Blake & Mortimer : un mythe sanctuarisé

28 mars 2008 30 commentaires
  • Le nouvel album de Blake & Mortimer, les mythiques héros créés par E-P. Jacobs, sort aujourd’hui 28 mars en librairie, avec Yves Sente au scénario et André Juillard au dessin. Tout à été fait pour conserver à nos héros le goût d’antan : l’exotisme, le merveilleux scientifique et le mystère des grandes civilisations… Qu’est-ce qui fait qu’on n’y croit pas ?

« Plus vrai que le vrai : le vraisemblable », postulait Baudrillard dans Les Stratégies fatales. Yves Sente connaît ses classiques : après l’Union soviétique (un pays que Jacobs n’aurait jamais oser aborder car la commission de la Loi de 1949 pour la protection de la jeunesse l’aurait impitoyablement censuré), l’Inde où Mortimer, comme le Docteur Watson, passa une partie de son existence, voici l’Afrique subsaharienne jamais encore explorée par nos agents secrets anglais. La trame est linéaire : un symbole ancien est retrouvé aussi bien au cœur du continent noir qu’au Pôle Sud. Et si c’était la confirmation d’une théorie scientifique élaborée par un savant allemand en 1912 ? Détail émoustillant : le symbole est inscrit sur un support dont les caractéristiques sont en contradiction avec sa datation et proviennent d’aucune civilisation connue jusqu’ici.

Blake & Mortimer : un mythe sanctuarisé
André Juillard
Photo : Rita Scaglia © Dargaud

On reconnaît là le savoir-faire jacobsien qu’Yves Sente a étudié de près. Il multiplie dans cet ouvrage les références aux précédents albums, allant jusqu’à faire revenir des personnages secondaires pour leur redonner un rôle plus consistant. Nous n’allons pas vous en dévoiler toutes les ficelles, rassurez-vous. Sachez seulement que cet épisode est fidèle à l’univers original, le scénario d’Yves Sente est habile, le dessin d’André Juillard frôle la perfection et les couleurs de Madeleine DeMille sont jacobsiennes au possible. Mais pourquoi n’y croit-on plus ?

Peut-être à cause du dessin, car André Juillard est un bien meilleur dessinateur que le maître de Bruxelles : sa documentation est aussi précise mais ses anatomies sont sans défaut, ses poses plus naturelles. Il est aussi à l’aise dans l’évocation de Londres que dans celle d’un cottage du Sussex, ou de la savane africaine. Il n’a pas besoin de compenser ses défauts par la théâtralité hiératique qui était la marque de fabrique de l’ermite du Bois des Pauvres. Or, précisément, une grande partie du charme jacobsien venait de cette raideur proprement théâtrale, avec ses défauts : sa phraséologie désuète, sa méfiance des plans cinématographiques audacieux, ses scènes d’actions empesées ; mais aussi ses qualités : un sens parfait de la synthèse, un jeu d’acteurs sans équivalent, un sens de la composition qui magnifiait l’action. Mais il nous faut accepter les nouvelles règles du jeu : une reprise n’est qu’une reprise. Un nouvel album de Juillard n’effacera jamais les qualités magnifiques des sept albums originaux.

Yves Sente
Photo : E. Charneux. © Le Lombard

Là où le charme est rompu, c’est sans doute au niveau du scénario. Si la mécanique est parfaite : le récit est très bien placé dans l’écheveau des aventures de nos héros, elle peine en revanche à rendre la magie des épisodes canoniques alors même que Van Hamme y était parvenu. C’est particulièrement marquant dans cet épisode qui s’échine à entourer le vieux célibataire écossais à la barbe rousse d’une jeune femme et d’une douairière. On remplace la fascination toute jacobsienne pour ces clubs anglais où les gentlemen pouvaient exprimer leur plaisante misogynie, par une sorte de famille recomposée politiquement correcte (il faut, n’est-ce pas, réintroduire des femmes dans cet univers de vieux garçons) et qui plaisante sur l’âge du vieillard alors que Jacobs –qui commence sa carrière d’auteur de bande dessinée dans la quarantaine- y voyait l’occasion d’affirmer au contraire les vertus de l’âge mûr.

