Big Girls : Super-héroïnes Vs Kaijūs

6 juillet 2021 0
  • La civilisation est au bord du gouffre et des monstres géants rôdent à la recherche de chair humaine. Seules les Big Girls, une clique de femmes géantes, peuvent leur faire face et protéger la dernière grande ville de l'humanité. Voici le nouvel univers dystopique de Jason Howard, présenté sous le label 404 Comics. Célébrée comme une œuvre anti-patriarcat, elle nous plonge une réalité à mi-chemin entre le cinéma des Kaijū (monstres géants) et celui des super-héros.

Big Girls capte le regard avec ses couleurs stridentes et sa couverture similaire a l’affiche d’un film Marvel. Après le succès de The Astounding Wolf-Man et Trees, Jason Howard assume tous les rôles créatifs ici pour nous offrir une histoire pleine de batailles épiques, chargées de références à King Kong, Pacific Rim et très particulièrement au cinéma de Kaijū.

Dans cet univers, une recherche scientifique a tourné au désastre et transformé certains hommes en mutants géants, cruels et assoiffés de sang. Paradoxalement, les femmes atteintes par cette mutation sont seulement affectées par le trait du gigantisme. Elles deviennent alors les recrues parfaites pour une équipe chargée de protéger La Réserve, le dernier bastion de la civilisation dans un monde sombre et ravagé.

Big Girls : Super-héroïnes Vs Kaijūs

Le supérieur des Big girls est le marsahll Tannik, le chef de sécurité de La Réserve, menant une politique sans pitié de traque des nouveaux-nés manifestant des mutations. Il a recruté et entraîné Apex, Devon et notre héroïne, Emberline, pour constituer le « rempart » qui protège la réserve. Elles doivent éliminer ces créatures surnommées « Jacks » qui tentent de pénétrer et de dévorer ses habitants. Pourtant, la détermination d’Emberline, la plus jeune du trio, faiblit quand elle assiste à l’assassinat par Tannik d’un jeune mutant de trois ans. À partir de cet évènement, elle tente de mieux comprendre les Jacks et de discerner quel degré d’humanité est toujours latent dans ces monstres.

C’est alors que surgit Joanna (Gulliver) comme antagoniste affirmé de l’histoire. Arborant un sourire sournois et le manteau pourpre d’un super-vilain classique, elle complote avec Martin, le père du garçon tué par le marshall et une bande de rebelles pour détruire les Big girls et libérer les Jacks dans la Réserve. Son objectif est de répandre une nouvelle variante du gène mutant capable de « tout arranger », mais son plan vire au désastre quand Martin et Tannik sont transformés eux aussi en géants. Ivre de pouvoir, le marshall tente alors de soumettre par la force les Big girls et le combat ultime pour la survie de la civilisation s’ensuit.

L’album nous situe dans la lignée des grands blockbusters américains par son univers, de même que la trame et le style épique de ses compositions. Jason Howard maîtrise un style expressionniste qui lui permet de tirer le plus grand profit des lignes dures et des contrastes sombres avec les couleurs fluorescentes d’un univers futuriste, captivant le lecteur dès les premières cases dans une histoire fluide, au rythme accéléré.

Les batailles titanesques et les confrontations verbales sont sans doute les points forts de son style, où s’expriment avec précision les vives tensions qui animent ses personnages. En particulier Emberline, tiraillée entre son devoir et son empathie pour les mutants, faisant d’elle un être complexe et attachant à la recherche d’un monde meilleur.

En dépit de ses mérites, Big Girls souffre de deux faiblesses patentes. À part son héroïne, l’ensemble des personnages reste très peu développé. On reconnaît leur rôle grâce aux dialogues plutôt génériques qui nous permettent de distinguer les gentils des méchants, mais au-delà de cette caractérisation, leurs motivations sont plutôt difficiles à cerner, voir confuses par moments.

L’autre point est la construction inachevée de ce futur post-apocalyptique, qui nous empêche de nous plonger totalement dans l’histoire. Les combats sont certes époustouflants, mais nous ne connaissons presque rien sur La Réserve, ses habitants ou la ville (à part qu’elle ressemble à New York). Du moins pas suffisamment pour que les lecteurs puissent s’intéresser à son salut. Cependant, nous devons observer qu´il s’agit d’un défaut assez récurrent dans le registre des méga-monstres.

Nonobstant, la particularité qui, a priori, distingue Big Girls, est directement énoncée sur sa quatrième de couverture : « une diatribe anti-patriarcat ». Considérons cette idée : Big Girls serait une œuvre critiquant les coutumes, les rites sociaux et les lois qui justifient et renforcent la domination des hommes sur les femmes. On peut voir une incarnation de cette notion dans le marshall : un homme autoritaire et inflexible, qui semble avoir la mainmise sur les habitants de La Réserve et leur droit de reproduction. Dans la droite ligne de la vague « woke » du moment. Mais ce serait réduire son potentiel artistique à un slogan bien-pensant



Voir en ligne : Emil Ferris : « Les monstres représentent la vérité, celle qu’on ne veut pas voir en face car c’est trop douloureux. »

(par Jorge SANCHEZ)

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Big Girls, 144 pages à couleurs, par Jason Howard. Ed 404 Comics. 15.90 €

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