Bernard Coulange, (ré)éditeur des mini-récits

28 novembre 2003 0 commentaire
  • La bande dessinée est un art soluble dans le temps. Il n'existe pratiquement pas de gestion systématique des parutions et de nombreuses histoires ne paraissent que dans des revues et ne sont jamais éditées en albums. Pire: des séries qui ont enchanté notre enfance, rares sont celles qui sont encore disponibles. C'est donc tout un patrimoine d'un art pourtant extrêmement populaire qui tombe chaque année un peu plus dans l'oubli. Heureusement, un passionné est là pour les maintenir dans nos mémoires.

Bernard Coulange est un fou furieux. Il a passé des heures et des heures à encoder dans une immense base de données tout ce qui est paru dans les revues de bande dessinée. Son site "BD Oubliées est à la fois une référence pour tous les amateurs de bande dessinée et une véritable caverne d’Ali BAba.

On y trouve la présentation de centaines de séries, accompagnées d’extraits, de tous les détails de publication, mais aussi des perles, comme des BD de gens célèbres comme Jean Yanne, Gainsbourg ou Karl Zéro. Cet archiviste passionné a également entrepris la réédition mythique des mini-récits, dont il en publie un chaque semaine. Décrire la totalité de son site est impossible tant on y trouve de choses.

Sa dernière folie ? Passer du monde virtuel au monde réel en éditant VRAIMENT les mini-récits, que l’on peut désormais acquérir en version papier. De bien meilleure qualité que les mini-récits originaux, en un peu plus grand format, et sans l’obligation de devoir procéder soi-même à leur fabrication en les pliant dans tous les sens. Un travail professionnel qui a été récompensé puisque le premier tirage des premiers volumes est déjà épuise.

"- BDoubliees, c’est le site qui s’intéresse aux BD que les éditeurs ont oublié de rééditer", explique Bernard Coulange. Bernard Coulange, (ré)éditeur des mini-récits "Donc, oublié, ce n’est pas par les lecteurs, mais par les éditeurs.

Une grosse partie du site fait le recensement de tout ce qui est paru dans de nombreuses revues de BD (Spirou, Pilote, Tintin, Vaillant, Pif, Charlie Mensuel, (A Suivre), Métal Hurlant...). On peut ainsi retrouver des épisodes "oubliés lors des rééditions" d’auteurs ou de séries.

Le site publie chaque semaine en ligne un mini-récit.

Un forum achat/vente permet aux collectionneurs de compléter leurs collections (en sachant où est paru ce qu’ils cherchent).
Chaque semaine, une BD non rééditée est présentée.

BDoubliees a maintenant 5 ans. Etant jeune, je lisais les mini-récits du baron de Noël Bissot. J’adorais (et j’adore toujours) cet humour destructeur.

Quand Noël Bissot est mort, j’ai trouvé scandaleux qu’il soit complétement oublié alors qu’il avait fait passer de bons moments à des dizaine de milliers de lecteurs. Quand la possibilité de créer un site web s’est présentée, j’ai tout de suite pensé que c’était l’occasion de faire connaître le Baron à de nouveaux lecteurs et de permettre à ceux qui l’avaient connu de le relire.

Depuis, le site a grossi. Chaque semaine une BD oubliée (c’est à dire une BD qu’on ne peut pas trouver chez son libraire habituel) est présentée. Pour cela, je relis la série en question. A chaque fois, il fallait feuilleter des dizaines (centaines ?) de revues pour en retrouver les parutions. D’où l’idée de faire des index de tout un tas de revues pour faciliter les recherches et de les rendre accessibles à tous.

Aujourd’hui, BDoubliees, c’est 400 Mo, 40 revues décrites en détails (ou en cours de description), plus de 16000 pages avec des bibliographies de plus de 6000 auteurs et 5000 séries. Le site est fréquenté chaque jour par une moyenne de 3500 visiteurs DIFFERENTS. Il y a environ 6000 habitués qui viennent au moins une fois par semaine."

- Tu tiens particulièrement à faire les choses légalement, et tu contactes donc les auteurs personnellement. Comment retrouver les auteurs ou les ayants-droit de mini-livres publiés il y a quatre décennies ?

" - Je suis pour le respect des auteurs sans qui nous n’aurions pas ces BD. Pour toutes les publications, autres qu’un court extrait de quelques pages qui se situe dans le cadre du droit de citation, je demande l’autorisation.

Retrouver les auteurs est bien la tâche la plus compliquée. J’ai contacté Paul Deliège par l’intermédiaire de la rédaction Spirou (Merci à Thierry Martens et Thierry Tinlot). Celui-ci a tout de suite donné son accord pour des rééditions (à condition que cela ne lui donne pas de travail car il est à la retraite).