Passons sur le prétexte de l’intrigue qui sent son Énigme de l’Atlantide, passons sur un retour d’Olrik que l’on redécouvre ici en as du déguisement à la Arsène Lupin… Mais ne passons pas sur la séquence de la visite nocturne qui pêche un peu trop par mimétisme, ni sur cette civilisation mystérieuse ici évoquée sans la moindre empathie, sans parler de l’absurde dénouement qui en rajoute dans la confusion des valeurs.

Ce qui manque à ce nouveau développement des aventures de Blake et Mortimer, c’est une véritable connaissance des références de l’univers original. En effaçant la dimension coloniale de l’Empire et l’anglophilie originale au profit de concepts contemporains, on lui fait perdre toute sa cohérence. On peut essayer de faire du neuf avec du vieux. Mais à trop vouloir faire du moderne avec de l’ancien, on sombre dans le ridicule.

Blake & Mortimer T. 18 - Le sanctuaire du Gondwana
Ed. Blake & Mortimer

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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30 Messages :
  • Blake & Mortimer : un mythe sanctuarisé
    28 mars 2008 14:44, par xav kord

    Qu’en est-il du projet de la "Malédiction des Trente Deniers", marqué par le décès du dessinateur, René Sterne ? Jean Van Hamme a-t-il renoncé ?

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    • Répondu par Icecool le 28 mars 2008 à  17:33 :

      Aux dernières nouvelles, c’est toujours la compagne de Sterne, Chantal de Spiegeleer, qui a choisi de terminer l’album dont 23 planches avaient été réalisées. Quelques esquisses et dessins sont disponibles sur le site de Sterne :

      http://www.geocities.com/peterside007/sterne_main_coulisse_malediction.html

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    • Répondu le 28 mars 2008 à  17:34 :

      C’est apparemment l’épouse de feu René Sterne qui continue la réalisation de l’album.
      Mais c’est encore à confirmer

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    • Répondu par Nicolas Anspach le 28 mars 2008 à  17:43 :

      Non. C’est l’épouse de René Sterne, Chantal De Spiegeleer qui terminera l’album. Jean Van Hamme, lui-même, nous l’a confirmé. Mais patience… Il doit être difficile tant artistiquement qu’émotionnellement de s’atteler à cette reprise dans les conditions que l’on sait …

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    • Répondu le 28 mars 2008 à  18:23 :

      Chantal de Spiegeleer, épouse de René Sterne, a repris la travil de son mari dont une case est reproduite dans Le Figaro de ce jour.

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      • Répondu par Jeanjean le 31 mars 2008 à  16:04 :

        "Qu’est-ce qui fait qu’on n’y croit pas ?"

        Je pense que c’est la bonne question. Le dessin est splendide mais là où l’épopée de l’Atlandide nous fait rêver, là, on n’y croit pas du tout. J’ai l’impression de voir un nanar de science-fiction. L’album commence et l’on a l’impression de se trouver dans Tintin et les 7 boules de cristal... La recherche d’indices sur cette mystérieuse civilisation aurait été un plus mais on sombre dans une pseudo histoire de féminisme puis soudain l’intérêt du lecteur est relancée quand les auteurs laissent penser que Mortimer croise sa fille (dont il ignore l’existence). Puis, l’histoire patine... Alors qu’il aurait été original de faire intervenir sa fille, mais non, les auteurs ressuscitent des anciens personnages (je n’ai rien contre) mais l’anachronisme de les retrouver là ! Cela sonne faux. On n’y croit pas un instant. La découverte, trop facile, de l’entrée du sanctuaire et le bouclage (trop rapide, sans véritable action, ni intérêt). Et là, le final tel un mauvais film de science fiction, on efface la mémoire de tout le monde et tout finit bien.
        Voilà, trop brièvement retracé cet album. Quand j’ai posé l’album cette nouvelle aventure sur ma table. J’ai pensé : "Tout ça pour ça ?" Tant de travail, tant sur le scénario que sur le dessin génial de Juillard pour arriver à ce résultat.
        C’est alors que je me suis dit que je vieillis mal et j’ai repris l’énigme de l’Atlandide. Et, non, c’est toujours aussi génial, quel scénario ! De l’action, du suspense, des énigmes, une civilisation extraordinaire, des inventions géniales, le grand souffle de l’aventure.

