Bloody Cross – Tomes 1 et 2 – Par Shiwo Komeyama – Éditions Ki-Oon

27 juin 2012 0 commentaire
  • Ki-Oon s'inscrit dans la mouvance vampirique actuelle avec ce shonen gothique à destination d'un public féminin.

Tsukimiya, sang-mêlé, mi-ange, mi-vampire, va mourir si elle n’arrive pas à effacer les stigmates qui la marquent. Elle doit, pour survivre, se procurer un grimoire à la puissance magique fabuleuse. Cette relique divine peut la délivrer du mal qui la ronge. Seulement, son chemin croise celui d’Hinata qui deviendra son allié mais peut-être aussi son nouvel ennemi. En effet, la même souffrance l’imprègne. Les quelques démons sur leur route ne seront pas leurs principaux adversaires car quand deux anges décident de se battre pour le titre de nouveau dieu, les dommages collatéraux seront nombreux.

Des anges, des démons, des vampires angéliques... : les représentations semblent coller tout à fait à la demande du marché manga actuel. Mais pour franchir le pas dans ce genre déjà sur-représenté sur les étals des libraires et, il faut le dire, rarement convaincant, le manga doit avoir quelque chose de plus. Or la première constatation qui vient à l’esprit à leur lecture est un manque criant de profondeur. L’originalité n’étant pas non plus spécialement de mise, que peut-on en retirer ?

La double confrontation proposée par l’auteur met en présence une relation entre dualité et amitié. L’objet tant désiré par les personnages, qu’il soit gain de puissance ou médecine de sauvegarde, oblige à l’usage d’une violence presque subie mais tout de même désirée.

Dans cette ambiance gothique de saison, l’auteur construit un univers joyeusement inspiré d’une imagination « burtonienne ». Le métissage entre ange et vampire, entre un côté lumineux s’opposant à l’obscurité, pourrait s’avérer intéressant s’il n’était pour l’instant un pis-aller s’imposant de lui-même des limitations d’usage. Le récit qui commence comme une quête initiatique de passage à l’âge adulte s’enlise dans un classicisme névrosé où l’absence totale de décors et l’incongruité des situations vont de pair avec le manque de charisme des protagonistes.

Se résumant trop souvent à un enchainement de batailles sans réel intérêt narratif et à la lisibilité graphique limitée, ces deux premiers tomes manquent de perspicacité. L’intrigue tombe comme ça, sans contexte, sans paratexte, rien ne mettant en valeur les personnages ou l’action. Tout ce qui pourrait faire du lien est purement et simplement supprimé.

Bloody Cross – Tomes 1 et 2 – Par Shiwo Komeyama – Éditions Ki-Oon
Bloody Cross – Tome 2
Shiwo Komeyama – Éditions Ki-Oon ©


Le vide psychologique des personnages aurait pu être comblé dès le tome 2 que Ki-Oon a eu la bonne idée de publier en même temps que le premier qui posait traditionnellement des moyens d’agir. Mais les jalons du récit sont vraiment trop espacés pour créer une accroche. En rajoutant des objets de quête à l’infini, on peine à penser que l’auteur puisse suggérer une histoire dont on aurait envie de poursuivre la lecture tout en voulant connaître le dénouement.

Entre cette quête infinie, et le niveau des adversaires des « héros » de plus en plus élevé, on a presque l’impression de se trouver dans un mauvais jeu de rôle. L’auteur devra clarifier sa hiérarchie entre les participants et un terme prévisible à sa quête.

Le dessin ne se démarque pas lui non plus de la production actuelle. Parfois maladroit et hésitant, les personnages sont figurés dans ce style gothique efféminé qui les fait tous se ressembler et qui finit par les rend lisses. En plus de leurs proportions étranges, ils portent en eux une impression forte de déjà-vu, sans charisme. On passe sur leurs présences comme sur leurs absences.

Voilà qui s’adresse à un public léger et sans prétention qualitative.

(par Vincent GAUTHIER)

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