Par son intermédiaire, j’ai eu les coordonnées d’autres auteurs (c’est grâce à lui, en particulier, que j’ai retrouvé le fils et la fille de Noël Bissot).

Ensuite, ces autres auteurs m’ont donné d’autres adresses. Des visiteurs du site m’ont également communiqué des adresses. C’est ainsi que j’ai pu contacter une très grande partie des auteurs ou de leurs ayant-droit.

Il y a toujours des auteurs que je ne sais pas comment contacter. Je cherche, en particulier, les ayant-droit de Hubuc depuis plusieurs années sans succès."

- Comment se passent les rapports avec les auteurs et les ayants-droit ?

"- Dans la majorité des cas, très bien. Ils acceptent très vite de donner leur accord pour les rééditions gratuites. On verra si c’est pareil pour les rééditions payantes pour lesquelles je leur verserai les droits d’auteur.

J’ai quelques cas d’auteurs ou d’ayant-droit qui ne répondent pas à mes courriers. Je leur envoie mes voeux tous les ans en espérant avoir une réponse un jour. Je suis quelqu’un de patient. Je n’ai aujourd’hui qu’un cas de refus de la fille d’un auteur.

Une anedocte touchante : quelqu’un m’a communiqué les coordonnées de Marcel Denis (Les frères Clips, Tif et Tondu, un épisode de Spirou). Il se morfondait dans une maison de retraite. Quand je lui est parlé de rééditer ses mini-récits sur internet, il a tout de suite accepté et est devenu le héros de la maison de retraite (pensez-donc, quelqu’un qui a ses oeuvres publiées sur INTERNET !!!). Il est mort un an après. Je pense que cette dernière année a été moins triste pour lui."

- Qu’est-ce qui t’a donné l’idée de rééditer ces mini-livres sous la forme de vrais livres ?

" - On me demandait souvent des rééditions "papier". N’étant pas du tout dans le métier (je suis informaticien), je n’avais pas de structure pour ces rééditions.

Cette année, j’ai été contacté par Hervé Drouet qui venait de sortir le premier album de Rififi. Il m’a proposé de sortir des mini-récits "papier".

Après de nombreux essais de format, de type de reliure, de couverture, nous sommes arrivés à la formule actuelle qui pouvait être produite à un prix plus que raisonnable.

Les premiers essais que nous avons faits reprenaient le format d’origine. C’est vraiment un très petit format et c’est difficile à lire. Un format comme celui qui était utilisé dans les "gags de poche" fait trop ressortir les défauts. Nous avons donc opté pour un format entre les deux.

Nous sommes partis de mini-récits imprimés. Ils sont scannés en 350 dpi sur un scanner qualité photo en format TIF (compter 150 Mo pour un mini-récit). Le matériel utilisé pour l’impression permet ensuite cette qualité."

- Pourquoi un tirage si limité ?

" - Aujourd’hui, les mini-récits "gratuits" publiés sur le site sont lus par environ 700 personnes chacun. J’avais lancé un sondage il y a quelques mois pour savoir qui était intéressé par des rééditions "papier". J’avais obtenu 50 réponses favorables. Nous avons donc décidé d’essayer avec un tirage raisonnable : 175 exemplaires. Il ne sera pas possible, pour le moment, d’augmenter ce tirage. Si le nombre d’exemplaires commandés dépasse ce nombre, nous verrons l’an prochain comment satisfaire tout le monde.."

- Les premiers titres sont des œuvres de Deliège (ceux qui suivront également). Pourquoi ce choix ?

" - Parce que Paul Deliège est quelqu’un de très très sympathique et très coopératif. C’est à lui que j’ai d’abord pensé. Il a immédiatement donné son accord pour les rééditions. Il était normal que les premiers mini-récits soient de lui. Superdingue et Cabanon sont complétement dans l’esprit "mini-récit".

Il y a eu environ 550 mini-récits. Aujourd’hui, j’ai eu des autorisations pour des publications gratuites sur internet pour 350 d’entre eux. Je pense qu’au moins ceux là pourront être réédités sous forme "papier". Pour les autres, il faut retrouver les auteurs.

Pour la suite, il faut choisir entre publier peu de séries mais complétement ou publier beaucoup de séries mais, dans ce cas, il faut beaucoup de temps pour les avoir complètes.

Les suivants seront (pas dans l’ordre car je dois négocier les conditions avec les auteurs) : Cabanon, le Baron, le Flagada (si Dargaud est d’accord), Bobo, Pony, Sam, l’homme du château, Peg... En fait, tout ce qui est déjà passé sur le site."

(par Patrick Albray)

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