        L’énigme de l’Atlantide : Une superproduction à gros budget.

        Le sanctuaire du Gondwana : un téléfilm sans moyen financier.

        Bon, c’est pas grave ! Courage les auteurs, le prochain sera le meilleur.

        Vous avez simplement oublié :
        1. Les albums de Jacob sont crédibles car appuyé sur des faits historiques (documentation historique remarquable) ou des mythes populaires
        2. Olrik, dans l’oeuvre de Jacobs est un vrai méchant, intelligent, et qui même s’il perd, arrive toujours à s’en sortir. Or, là, vraiment, il est ridicule.

        Voilà, l’opinion d’un vieux lecteur sans langue de bois.

        PS : Quand je vois la nouvelle adaptation de Spirou, parue dernièrement dans le journal du même nom, par un auteur que je ne connais pas. Spirou, en Belgique, à la veille de la guerre : grandiose, énorme, extraordinaire... je me dis que rien n’est perdu et que les prochains albums des aventures de Blake et Mortimer seront terribles.

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        • Répondu par turin le 1er avril 2008 à  08:28 :

          Bonjour,

          l’auteur et dessinateur du projet Spirou s’appelle Emile Bravo. C’est, à mes yeux d’illustrateur bien modeste, un des très grands de la Bande dessinée. Il suffit de lire ses épatantes aventures de Jules et la plupart de ses autres créations (BD ou illustration jeunesse). Les textes sont superbes et son dessin, qui au départ me rebutait, je dois l’avouer, s’avère hallucinant. Il est juste, équilibré, adapté au propos et porte l’histoire.

          Cet artiste n’est pas une connaissance, je parle seulement en tant que lecteur. Avec lui, je retrouve un peu de mes plaisirs d’enfant qui attendait chaque semaine Pif, Spirou et Tintin. Et c’est tout simplement fabuleux. J’attends avec un immense plaisir son spirou. Je le sens bien celui-là. Et les premières critiques que je lis me confortent dans ce sens.

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        • Répondu par JYB le 2 avril 2008 à  12:04 :

          Si justement , c’est grave et il faut souhaiter que Juillard et Sente (surtout Sente)cessent de sévir. Cet album est d’une telle médiocrité (les deux précédents et notamment le T 2 ne valant guère mieux)qu’il pourrait bien sonner le glas du mythe. Les dessins (superbes) de Sterne ainsi que le scénario de la "Malédiction des trente deniers" semblent d’une autre envergure s’il faut en croire les élément aperçus sur le net. Espérons que la compagne du regretté Sterne saura surmonter l’épreuve et nous faire re- découvrir le trio Jacobsien.

          Ce nouvel album donc est tellement pétri de défauts qu’il vaut mieux en rire sans autre commentaire. Un mot cependant : l’absurde, le grotesque dénouement aurait quand même eu plus d’allure si la magie des improbables sarcophages avait substitué Tournesol à Mortimer et Rastapopoulos à Olrik ...oui un tel dénouement n’aurait pas été moins ridicule que celui concocté par Sente !

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          • Répondu par daniel le 10 avril 2008 à  23:34 :

            Bizare tous ces avis négatifs pour l’album que j’ai préféré. Suis-je le seul à avoir trouvé le tome 1 des Sarcophages ennuyeux, le tome 2 intéressant et ce tome 3 brillant et redonnant du lustre aux deux autres tomes ?

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            • Répondu le 15 avril 2008 à  05:30 :

              Suis-je le seul a penser que ces albums ne sont que de vulgaires produits commerciaux ?

