"Black River" de Josh Simmons (Huber éditions) : un monde post-apocalyptique noir et sanglant

19 octobre 2019 0 commentaire
  • Sombre et sans espoir : tel est le monde post-apocalyptique imaginé par Josh Simmons, un auteur édité outre-Atlantique par Top Shelf et Fantagraphics Books, mais jusque-là inédit en Europe. Il confirme dans "Black River", une épopée brutale et chaotique, que l'horreur est sa spécialité.

Le genre post-apocalyptique est aussi fécond que populaire depuis quelques années. Signe des temps ? Les difficultés économiques et sociales, la crise climatique et environnementale et les tensions internationales ne sont certes pas faites pour rassurer. Les récits - romans, films ou bandes dessinées - mettant en scène l’humanité face aux conséquences de ses comportements absurdes rencontrent donc un vif succès.

"Black River" de Josh Simmons (Huber éditions) : un monde post-apocalyptique noir et sanglant
Black River © Josh Simmons / Huber éditions 2019

C’est d’ailleurs moins souvent la fin de notre monde que la vie d’après qui est représentée. Ce choix a été fait notamment par Josh Simmons pour une bande dessinée publiée outre-Atlantique en 2015 chez Fantagraphics Books, mais qui vient de sortir en France à la suite d’un financement participatif mené par Huber éditions. Nous y suivons un groupe de survivantes, qui inclut au départ un seul homme, sans cesse en mouvement. La petite communauté espère découvrir Gattenburg, ville dont l’existence n’est pas avérée et qui rassemblerait l’essentiel du confort de l’ancien monde.

Mais cette idée, au fil des déplacements, des mauvaises rencontres et des années, devient un mirage de plus en plus flou. La quête se fait secondaire. Le principal réside tout simplement dans la survie. Dans un monde dévasté, où le froid glacial le dispute aux incendies, où les villes ne sont que ruines, où tout cadre institutionnel a disparu, la lutte est permanente. La sauvagerie et la guerre de tous contre tous font office de règles. Seules la pugnacité du groupe et la solidarité qui l’anime lui permettent de se maintenir. Pas sans encombres ni dommages toutefois.

Black River © Josh Simmons / Huber éditions 2019
Black River © Josh Simmons / Huber éditions 2019

Josh Simmons nous permet d’accompagner ce groupe au plus près. Dans un récit relativement court, il parvient à donner corps aux principaux personnages et à tisser leurs relations. Pour autant, s’il n’évacue pas les questions psychologiques et morales, primordiales dans ce type d’histoire, il donne la priorité à l’action. Il alterne ainsi suspens et horreur, maîtrisant les codes du genre mais y ajoutant une touche personnelle, en particulier dans son souci d’aborder les relations entre hommes et femmes.

Le dessinateur distille quelques épisodes marquants, par leur violence notamment. Les flots d’hémoglobine n’effraieront pas les habitués de séries comme The Walking Dead, mais pourront déstabiliser les lecteurs peu habitués au comic books d’horreur. Les nerfs sont éprouvés : Josh Simmons réussit à maintenir la tension malgré la dilution des enjeux. Plus risqués sont ses choix de construction narrative, privilégiant l’ellipse ainsi qu’une fin en suspens.

Son dessin précis au noir et blanc très contrasté et aux hachures multiples correspond fort bien à l’ambiance retranscrite, propice à créer le malaise. Tout est sombre : la couleur du ciel, le moral et parfois la moralité des personnages, l’avenir de l’humanité. Quelques rares grands dessins apportent une respiration dans un découpage resserré, presque étouffant. Là encore, les choix de l’auteur conviennent bien à son récit.

Josh Simmons livre donc une bande dessinée sans grande originalité dans le genre post-apocalyptique, mais maîtrisée. Les questions soulevées, importantes et nombreuses, auraient cependant méritées quelques pages supplémentaires. Reste des images parfois impressionnantes, qui donnent une apparence à une idée qui nous hante de plus en plus.

(par Frédéric HOJLO)

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Black River - Par Josh Simmons - Huber éditions - traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Maurel, Baptiste Neveux & Marie Rocher - conception artistique par Sammy Harkham & Philippe Poirier - édition originale : Fantagraphics Books, 2015 - 16,5 x 21,5 cm - 112 pages en noir & blanc - couverture souple - parution le 26 septembre 2019.

Consulter le nouveau financement participatif lancé par Huber éditions pour Billy Noisettes, bande dessinée de Tony Millionnaire.

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