BoDoï N°75 : Bo-Doï et les « Plagistes »

4 juin 2004 0 commentaire
  • Cela sent déjà le sable chaud chez BoDoï sans doute pressé de partir en vacances en ce début de mois de juin pluvieux. Un "dossier Largo Winch" de saison aussi puisque l'album sort ces jours-ci. Van Hamme y confie que son nouvel album a été influencé par les affaires Enron et Vivendi.

Sont-ce les célébrations du D-Day qui rappellent que l’on doit aux Américains de vivre aujourd’hui dans un pays libre et non dans un empire millénaire ethniquement nettoyé, qui ont inspiré à Bo-Doï une espèce d’obsession pour les Etats-Unis visible à la lecture de sa dernière livraison ? C’est en toute cas le fil rouge de ce numéro.

Van Hamme, au passage qualifié de « réaliste libéral de droite » (et sans réagir, encore bien !) est mis à contribution et se voit demander : « - Etes-vous un déçu de GW Bush ? ». Le scénariste belge qui n’est pas, à ce que je sache, un électeur américain, tombe un peu dans le panneau en se déforçant de la confiance qu’il a pu donner naguère au peuple d’Amérique. Justifiant ce que BoDoï croit être un reniement du « libéralisme à l’américaine » (alors que, franchement, depuis SOS Bonheur, sa « ligne politique » est clairement définie), il croit bon d’ajouter, et là cela en devient comique pour le créateur de « LA » série financière de la BD franco-belge : « Quant à la réalité économique, j’en ai dételé depuis trente ans, je ne la connais plus que par les journaux.  » Heureusement, il se reprend quand même en livrant son opinion sur des faits économiques récents faisant la preuve que, même « largué », le créateur de Largo Winch n’a pas perdu ses capacités d’analyse.

La bannière « étiolée » ?

BoDoï voit dans la Bande à Thor de D-Day, le jour du Désastre (Humanoïdes Associés) « une déferlante d’images occultes et païennes », un « Panthéon wagnérien » aux côtés duquel « Batman a l’air d’un Pinocchio ». C’est pourquoi sans doute il a demandé à Andreas de lui tailler un costard pour faire pièce aux explications de David Brin, son scénariste. Pourtant, l’album est clairement estampillé « uchronie » et non « documentaire. » Cette propension aux suites hypothétiques de la seconde guerre mondiale ponctuée de « si », pourtant déjà présente chez Edgar-Pierre Jacobs (Le Secret de l’Espadon) ou chez Chaland (Bob Fish), semble se multiplier ces temps-ci. Elle intrigue BoDoï qui titille à ce sujet le scénariste français de la série Je suis Legion, lequel « s’attend à des critiques » sur ce que l’on pourrait lire comme une instrumentalisation de la Shoah à des fins scénaristiques. Pourtant, bof. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Les X-Men et Magneto l’ont fait depuis perpète sans que cela ne fasse de vague.

Notons quand même que cette série, scénarisée par un Français et dessinée par un Américain, inaugure un catalogue mixte qui confirme la stratégie que le patron des Humanos, Fabrice Giger, est en train de construire grâce à son alliance avec DC Comics. John Cassaday, toujours dans BoDoï, se voit bien en ambassadeur pour raccommoder les relations entre nos deux pays : « Je peux bien vous le dire, dit-il en riant : le gouvernement américain m’a demandé de me positionner sur le marché européen afin de recoudre quelques vieilles blessures. Il est important que les Français boivent à nouveau du Coca-Cola, comme il est important pour les Américains de ne plus appeler les frites à la française : « frites des droits de l’homme.  »

Le reste du numéro n’est pas sans intérêt non plus : Lepage (intéressant entretien), Loustal, Muňoz sont au générique, de même que la prépublication de Kookaburra N°4.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Message personnel : Merci O’ Groj.

  Un commentaire ?