              J’ai lu le dernier album de Thorgal scénarisé pas Yves Sente : non pas médiocre mais lamentable. Vous m’excuserez si je ne prendrais pas la peine de lire le dernier Blake et Mortimer.

              Je ne comprends vraiment pas pourquoi tous ces nouveaux albums, de séries à rallonge, suscitent un tel engouement des lecteurs (celui des médias etant assez simple à comprendre...) ; albums qui font de l’ombre aux nouvelles (ou anciennes) sorties, parfois d’excellente qualité mais difficile, voir impossible, à se procurer.

              C’est décidément une sale période pour le 9ieme art (évidemment pas pour ses actionnaires..)

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  • Trés bon article, merci. Je ne comprendrai jamais
    28 mars 2008 23:43, par Michel Dartay

    que le brillant dessinateur des Sept vies de l’Epervier, d’Arno et du Cahier bleu passe tant de temps à prolonger les aventures des personnages de Jacobs. Et les histoires de Yves Sente manquent décidément de légèreté (au contraire de celles de Van Hamme).

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    • Répondu le 30 mars 2008 à  09:19 :

      Vivement l’album écrit par Van Hamme, qui était un autre type de scénariste... et surtout, quel dommage que Sfar et Bravo ne puissent faire le leur. Sfar est un grand auteur, ses textes et ses histoires sont vraiment novatrices, profondes, bien structurées. Bravo a montré avec son Spirou (mais avec le reste de son oeuvre) qu’il est un repreneur aussi fidèle que personnel, sensible. Qu’attendent les éditions Dargaud pour accorder leur confiance à Sfar, qui leur a tant apporté dans la collection Poisson Pilote.

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  • Blake & Mortimer : un mythe sanctuarisé
    29 mars 2008 22:21, par NoctéMédia

    Un Mortimer maigre, c’est le sacrilège des sacrilèges !
    Dès la couverture du nouvel album, on se demande pourquoi la tête de Mortimer a été plantée sur le corps de Blake. Les auteurs se sont sentis obligés de rendre hommage aux néovaleurs, de se plier aux idées préconçues les plus actuelles sur ce que doit être un héros. Quelle servilité, en somme... Alors que l’intérêt que suscitait le personnage de Mortimer chez Jacobs provenait en grande partie du fait qu’il parût si peu stéréotypé.
    J’ai toujours trouvé fade le dessin de Juillard dans Blake et Mortimer. Fade et sans grâce (uniformité du trait, expressions sans finesse). Jacobs était un véritable artiste, comme, au demeurant, le fut Juillard dans Les Sept vies de l’Épervier...

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    • Répondu par TIM le 30 mars 2008 à  14:34 :

      Nous sommes en 2008, pas en 1958.
      Le côté rétro des albums de Jacobs d’il y a 50 ans plait aux nostalgiques. Ils font partie du patrimoine, mais de tels albums publiés de nos jours sembleraient ridicules.
      J’achête les nouveaux B & M, A CAUSE des dessins de Juillard et pas EN DEPIT. Je voudrais qu’il aille encore plus loin dans la "modernisation".
      Querelle des Anciens et des Modernes ?

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  • Blake & Mortimer : un mythe sanctuarisé
    30 mars 2008 14:56, par Icecool

    Il manque à peu près tout dans cet épisode peu fameux de Blake et Mortimer : tout d’abord un véritable enjeu car le coup de la civilisation disparue retrouvée et l’annonce de l’Apocalypse avaient une toute autre saveur dans L’énigme de l’Atlantide et dans Le piège diabolique. Olrik ne représente même plus une vraie menace et tout suspense/rebondissement/exclamation de fin de page est inexistant, à l’instar des scènes d’actions ou de poursuite, ce qui finit encore d’éclipser le suspense hitchockien propre à Jacobs.

