me pose pas de problème. Je me plais bien dans ce que je fais. Et j’essaie de dessiner correctement ! Tant que les lecteurs sont là, cela prouve que l’on est pas totalement mauvais (rires).

(par Nicolas Anspach)

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Illustrations (c) Bédu, Cauvin & Dupuis
Photo (c) N. Anspach

 
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7 Messages :
  • content que Bedu ait été insistant quand å son plaisir a travailler, face a l’interviewer qui tentait visiblement a chaque question de lui faire "avouer" qu’il s’ennuie.

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    • Répondu par Nicolas Anspach le 1er avril 2008 à  13:46 :

      Cher Monsieur,
      Vous croyez vraiment que nous perdrions notre temps à faire des interviews (et de les retranscrire), de manière bénévole - je vous le rappelle - des auteurs dont nous n’apprécions pas le parcours ? Il ne me semble pas avoir voulu lui faire avouer qu’il s’ennuyait. Seulement, il est légitime d’en savoir un peu plus sur les motivations et les plaisirs recherchés d’un auteur qui a axé une première partie de sa carrière dans le récit tout public d’aventure/policier (Clifton), puis une autre dans l’humoristique. Bédu le dit si bien lui-même, le challenge graphique dans les Psys se place à un autre niveau… Et je suis heureux qu’il trouve du plaisir dans son travail ;o)
      Bien à vous,

      Nicolas Anspach

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      • Répondu par Gill le 1er avril 2008 à  16:13 :

        Hem... La première partie de son travail, c’est plutôt "Ali Bébert", "Le p’tit prof" ou "Hugo" ;-) ! Même si, effectivement, beaucoup de personnes ont dû le découvrir avec Clifton.

        Maintenant, il est vrai que ce dessinateur est fabuleux et on est beaucoup à regretter le succès des PSYS...

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        • Répondu par Michel Dartoche le 1er avril 2008 à  23:27 :

          du dessinateur de Johnathan Cartland. Pouvez vous confirmer ? J’ai déjà été assez étonné d’apprendre que l’auteur de Petit-Polio était le frère du PDG de Soleil ; et que Yves Hupen était le fils de Herman !! Mais il est vrai que le petit monde de la BD est une grande famille !

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          • Répondu par Pica le 2 avril 2008 à  13:47 :

            Non Bedu n’est pas le frère de Michel Blanc-Dumont !
            Bravo Bernard pour ta carrière et ton talent.
            Nous sommes nombreux à être en marge de ce métier, mais le public lui ne nous boude pas c’est l’essentiel.
            amitiés confraternelles

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            • Répondu par BÉDU le 3 avril 2008 à  13:01 :

              Quelques réponses aux divers messages :

              Connaissant Nicolas Anspach depuis quelques années, je peux affirmer qu’il n’a nullement tenté de me "piéger" lors de son interview. Il est dans ses habitudes d’être courtois et respectueux de l’auteur auquel il s’adresse. Et en ce qui me concerne, il est d’ailleurs très difficile de me faire avouer quoi que ce soit, j’ai hérité en cela l’entêtement de mes souches ardennaises.

              Je ne suis pas le frère de Blanc-Dumont, tout comme aucun membre de ma famille, proche ou éloignée, ne travaille dans ce "petit monde de la Bande Dessinée"

              Ce petit mot à PICA : Merci, Pierre, pour ton appréciation au sujet de mon travail. Et je ne peux que très sincèrement te retourner le compliment. Le GRAND succès de ta série tient essentiellement à la grande qualité de ton travail et à ton talent. Notre parcours professionnel, à tous deux, a connu des hauts et des bas et cela nous a rapprochés. Et c’est bien ainsi. Je te fais mes amitiés.

              BÉDU

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              • Répondu par ralph le 4 avril 2008 à  13:05 :

                je m’excuse pour mon message un peu agressif, je le retirerai avec plaisir.
                je crois que je me posais simplement des questions quand au ton de questions telles que "vous sentez-vous encore créatif ?".. je n’aurai donc pas pensé ce que j’ai pensé si j’avais entendu la voix qui accompagne la question. Pieges de l’ecriture/lecture...
                et content de savoir que je me trompais, d’ailleurs.

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