Bilan parisien et perspectives américaines pour Japan Expo 2013

9 juillet 2013 0 commentaire
  • Après quatre jours de convention plutôt animés, c'en est fini de l'édition 2013 de Japan Expo et du Comic Con. Retour sur l’évènement, tandis que les organisateurs préparent dès cette semaine la première édition de Japan Expo USA pour le 23 août prochain !

Une affluence phénoménale

Dimanche soir, 19h. En principe, la fin de Japan Expo et du Comic Con. L’affluence est toujours impressionnante, mais depuis une bonne demi-heure, plusieurs exposants s’affairent à ranger, aussi bien du côté des éditeurs que du côté des amateurs. On remballe les invendus chez Tonkam tandis que chez Lego on démonte les formidables structures installées.

Mais le public ne veut pas partir, alors c’est l’extinction des feux à 19h15. Ce qui début juillet ne change rien ou presque en termes de luminosité. Tout le monde est épuisé par ces quatre jours, tout est déjà rangé dans les bureaux, on voit même passer des frigos dans les escaliers, on annonce déjà les semi-remorques de Hachette pour gérer les stocks. Et la foule peu à peu de se diriger vers la sortie, presque malgré elle.

Bilan parisien et perspectives américaines pour Japan Expo 2013
Japan Expo dans les cartons...

L’affluence aura été bonne. Il faut dire qu’avec ses 220 000 visiteurs homologués, la manifestation se place en tête des événements de ce type en Europe. En attendant les chiffres officiels qui devraient tomber bientôt, il semble évident, de manière empirique, que le public a répondu présent, et ce dès le premier jour. Le jeudi fut la véritable surprise de la convention : d’habitude journée plutôt calme, sorte de tour de chauffe avant les affaires sérieuses, le 4 juillet fut particulièrement dense.

Les organisateurs s’y attendaient : les préventes sur Internet avaient été en forte augmentation cette année. Mais l’arrivée tardive sur le calendrier de juillet a peut-être suscité une anticipation de la fréquentation jeudi et vendredi, au détriment d’un week-end de départ sur la route des vacances ?

Changements de pratique

À l’heure du bilan, les exposants interrogés offrent des impressions contrastée : le public était présent, toujours aussi curieux et intéressé, mais le pouvoir d’achat a plus que probablement baissé. D’autant que certains éditeurs ont modifié leur pratique commerciale cette année. "Nous avons sorti Naruto plus tôt cette année, nous dit-on du côté de chez Kana, alors que les années précédentes, nous le sortions au moment de Japan. On l’a fait surtout pour favoriser les libraires. Du coup, les ventes sur le stand s’en sont ressenties."

Ceux venus dès jeudi sont arrivés tôt dans l’idée de faire de gros achats avant d’hypothétiques ruptures de stocks et pour obtenir les goodies et échantillons désirés. Ce public a nourri des espoirs un peu tempérés par un week-end plus calme, où le visiteur était un peu moins consommateur.

L’autre effet inattendu, c’est le changement de circuit de l’entrée. L’entrée principale de l’année dernière était cette année réservée aux professionnels (ce qui désengorgeait d’autant l’entrée du public), et l’entrée du public se faisait du côté Comic Con... Du coup, Casterman qui avait conçu son stand face à l’entrée, se trouvait tourner le dos face au flux principal ! Heureusement, une valorisation réussie du mangalike Last Man de Balac, Sanlaville et Vivès qui a suscité une affluence continue.

Balac, Bastien Vivès et Mickaël Sanlaville dédicaçant des jaquettes personnalisées pour les fans de Last Man. Ils ont véritablement dynamisé le stand Sakka-Casterman

Ototo avait scindé son stand en deux, créant un passage au milieu, ce qui a eu pour effet de multiplier ses ventes, son étal se trouvant quelque peu clairsemé, dimanche.

Côté Japonais, les grands éditeurs leaders au Japon que sont Shueisha et Kodansha étaient d’autant plus discrets qu’ils ne se sont pas déplacés cette année, Shogakukan, malgré la présence d’Aya Oda, n’ayant pas non plus fait dans l’ostentation. Mais on pouvait découvrir des labels moins connus comme les maisons d’édition Hakusensha ou Kadokawa Shoten.