    Que dire du passage référence à la Marque jaune et d’un voyage africain au prétexte et à la sauce "Jules Verne" mais là aussi sans mesure avec la patte de cet auteur, puisque décontextualisé et sans saveur (pas l’ombre d’une tribu révoltée africaine ni d’un quelconque sombre marché d’armes ou d’esclaves locaux par exemple).

    On se penchera par contre beaucoup plus sur l’album "Dans les coulisses", qui revient sur les différents albums du couple Sente/Juillard, par ailleurs plein de talents, et qui rend justice au fabuleux boulot graphique de Juillard...

    Wait end see... l’album suivant !

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    • Répondu par Antonio le 31 mars 2008 à  08:35 :

      Excellent article. Vous avez tout à fait raison, M. Pasamonik. Sente n’a rien compris, et ses scénarii sont toujours en porte-à-faux par rapport à l’univers culturel jacobsien. Mais comme c’est de sous (et non d’une création artistique quelconque) qu’il en retourne...

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  • Blake & Mortimer : un mythe sanctuarisé
    31 mars 2008 10:49, par François CHARRIER

    Tres interessantes ces réactions d’intellectuels documentés et avertis autour d’un album de BD. Mais ne serait il pas plus malin de lire ces memes albums avec des yeux d’enfants ? Enfants auxquels ils étaient destinés si ma memoire est bonne.

    En revanche l’exercice qui consiste à faire du "Jacobs" en 2008 en retrouvant la mentalité des sixties est interessant et à mon humble avis réussi......

    la polemique continue et personnellement j’attends toujours des critiques qu’ils proposent leur propre création. C’est à ce moment la que l’on pourra vraiment polemiquer.

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    • Répondu le 1er avril 2008 à  09:03 :

      Je serais curieux de connaître l’âge moyen des enfants qui lisent Blake et Mortimer...

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    • Répondu par Jerome le 2 avril 2008 à  08:04 :

      Concernant leurs "propres créations", que M. Charrier attend de la part des critiques (et peut-être d’autres auteurs), c’est précisément là que se situe tout le problème.
      Et il est le fait des éditeurs. Il faut savoir que si les éditeurs privilégient des reprises, c’est précisément pour ne pas prendre de risques avec de nouvelles séries. Entre les reprises et les adaptations de romans qui sont à la mode en ce moment, cela fait autant (sinon plus) de nouvelles séries avortées ou empêchées de naître. Avec la survivance de vieux mythes comme Blake et Mortimer ou Alix, y aura-t-il de belles séries, neuves, inventives, qui deviendront les classiques du XXIe siècle ? Je crains que non, je suis très pessimiste. La bande dessinée rit de se voir si belle en ce miroir, mais elle n’avance plus avec ces reprises...

      J’attends toujours avec beaucoup d’impatience chaque nouveau B&M. J’ai été très déçu cette fois-ci, mais j’attends à nouveau le prochain... Ce plaisir de lecture (repoussé trois fois jusqu’à présent) ne m’empêche pas d’avoir une analyse froide de la situation du marché de la BD et surtout de la création en France et en Belgique.

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    • Répondu par xav kord le 3 avril 2008 à  22:45 :

      Tout d’abord, merci à tous pour vos précisions quant au devenir des "30 Deniers"...

      M. Charrier, je me permets de réagir à votre remarque sur les critiques que vous attendez "au pied du mur", genre "j’voudrais vous y voir". Ce type d’argument me bassine au plus haut point, on peut même le considérer comme intellectuellement très approximatif : si seuls les professionnels ont le droit d’exprimer un avis, alors il faut laisser les clés de l’expression aux seuls écrivains, dessinateurs, cinéastes... et fermer nos clapets. Je ne vous parle même pas de politique : laissons finalement la parole aux seuls élus et taisons-nous admirativement, puisque ce sont eux qui mouillent la chemise !

