Blacksad - T3 : Âme rouge - Canales & Guarnido - Dargaud

11 décembre 2005 0 commentaire
  • Le privé de Canales et Guarnido revient pour un troisième album où peur de la guerre atomique et chasse aux sorcières se conjuguent dans l'Amérique des années 50.

Après avoir abordé les problèmes de racisme dans le précédent volume, Díaz Canales et Juanjo Guarnido s’attaquent donc à un autre élément constitutif de l’Amérique de l’époque : la guerre froide et sa chasse aux sorcières contre les gauchistes et contestataires de tous poils, ainsi que la grande peur d’un holocauste atomique. Blacksad est garde du corps à Las Vegas et tombe par hasard sur l’annonce d’une conférence à propos de l’énergie atomique, menée par un vieil ami qui l’a connu enfant. Celui-ci est proche d’un cercle de contestataires, et ses sympathies politiques vont lui amener les pires ennuis. Ce groupe est soutenu par un jeune richard dont la superbe femme va attirer l’oeil - et bientôt le cœur - de Blacksad. Tout est alors en place pour une histoire plus dans la lignée de la précédente que dans celle de la première, ce qui n’est pas un mal.

Blacksad - T3 : Âme rouge - Canales & Guarnido - DargaudLe dessin de Juanjo Guarnido est, lui, toujours au même niveau, fluide et élégant, à la fois très illustratif et plein de vitalité, la gestuelle des personnages étant aussi étudiée et précise que l’équilibre subtil des couleurs de l’album. À ce propos, il ne faut surtout pas laisser passer Blacksad, L’Histoire des aquarelles, un livre de 80 pages qui accompagne la sortie de ce nouveau tome et qui présente des études de couleurs sous forme d’aquarelles pour les trois volumes, agrémentées de commentaires du dessinateur tout à fait passionnants.

Si le scénario reprend quelques clichés du polar, comme les amours malheureuses, il en utilise aussi un des intérêts, comme l’ambiguïté morale, certains personnages a priori sympathiques ayant un passé plutôt lourd à porter. Il est intéressant de noter la présence de figures historiques plus ou moins décalées, comme un sénateur très inspiré de Joseph McCarthy (avec une bonne dose de prédication évangéliste), un poète auquel est attribué le célèbre Howl d’Allen Ginsberg (grand contestataire de l’époque, d’ailleurs) ou un peintre dont les œuvres ressemblent à du Mark Rothko [1]. Ces clins d’œil historiques renforcent agréablement le décalage que ressent le lecteur entre ces thèmes et ces personnages aux réactions généralement réalistes, d’un côté, et cet univers peuplé d’animaux anthropomorphes, d’un autre côté.

Âme rouge (quel beau titre !) est un album de belle facture, où la beauté du dessin compense largement les quelques facilités du scénario. Si les auteurs se décidaient à faire réellement évoluer leur personnage principal, le lecteur serait absolument comblé.

(par François Peneaud)

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L’éditeur propose six planches en extrait sur son site.

[1Voici un site français qui lui est consacré, et un autre, américain, qui propose de nombreuses reproductions de ses peintures.

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