Bienvenue en Enfer avec "Jheronimus & Bosch" de Paul Kirchner (Tanibis)

2 novembre 2018 0 commentaire
  • Le 2 novembre, communément appelé "Fête des Morts", est pour les Chrétiens un jour de prière pour les défunts. Ceux que Paul Kirchner envoie dans son Enfer ont bien besoin de prières... Car les peines qu'ils y endurent feront certes rire les anges de Satan et sourire les lecteurs, mais les feront pleurer et crier, eux, pour l'éternité.

La parution de Jheronimus & Bosch de Paul Kirchner (Éditions Tanibis) en novembre n’est peut-être pas un hasard. Ce mois débute en effet pour les Chrétiens par une commémoration des défunts. Or, les damnés et autres âmes en peine ont grand besoin de soutien si l’on se fie au livre du dessinateur américain. Ils y subissent les pires tourments, pour l’éternité et au-delà.

L’ouvrage s’ouvre par une carte - « non à l’échelle » nous dit son auteur - des sites notables de l’Enfer. Parmi ceux-ci, il ne faut pas manquer le Snuk Restaurant, la Literie Lilith, le Gymna Styx, le Lac Pipicaca et bien sûr le Palais de Satan. Cette carte donne le ton : l’Enfer est pavé de bons mots, qui feront se gausser les suppôts de Satan et se désespérer les pauvres pêcheurs.

Bienvenue en Enfer avec "Jheronimus & Bosch" de Paul Kirchner (Tanibis)
Jheronimus & Bosch © Paul Kirchner / Tanibis 2018

Nous y suivons Jheronimus, fraîchement décédé, et Bosch, son canard en bois. C’est d’ailleurs, comme nous l’apprend un court prologue, à la suite du vol de ce jouet, en l’an de grâce 1508, que Jheronimus passe de vie à trépas. Cette canaille échoue directement en enfer, après avoir laissé à l’entrée toute espérance et tout moyen de réconfort.

La damnation de Jheronimus - la référence à Jérôme Bosch est transparente - consiste à subir mille et un tourments, dont chacun est raconté dans un strip d’une page par Paul Kirchner. Dans cet Enfer sans dialogue ni discours - hormis quelques panneaux et pancartes, les strips sont "muets" - et où les pensionnaires pourtant nombreux sont irrémédiablement seuls, chaque torture est prétexte à un gag.

Jheronimus & Bosch © Paul Kirchner / Tanibis 2018

Les démons rient beaucoup dans cette bande dessinée. Les lecteurs sans doute un peu moins - il vaut mieux piocher au hasard pour apprécier l’humour oscillant entre absurdités et scatologie. Paul Kirchner n’est pas aussi inventif que dans Le Bus (Tanibis encore, 2012 et 2015) ni aussi baroque que dans En attendant l’apocalypse (Tanibis toujours, 2017), mais il parvient à se renouveler tout en restant, sur presque cent pages, dans le même thème.

L’auteur varie les approches. Des gags au premier degré alternent avec des jeux visuels sur les proportions ou les perspectives. Il tourne en dérision une imagerie répandue, apparue au Moyen Age, où les démons ne sont guère effrayants et craignent le Diable autant qu’ils sont tire-au-flanc. Il prolonge également la culture américaine des strips humoristiques s’appuyant sur le détournement de la vie quotidienne.

Jheronimus & Bosch n’est certes pas l’ouvrage le plus important de Paul Kirchner. En attendant l’apocalypse offre par exemple un aperçu plus large de son travail. Mais ce nouveau livre est une bonne première approche de son œuvre et de son style, très accessible et truffé de petites inventions.

Jheronimus & Bosch © Paul Kirchner / Tanibis 2018
Jheronimus & Bosch © Paul Kirchner / Tanibis 2018

(par Frédéric HOJLO)

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Jheronimus & Bosch - Par Paul Kirchner - Éditions Tanibis - traduit de l’anglais (États-Unis) par Patrick Marcel (une version en langue anglaise est également disponible chez le même éditeur sous le titre Hieronymus & Bosch) - 20 x 25 cm - 100 pages couleurs - couverture cartonnée - parution en novembre 2018.

Les strips de Jheronimus & Bosch ont été prépubliés sur le site de la chaîne de télévision Adult Swim.

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