      Pour ma part, je n’ai pas (encore) lu ce dernier opus des B & M, que j’achèterai (sûrement). Cependant, je l’ai feuilleté, et il est vrai que je n’y ai pas retrouvé ce que je cherche dans cette série habituellement ; les dessins de Juillard, que j’apprécie beaucoup par ailleurs, me semblent peu aboutis, les couleurs ne m’ont pas convaincu... Je ne m’exprimerai bien sûr pas sur le récit, mais le tout, à commencer par la couverture, m’inspire une "indicible insatisfaction" (si je puis m’exprimer ainsi !).

      Il est évident que cet album est aussi une énorme opération commercialo-éditoriale ; cela ne peut en aucun cas prédéfinir la qualité ou la médiocrité de l’oeuvre produite. Après tout, Ted Benoît a su en son temps produire un "blockbuster" non seulement extrêmement respectueux de l’oeuvre initiale, mais encore s’inscrivant parfaitement dans sa démarche d’auteur de BD, voire d’artiste contemporain. Comme quoi on peut concilier des aspects a priori totalement antinomiques...

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      • Répondu par françois CHARRIER le 9 avril 2008 à  12:16 :

        Mon cher Xav Kord, quand un medium existe et vous convient on s’en sert pour communiquer.

        Bien sur que la critique est acceptable autant la votre que la mienne, mais si l’on veut etre intellectuellement correct, comparons deux choses identiques soit deux albums soit deux critiques mais pas un lapin et une carotte.

        A bientot avec le plaisir de lire votre propre Blake et Mortimer.

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  • Blake & Mortimer : à quand l’anti-mites ?
    1er avril 2008 00:20, par François Pincemi

    Tout cela est bien inquiétant : la reprise par Yves Sente de deux séries majeures risque de durer longtemps, compte tenu de la place de Monsieur Sente dans l’organigramme éditorial. Et les gros moyens mis en oeuvre pour le lancement de l’album (recto-verso de pub dans le quotidien français Métro ; édition spéciale pour le quotidien belge le Soir)permettront d’assurer des volumes importants de ventes, qui masqueront sans doute à court terme l’insatisfaction du public.

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  • Blake & Mortimer : un mythe sanctuarisé
    1er avril 2008 13:47, par Topino

    M. Charrier, vous pensez sincèrement que des enfants lisent B&M en 2008 ? Quelques-uns, certes, mais la masse de ses lecteurs sont majeurs, ne croyez-vous pas ?

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    • Répondu par Michel Dartay le 1er avril 2008 à  15:12 :

      mais je ne pense pas qu’ils se passionnent pour Blake et Mortie. Ce sont ceux qui les ont lus dans leur enfance, dans les années cinquante et soixante, qui en restent les plus fervents défenseurs.

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    • Répondu par françois CHARRIER le 9 avril 2008 à  12:05 :

      On est bien d’accord,cher ami,les enfants d’aujourd’hui ne lisent pas Blake et Mortimer mais plutot des Manga. Par gout ? Par réaction de rejet de la génération precedente ? Toute les attitudes sont interessantes. Quant à moi cela me fait plaisir de retomber de temps en temps en enfance.....

      Et, si je consulte le chiffre des ventes, je ne suis peut etre pas le seul.

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  • Blake & Mortimer : un mythe sanctuarisé
    2 avril 2008 00:47, par Magnolia

    A noter qu’un nouveau site pour la série (pas mal d’ailleurs ...) est en ligne : http://www.blakeetmortimer.com

    Voir en ligne : nouveau site pour la série blake et mortimer

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  • Blake & Mortimer : un mythe sanctuarisé
    5 avril 2008 18:13, par Luc

    Le scénario est faible, c’est une affaire entendue, mais je suis aussi très déçu par le dessin de Juillard, infiniment en dessous du rendu de Jacobs : Précision du trait, composition de la planche, théatralité des situations, toutes ces données et d’autres faisaient le charme de cette série. Malgré toutes ses qualités, Juillard n’a pas su se mettre au niveau. Et puis, un Mortimer mince...C’est vraiment le symbole de toute cette incompréhension !

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  • Blake & Mortimer : un mythe sanctuarisé
    11 avril 2008 20:56, par Jmla

    La jeunesse de Mortimer !

