Black N°2 - La ballade de l’Homme-Langouste

9 février 2005 0 commentaire
  • Deuxième livraison de cette revue internationale éditée en coédition par Coconino Press et Vertige Graphic. Un numéro d'une qualité exceptionnelle avec, au menu, Jacques Tardi, David B, Igort, Yoshihiro Tastumi et une très étonnante découverte : l'Américain Sammy Harkham.

On le préfère comme cela, Igort, plutôt que lorsqu’il nous emmène dans de très fumeuses théories sur les « avant-gardes soft » : amoureux du dessin, la curiosité en éveil et lyrique quand il parle de ses coups de cœur, notamment le dessinateur américain Harkham dont il publie ici les premiers dessins en France : « Sammy est un auteur méticuleux, avec une poétique et une sensibilité définies qui incarnent aussi un courant d’idées, un point de référence. Boussole d’une bande dessinée qui revient sur ses codes, avec une ferme intention de refondre en échappant au déjà vu. » Malgré une traduction de l’italien plus que sommaire, on sent tout l’enthousiasme du découvreur d’une pépite d’or, tout à la joie de la découverte et ivre de ses promesses.

Et il y a de quoi : Harkham, dont il édite ici poor Sailor avec un grand soin, dégage une espèce de poésie décalée, précieuse, enfermée dans ces espaces carrés, presque toujours de plan moyen, avec cette distance et cette étrangeté goguenarde que l’on trouve chez un Glenn Baxter. La découverte est exceptionnelle et le graphisme rince l’œil, singulièrement.

D’autres émotions graphiques s’égrènent au long des pages de cette revue-album : des Italiens (Elfo, Mauro, Gipi...), des Français comme Tardi (la reprise du merveilleux court récit Manhattan créé pour (A Suivre)) ou David B, des Américains, des Croates, un Japonais... Un tour du monde du graphisme international.

Sans nationalisme, ni sectarisme. « Pas de sectes, please, ni d’envieux, por favor. Arrêtons l’assassinat (bien que symbolique, Dieu merci) des anciens. Renier le passé ? Et pourquoi donc ? N’est-il pas pathétique de prétendre d’être né par génération spontanée ? Pourquoi se berce-t-on dans l’ignorance et l’indifférence à l’autre ? » Qu’est-ce qu’on aime Igort quand il s’exprime avec ces mots. Il ne dit pas qui il vise, mais on suit néanmoins son regard...

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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