"Black Squaw" prend de la hauteur

29 juin 2021 0
  • Déjà le second tome chez Dupuis de la série "Black Squaw" avec Yann, Henriet et Usagi aux commandes. Après un premier tome introductif, le trio de "Dent d'ours" renoue avec la réussite, mêlant Histoire et aviation au travers du destin d'une jeune femme exceptionnelle.

USA, au cœur de la Prohibition : Bessie est une jeune métisse aux origines Cherokee et afro-américaines. Elle rêve d’être aviatrice depuis l’enfance, ce qui paraît inaccessible lorsque l’on est une femme, pauvre et noire dans l’Amérique de la ségrégation raciale et du Ku Klux Klan.

Mais Bessie est des plus obstinées, comme l’indique son nom indien. Via son frère, elle rejoint le crime organisé des distilleries clandestines et des importations illégales. Al Capone recrute effectivement des pilotes à la tête brûlée pour livrer sa contrebande d’alcool. Une mission de plus en plus dangereuse, mais qui ravit Bessie, car elle peut enfin prendre les airs. Sa vie prend cependant un tournant décisif lorsqu’elle devient la cible du KKK. Sa peau à la couleur si particulière vaut de plus en plus cher aux yeux de ceux qui la traquent !

"Black Squaw" prend de la hauteur

Après la réussite de la série Dent d’ours (six tomes parus de 2013 à 2018), il nous tardait de voir comment le scénariste Yann, le dessinateur Alain Henriet et la coloriste Usagi allaient rebondir. Cela faisait plusieurs années qu’ils gardaient sous le coude l’exceptionnel destin de cette aviatrice mi-indienne mi afro-américaine, qui travaillait pour les contrebandiers en pleine prohibition.

Le premier tome de cette nouvelle série avait su rompre avec l’esprit militariste de Dent d’ours, renouant avec l’Histoire. Après une passionnante scène d’introduction qui donne une possible réponse au mystère de la disparition de L’Oiseau blanc (tentative de traverser l’Atlantique en avion juste avant l’exploit de Lindbergh), les auteurs avaient réussi à travers de superbes planches d’aviation à incarner cette héroïne au destin rocambolesque dont on pouvait presque douter qu’elle ait vraiment existé.

Passé la sidération suscitée par la beauté des planches, on pouvait constater que le scénario du premier volume restait relativement léger du fait de la nécessité d’exposer le contexte des États-Unis en cette fin des années 1920 : la Prohibition, la ségrégation, une situation socio-économique instable et une présence des suprémacistes du KKK appliqués à exprimer leur puissance, etc. Aussi nous tardait-il de voir comment les auteurs allaient prendre de la hauteur.

Cette nouveauté débute en pleine guerre des tranchées, une séquence nullement gratuite car elle permet de mieux comprendre où leur héroïne Bessie a trouvé le moyen de passer son brevet de pilote, même si quelques éléments restent encore à dévoiler. Là est d’ailleurs toute la force de Yann : offrir un scénario que l’on peut lire au premier degré tout en creusant la psychologie de ses personnages, comme cette aviatrice déterminée.

Par conséquent, ce second tome est donc beaucoup plus conséquente que le premier. Al Capone fait plus qu’une apparition dans une suite de séquences ponctuées de cliffhangers. Par ailleurs, les auteurs densifient le rôle des enfants apparus dans le premier tome, et l’on renoue ainsi avec la thématique de cette jeunesse aussi insouciante qu’aventureuse, qui avait été gagnante dans Dent d’ours. Le tout avec la Prohibition et fond de grande récession : grandiose !

Dans cette montée en puissance, le dessinateur Alain Henriet peut donner le meilleur de lui-même. Oublié le découpage parfois un peu relâché du premier tome : chaque case prend ici son sens, servant une narration passionnante qui laisse la place à des combats aériens de haute volée. Avec sa coloriste Usagi, le dessinateur rend magnifiquement les ambiances, les avions, les personnages et l’époque.

Entre la guerre des gangs, les souvenirs de Bessie et les attaques du KKK, ce second tome ne souffre d’aucun temps mort. Voilà certainement une série à glisser dans vos valises pour en prendre plein les yeux pendant cette période estivale : dépaysement garanti !

Comme pour le T.1, ce second volume bénéficie d’un tirage limité à 999 exemplaires, avec jaquette et frontispice, signés par l’auteur.

Et pour les amateurs qui voudraient en profiter doublement, la galerie Huberty & Breyne inaugure ce jeudi 1er juillet une exposition qui restera ouverte tout le mois, consacrée aux plus belles planches de Black Squaw mais également à Dent d’ours, avec quelques pièces exceptionnelles qui font plus d’un mètre, comme les couvertures des coffrets dédiés à la série. Impressionnant !

(par Charles-Louis Detournay)

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Black Squaw, T. 2 - Par Yann, Henriet & Usagi - Dupuis.

Lire également l’interview de Yann & Alain Henriet ("Black Squaw") : « Ce sont des personnages "bigger than life" »

De cette série, acheter :

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Par les mêmes auteurs, lire les chroniques du premier cycle de Dent d’ours :
- Les tomes 1 & 2
- Le tome 3

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