Bloodshot Reborn Intégrale - Par Jeff Lemire - Doug Braithwaite & Butch Guice & Renato Guedes & Collectif - Bliss Comics

6 août 2020 0 commentaire
  • Admirable ! Jeff Lemire crée une ambiance psychologique autour de Bloodshot, le brisant, le ressuscitant lorsqu'il tue à nouveau, le piégeant dans sa propre coquille de folie. Car plus il tue, plus les nanites reviennent à la charge. Une intégrale somptueuse dont la qualité graphique n'est pas en reste !

Deux ans après la première intégrale de Bloodshot parue en 2018, les éditions Bliss Comics publient l’intégrale de Bloodshot Reborn. Ancienne machine à tuer pour le compte du Projet Rising Spirit, il n’en demeure pas libéré pour autant. Proche de la folie, addict aux drogues et à la consommation d’alcool, il erre sans réel but, conditionné à ressasser les ombres du passé.

Lorsqu’une tuerie a lieu dans une salle de cinéma à Broomfield, divulguant un faux Bloodshot responsable de cette tragédie, Ray Garrison observe en boucle le sinistre de ce carnage à la TV. Puis le personnage imaginaire Bloodsquirt apparaît lui dictant la marche à suivre et la nécessité qu’il reprenne du service. Il n’en faut pas plus pour qu’il récupère ses anciennes habitudes, bien décidé à éradiquer la vermine. Tourmenté par les récents événements et accablé par les présences imaginaires de sa bien-aimée Kay et du diablotin Bloodsquirt,

L’inspecteur Dan Hoyt de la police de Denver devra s’armer de patience afin de capturer le criminel responsable du massacre de Broomfield, d’autant plus qu’il rendra des comptes à l’agent spécial Diane Festival, une brune autocentrée pour le moins excentrique.

Quant à Ray Garrison, dés l’instant où il a éliminé le faux Bloodshot, nommé Harlan Cady, les nanites ont littéralement repris le dessus sur sa personnalité le poussant à redevenir l’ancienne machine de guerre qu’il était. Bien décidé à conserver ses précieux acquis en ne succombant pas aux forces des ténèbres, son plus grand combat consiste à lutter contre... lui même.

Jeff Lemire joue la carte de la surprise notamment sur les interconnections entre protagonistes. C’est le cas pour Ray Garrison qui, pris entre sa volonté de devenir un simple homme et non un guerrier à tuer, se rapproche étroitement d’une civile qu’il délivre. Magic est blonde, jeune et elle lui plaît. Et elle est surtout bien réelle contrairement aux apparitions chimériques de Kay, qui le blesse plus que ne l’aide. C’est également le cas pour les deux flics, Dan Hoyt avec sa collègue Diane Festival. Sur la défensive d’entrée de jeu, elle et lui deviennent quelques chapitres plus tard, amants.

Mais l’élément marquant imposé par Jeff Lemire se constate au niveau du rapport entre Bloodshot et les autres individus porteurs de nanites. Ces autres machines sont responsables de tueries barbares, ce qui pousse Ray Garrison à bloquer leurs ardeurs nocives. Néanmoins, cela le conduit inéluctablement vers son ancien personnage, plus il tue, plus les nanites reprennent le dessus sur sa personnalité. Du coup, il entre dans un cercle vicieux et lutte désespérément en permanence.

Ce schéma tactique est vecteur d’émotions d’autant que l’on se sent attristé par les efforts incessants de l’être de nanites à devenir meilleur tout en basculant un peu plus vers le fond et la folie à chaque étape. Les chapitres Bloodshot Island étoffent ce canevas dans lequel Ray Garrison et l’escadron d’anciens Bloodshots affrontent un ennemi à répétition : Deathmate, capable de passer en mode furtif et bien plus puissante que les êtres de nanites. Ce récit est certainement l’un des plus aboutis à ce jour réunissant tous les ingrédients susceptibles de plaire aux fans de survival. Une touche psychologique, des indices et du mystère, des protagonistes à fière allure et de l’action bien entendu, mais parfaitement calibrée.

Bloodshot Reborn Intégrale - Par Jeff Lemire - Doug Braithwaite & Butch Guice & Renato Guedes & Collectif - Bliss Comics
©Mico Suayan / Bliss Comics

La partie graphique offre un spectacle tout à fait alléchant, bien qu’inégal. Plus d’une dizaine d’artistes se répartissent le travail, chacun évoluant dans son propre registre. Doug Braithwaite & Renato Guedes s’illustrent brillamment comme à leur habitude : trait mature, profondeur de champ, découpage original, soin du détail, on ne peut qu’admirer et féliciter un tel rendu.

Lewis Larosa & Stefano Gaudinao ne déméritent pas non plus privilégiant les plans rapprochés et certaines planches pleine page qui méritent tout notre intérêt. La palme pour ce recueil revient certainement au dessinateur Mico Suayan par un trait d’un réalisme qui prend aux tripes. Il suffit de constater les doubles pleines pages reprenant l’escouade Bloodshot pour s’en faire une idée. Un qualité graphique subtile, millimétrée, absolument sublime dans son genre.

Le coloriste David Baron y joue sa carte également. La colorimétrie verdâtre et grisâtre associée au contexte de la forêt donne un résultat ô combien impressionnant.

Forcément, en comparaison avec ce haut standing graphique, les autres artistes pataugent quelque peu. Toutefois, leur trait et leur style graphique sont loin d’être ordinaires. Dès lors, si Doug Braithwaite et ses comparses n’étaient pas présents : force est de reconnaître que cette intégrale toucherait malgré tout le public avec force. Butch Guice, par exemple, à qui l’on doit l’excellent Amber Blake affiche ici un trait sombre et ténébreux à glacer les sang. Sa particularité : très convaincant sur les détails des visages. Une fois encore, le coloriste David Baron joue un rôle déterminant. Quant à Raul Allen, il ne fait malheureusement pas le poids et son trait enfantin apparaît presque anecdotique comparé aux autres, perdu et vite oublié.

Cette intégrale de presque 700 pages est un jalon incontournable de l’univers Valiant chez Bliss Comics, pierre angulaire des récits de l’être de nanites.

©Mico Suayan / Bliss Comics

(par Marc Vandermeer)

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