    Je vais vous dire quelque chose et annoncer un scoop qui défrisera, j’espère, leurs auteurs. Van Hamme est meilleur scénariste que Sente. "L’Affaire Francis Blake" tenait la route et "l’Etrange Rendez-vous" fut la reprise la plus jacobsienne des aventures de B&M. Mais Sente, est meilleur businessman ! Alors, il a débauché Juillard, l’homme qui dessine (bien mais plus Hergéen que jacobsien)) plus vite que son ombre mais qui n’arrive jamais à être onirique comme l’était Jacobs (ou Benoît)Dès qu’on touche à la SF son dessin tombe à plat. Franchement "Les Sarcophages", quel cauchemard ! Rien ne fonctionnait. Le comble, c’est que le plus réussi fut la rencontre des deux ados aux Indes ! J’ai préféré, je l’avoue, ce tome 3 alias "Le Sanctuaire de Gondwana" et son retournement de situation que je n’ai pas venu venir. Mais un de mes potes, aussi fan de B&M que moi, a vu autre chose et c’est là que je veux en venir. Il y a page 15 le scénario des futurs B&M made in Sente. Hé oui ! Relisez bien, notez les détais et la façon dont la scène est appuyée. Sente aime livrer des prémices...Ce bon vieux Professeur croise sa fille mais il ne sait pas qu’elle existe ! Ha, ha ! On a eu la jeunesse de Blueberry ; on aura la jeunesse de Mortimer. Et pourquoi pas Olrik ( ou Blake !) amant de la fille de son ennemi ?
    Il y là, by jove, un filon que Sente, pas fou, ne manquera pas d’exploiter tout en torpillant les derniers espoirs des vieux fans qui continuent, comme moi, d’acheter malgré tout.
    Van Hamme pour la fidélité, Sente pour la grande culbute moderniste : mon choix est fait et j’attends avec impatience le tome 1 de "La Malediction des Trente Deniers" malgré la mort de Sterne qui, au vu de ses esquisses, avait l’air de si bien dessiner ce B&M dont la compagne Chantal de Spiegeller a pris le relais.

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    • Répondu le 14 avril 2008 à  14:15 :

      Tant qu’à choisir une grande culbute moderniste, pour reprendre vos propos, choisissons Sfar et ses dialogues efficaces et élégants, ses fines études psychologiques... Sfar & Bravo ont donné de très beaux espoirs sous forme de planches d’essai, parus dans le CBD et dans Bo-Doi. Mais Dargaud n’a pas donné suite à ce projet qui avait l’air très noir - et finalement dans la continuité des thèmes jacobsiens, contrairement aux albums écrits par Sente qui sont à B&M ce que la bière sans alcool est à la véritable bière.

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  • Pour un fan de la série comme moi, je suis extrêmement déçu ! voire dégoûté...
    Déjà qu’aucun des auteurs (Van Hamme et Benoit, puis Sente et Juillard) n’avaient réussi à égaler le ton de et le brio de Jacobs, mais s’en étaient quand même pas mal sorti avec l’affaire Francis Blake, l’Etrange rendez vous et même la machination Voronov que j’avais trouvé assez agréable à lire et même à relire...mais la c’est fini !

    les sarcophages du 6ème continent étaient déjà aux antipodes de la sobriété et du classicisme de Jacobs, qui faisait son charme, mais le sanctuaire du Gondwana atteint des sommets de nullité : tout est mélangé, des personnages ressortent de nul part et se retrouvent liés par des circonstances extraordinaires alors que Jacobs déroulait ces aventures d’une manière logique et cohérente, les personnages n’ont aucune profondeur, ni l’intrigue. Même pas un bon scénario pour un film de série B (à quoi fait d’ailleurs penser le décor pseudo safari)...Jacobs doit se retourner dans sa tombe ! je trouve assez anormal que des auteurs s’enrichissent sur la célébrité d’un autre sans être capables de maîtriser les codes les plus élémentaires du genre !

    bref, ouvrage à vouer aux gémonies...

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