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Bella Ciao de Baru : l’intégration entre idéal et réalité

  • Enfin ! Le Grand Prix d'Angoulême en 2010, auteur de « Quéquettes blues », de « L'Autoroute du soleil » et des « Années Spoutnik », nous livre le deuxième volet de sa trilogie « Bella Ciao », en poursuivant son histoire personnelle et familiale, celle de l'émigration d'une famille italienne en Lorraine. Comme pour le premier tome, nous avons affaire à un mélange cocasse de fiction et de mémoire commune pour nous offrir un récit à épisodes s’étalant sur plusieurs décennies abordant l'intégration des migrants italiens en France.

Le premier volume commençait par une tuerie : celle de des Salines d’Aigues-Mortes en 1893. Le deuxième s’ouvre sur le massacre de la Légion Garibaldi des volontaires italiens engagés pour la France sur le front de l’Argonne en 1914. Baru n’y va pas par quatre chemins : l’histoire de l’intégration, de celle des siens, les Italo-français, n’est certainement pas un chemin de roses.

Bella Ciao de Baru : l'intégration entre idéal et réalité

Pour ce premier chapitre, il reprend le même lavis de gris que dans le volume précédent, avec pour seule exception le rouge de la chemise des volontaires, hommage aux Chemises rouges de Giuseppe Garibaldi, lors du Resorgimiento. Ce rouge symbolisant les idéaux des Garibaldiens est porté en flambeau en 1914 par le fils du fondateur de la nation italienne, Ricciotti Garibaldi, qui les souhaite incarnés dans la France. Il est un des fils conducteurs (rouge, forcément) ce deuxième volet.

Reprenant le même principe narratif, Baru alterne entre les périodes historiques dressant le tableau de l’époque et la rencontre avec ses personnages, avec un dîner convivial comme épicentre dramatique. La famille de son héros, Teodoro Martini, et leurs proches, échangent des souvenirs qui en appellent d’autres, puis enchaînent les anecdotes d’une communauté souvent vantée comme modèle d’intégration, mais qui en a beaucoup enduré pour en arriver à ce stade.

On retrouve à nouveau ce mélange de fiction et de souvenirs familiaux faits de disputes, de débordements et de rires, mais aussi de souvenirs douloureux, comme l’ineffaçable nostalgie de la patrie, les horreurs de la guerre et de l’occupation...

L’intégration est un sujet omniprésent : dans l’adoption de la langue locale, le français, mais aussi à travers l’engagement politique, notamment au sein du Parti Communiste et de son engagement dans la Résistance.

C’est l’intrigue du chapitre Mortadelle qui est la plus saillante, celui où deux jeunes issus de l’émigration italienne prennent des voies opposées : l’un se réaffirmant dans son italianité à travers le fascisme et la collaboration avec les nazis, l’autre optant pour la Résistance et le ralliement à la lutte des Français pour la libération du pays.

Baru semble nous indiquer que toute intégration passe par l’adhésion aux idéaux les plus nobles de son pays d’adoption, même s’ils ne sont pas forcément au rendez-vous dans la réalité quotidienne.

Dans le chapitre Ritorno !, nous assistons au retour des Italiens dans leur mère-patrie, après de longues années d’absence, emplis de nostalgie. Mais la majorité reviennent en France, ne pouvant plus ritornare car le pays qu’ils avaient tant idéalisé n’existe plus que dans leurs souvenirs, embelli par la distance et le temps.
Ils se résignent alors à rester étrangers, mais familiers, dans un autre pays que le leur, avec une langue et une culture à jamais « étrange », « métisse »...

Baru maintient le charme avec son style reconnaissable entre mille, son trait libre et léger, parfait pour représenter le mouvement, qu’il agrémente d’aquarelles douces, révélant le caractère ou la psychologie de ses personnages. La sagesse de la maturité se combinant à la maitrise technique, il nous livre une réflexion profonde, singulière mais de portée universelle, sur l’appartenance et le pouvoir des idéaux dans la constitution des individus comme de l’histoire commune.

(par Jorge SANCHEZ)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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10 Messages :
  • Ha, ce cher Baru ! Malheureusement, depuis quelques années, son graphisme s’étiole un peu et je ne retrouve plus la fougue de son trait plastique et documenté comme dans l’excellent "L’autoroute du soleil" ou "L’enragé".

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    • Répondu par je lis avant de me prononcer le 2 novembre à  11:27 :

      Attendez la bd n’est même pas encore en vente que vous donnez déjà votre avis. De plus une bd c’est un ensemble histoire, dessin, couleur et narration pas que un de ces points cités vu sur un ecran.
      Soyez raisonnable

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      • Répondu par Milles Sabords le 2 novembre à  14:22 :

        Si le dessin ne m’emballe pas, je n’achète pas et je passe à un autre album. Les temps sont durs et on ne peut pas tout acheter. Il faut faire des choix. Dans Bande-Dessinée, il y a "dessinée".

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        • Répondu par rémi le 2 novembre à  16:38 :

          Comme disait ma grand-mère : "la critique est aisée mais l’art est difficile"...

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        • Répondu le 2 novembre à  17:23 :

          Faire la fine bouche sur des mecs comme Baru, c’est vraiment ridicule. Surtout quand on voit les références que vous citez d’ordinaire, vous êtes seulement désobligeant pour vous donner un air de grand connaisseur.

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          • Répondu par Milles Sabords le 8 novembre à  15:41 :

            Heureusement pour les artistes dont je cite les références, qu’ils ne m’ont pas eu comme seul lecteur sinon leur carrières auraient été de courte durée.

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        • Répondu le 2 novembre à  17:40 :

          Excusez moi mais si cela ne vous emballes pas quel intérêt de commenter si ce n’’est que de vous écouter.
          Surtout que le dessin de Baru reste de tres bonne facture.
          Vous n’avez rien d’autre à faire que commenter des livres que vous n’avez jamais lu ? curieuse activité

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          • Répondu par Milles Sabords le 6 novembre à  06:02 :

            Contrairement à votre jugement sur les apparences, je commente souvent des albums que j’ai lu. Mais surtout, je connais parfaitement l’œuvre complète des auteurs et autrices pour pouvoir donner mon avis. C’est un forum, et comme tel, il est sain d’y trouver des avis contradictoires et non pas un florilège de bons points. C’est de là que vient le débat, sinon ça devient un salon de thé...

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            • Répondu le 6 novembre à  09:47 :

              Vous commentez surtout très souvent les extraits contenus dans les articles d’Actua BD concernant des albums qui ne sont pas encore sortis et que vous ne pouvez donc pas avoir lus. C’est comme si vous étiez un journaliste de cinéma qui ne chroniquerait que les bandes-annonces. Sauf qu’en plus, vous n’êtes pas journaliste.

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  • Rigueur, énergie, humanité et constance, Baru est un géant !

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