Finalement, culture japonaise et culture occidentale cohabitent plutôt bien, l’une ayant tendance à déteindre sur l’autre cependant...

Une fête populaire

Quoi qu’il en soit, cette convention aura été une formidable fête populaire. Les stands qui ont fait le choix d’animations inventives ont remporté un vrai succès. On verra à la rentrée si le teasing de Kana autour de son futur titre Assassination Classroom a fonctionné, mais les quelques jeux autour de ce manga n’ont pas désempli du week-end.

Les autres animations ont aussi très bien fonctionné : on pouvait voir des queues interminables, de plus d’une heure, devant les maisons hantées ou le Laser game. Et l’on s’est pressé en nombre dans la partie dédiée aux jeux vidéo.

Surtout, la partie amateur était cette année située dans une zone de la convention qui permettait au public de s’y aventurer vraiment. Même si placée du côté du Comic Con, le fait de ne pas être reléguée au fond de la halle a permis de mesurer l’activité de ces fans qui produisent fanzines et événements autour de leur séries, auteurs, univers favoris.

Comme d’habitude, une atmosphère décontractée et sympathique a régné sur ces quelques jours : nombre de visiteurs cosplayés, pas de bousculade, des files respectées, des gens courtois aux stands et dans les travées. "- Cela nous change d’Angoulême", nous dit un exposant versé dans le Franco-Belge. Le week-end, beaucoup de parents étaient venus avec leurs enfants, en poussette.

L’accueil a semblé particulièrement efficace lors de cette édition, et la circulation meilleures que les autres années, notamment grâce à un couloir entre Japan Expo et le Comic Con en partie dégagé. Le fin fond des deux halles a cette année été exploité, évitant ainsi la sensation bizarre éprouvée l’an dernier une fois les derniers stands atteints. Notons aussi les stands de restauration, en très grand nombre et variés.

Quelles perspectives pour cette mécanique bien huilée ?

Peu de couacs donc, hormis autour de l’événement "Buffy Réunion", qui offrait des services particuliers aux visiteurs ayant déboursé une somme importante (79 euros). Retards, cafouillages et certains engagements promis qui n’ont pas été tenus : les plaintes sont nombreuses comme on peut le voir dans les commentaires de la page facebook du Comic Con.

On a mentionné aussi un débat avec l’équipe de XIII Mystery qui n’avait pas attiré les foules. Une communication mieux adaptée pour le Franco-Belge reste à construire...

Hormis ce relatif raté, se dégage une impression de grand professionnalisme de l’organisation de l’événement. Il en faut pour gérer autant de public mais aussi autant de professionnels. La machine est rodée, et tout fonctionne.

Côté Japan Expo, malgré des efforts notables - un bel espace consacré à Testsuo Hara et la découverte des Gravure Idols - les expositions restent encore un peu le parent pauvre de l’événement : le cadre - ou le public ? - ne se prête peut-être pas vraiment à ce type de manifestation.

Côté Comic Con, l’absence d’Urban Comics aura quand même été visible et préjudiciable. Il est vraiment dommage que l’éditeur qui change le paysage du comics en France soit absent d’un tel événement. Il ne faudrait pas que le Comic Con France soit moins dévolu à la culture comics qu’à la culture web et TV dont certains acteurs furent les véritables stars de ce côté de la convention.

L’Affiche de Japan Expo USA

Japan Expo à la conquête des USA

Les éditeurs français devraient d’ailleurs se méfier car, dès le mois prochain, Japan Expo débarque aux USA, ce qui devrait améliorer son retour d’expérience avec la scène comics américaine !

En effet, créée depuis 2012, l’événement français s’apprête à sampler son expérience en Californie, à la Convention Center de Santa Clara, du 23 au 25 août prochain. Avec rien moins que Yoshiyuki Sadamoto, character designer sur l’anime et les films Evangelion et auteur de la version manga de la saga, comme "Guest of Honor".

"C’est un tout petit festival, de la taille de Japan Expo Belgium, tempère Thomas Sirdey. Rien à voir avec ce que nous vivons ici. Pour nous, ce serait plutôt des vacances..."

Mais rares sont ceux qui partent en vacances avec autant d’ambition...

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

(par Aurélien Pigeat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

  Un commentaire ?