Bob de Groot & Bercovici : « J’écris comme il dessine ».

15 janvier 2007 0 commentaire
  • Un nouveau duo comique est né : la rencontre du scénariste de Léonard et du dessinateur des Femmes en blanc. Le lancement d’une nouvelle série qui, comme ses auteurs, ne se prend pas au sérieux.

Comment est née cette première collaboration entre vous ?

Bob de Groot : Quand Glénat m’a approché pour me proposer de lancer une série dans leur nouvelle collection Paris-Bruxelles, je leur ai proposé ce projet de Pères Noël que j’avais dans mes cartons depuis quelques temps. Je souhaitais un dessin très proche de celui de Philippe Bercovici, et comme j’avais appris qu’il avait dernièrement arrêté Cactus Club et Le Boss, je me suis permis de l’appeler.
Bercovici : Nous nous étions déjà rencontrés, mais nous n’avions jamais vraiment travaillé ensemble. On en a donc discuté autour d’un bon repas, et je suis reparti avec le scénario de la genèse de la série : les 6 pages que vous retrouvez en début du tome 1.
BdG : J’ai patienté pendant presque deux jours, puis, n’y tenant plus, je l’ai appelé pour savoir ce qu’il en pensait, s’il avait déjà fait un ou deux croquis pour se donner une idée …
B : J’avais déjà fini deux planches (rires)

Bob de Groot & Bercovici : « J'écris comme il dessine ».
© Glénat/Bercovici/Bob de Groot

Vous avez l’air de bien vous entendre ?

B : Bob aime le contact, et pour moi, cela change de mes précédentes collaborations. On parle beaucoup du projet, car je suis en fait son premier lecteur, et il tient compte de mes petites remarques. Parfois, je suggère une idée, et il l’utilise pour l’un ou l’autre gag.
BdG : On s’amuse beaucoup ensemble car nous nous sommes découverts des affinités communes. D’ailleurs, j’ai besoin d’un échange avec le dessinateur sinon mon écriture devient stérile.

L’humour est parfois un peu plus adulte dans cette série ?

BdG : J’aime communiquer ma passion : le rire. Je pense que celui-ci a évolué avec les années. On peut maintenant se permettre des choses qui n’auraient pas été tolérées il y a vingt ans. Les mentalités changent avec les générations. Certains gags sont un peu plus osés, mais il n’y a jamais de vulgarité, tout reste dans la suggestion. Cela permet de s’adresser aux adultes tout en restant accessible aux plus jeunes. Dans notre style d’humour, il n’est pas toujours facile de toucher un large public. Il faut donc prendre des risques pour faire mouche. Le petit Spirou l’a bien prouvé.
B : Je suis focalisé dans un certain registre d’humour, mais j’aime diversifier le style de scénario que je dessine. D’ailleurs, un dessin humoristique peut mettre en scène une histoire réaliste, voire dramatique. Manu Larcenet l’a très bien prouvé avec le Combat Ordinaire.
BdG : Il faut pouvoir s’adapter au public, mais aussi au style d’histoire qu’on raconte. C’est pour cela que j’avais inventé ces gags en plusieurs pages. Si certaines blagues sont courtes, on peut les traduire en gag d’une planche mais d’autres ne sont drôles que si elles sont plus longues, j’ai alors inventé ces gags en deux, trois, voire 5 ou 7 planches, presque des petites histoires. Puis j’avais appris en travaillant avec Tibet sur Junior l’idée du mini-gag par bande. En combinant les deux, on retrouve un style que j’emploie beaucoup.

© Glénat/Bercovici/Bob de Groot
Premier tome

Comment s’est réalisé le travail sur Père Noël & fils ?

BdG : J’écris mes histoires sans réfléchir à un ordre prédéterminé, un gag en entraînant souvent un autre. Ensuite, je choisis à quelles positions se placeront les gags-histoires au sein de l’album. Il faut alterner les gags en une planche et les plus longs afin qu’un rythme propice de lecture se crée. Le lecteur se repose avec une histoire courte avant d’aborder un récit plus touffu. Bien entendu, l’introduction du thème de Père Noël & fils se situe en début d’album, mais ensuite cet ordre chronologique est complètement bouleversé.
B : Normalement, j’intercale les différentes BDs sur lesquelles je travaille afin de varier les univers, mais pour que Père Noël & fils puisse sortir au moment indiqué, j’ai dessiné toute la seconde partie de l’album sans interruption.

Comment votre série va-t-elle prendre son essor ?

BdG : Le tome 2 est déjà partiellement écrit. Les faire-valoir (comme la mère Noël) et certains personnages secondaires vont prendre une place plus importante, d’autres vont tout simplement faire leur apparition. Les running-gags seront nombreux, surtout ceux en rapport avec les rennes. Le père Noël commencera sa tournée dans les pays du sud : il en a assez de la neige et du froid. Je m’amuse comme un petit fou en écrivant ces histoires. Je me lâche comme Philippe (Bercovici) dessine : rapidement et avec beaucoup de plaisir.

© Charles-Louis Detournay
Philippe Bercovici à l’oeuvre

Elémentaire, mon cher Clifton, de la série éponyme, est sorti dernièrement ?

BdG : C’est exact, le célèbre moustachu collabore avec le Dr Watson dans le Londres du XIX°. J’avoue malheureusement ne pas être entièrement satisfait de ce vingtième tome. Je m’entends très bien avec Rodrigue [1] l’idée de ce scénario venait d’ailleurs de lui, mais je ne pense pas avoir réussi à l’exploiter au mieux. D’ailleurs, par manque de temps de ma part, c’est lui qui prendra en charge le scénario du 21° album, ainsi que peut-être des prochains, mais j’ai encore pas mal d’idées pour la suite …

Que se passe-t-il avec le prochain Robin Dubois ?

BdG : Turk [2] souhaitait un 20ème tome à cette série, que j’avais donc écrit, mais finalement, il tardait un peu à le mettre en chantier. Entre-temps, j’avais reçu un coup de fil de deux jeunes qui voulaient en reprendre le dessin. Les pensant inexpérimentés, je n’y croyais pas trop, mais j’ignorais qu’ils travaillaient déjà au sein du studio Peyo. Ils m’ont donc envoyé deux planches qui sont presque similaires aux originales, excepté un petit schtroumpf qu’ils avaient caché derrière un arbre (rires) : c’était à s’y tromper ! Turk les a donc coachés sur ce nouvel album, mais il a réalisé lui-même la couverture. Selon l’accueil que ce 20ème tome de Robin Dubois recevra à sa sortie prochaine, on statuera sur la suite.

Bercovici, vous avez repris dernièrement le dessin de Génération Ego, qui paraît dans Spirou [3] ?

B : Steven ne sentait plus vraiment le projet, et il l’a abandonné. Comme Dupuis y croyait beaucoup et qu’il n’y avait pas assez de pages pour composer un album, ils m’ont demandé de m’y atteler. J’y prends beaucoup de plaisir, car c’est un humour assez original. C’est aussi un challenge de dessiner les adolescents, mais grâce à mon fils de 15 ans, j’ai de la documentation à la maison (rires). L’album devrait sortir au printemps.

On vous avait pressenti pour un Donjon Monsters [4] ?

B : J’avais commencé à y travailler, mais cela représentait pour moi beaucoup de travail. Je me suis mis à traîner sur ce projet [5], jusqu’à me demander si cette idée me tenait réellement à cœur. J’ai donc appelé mes amis Lewis et Joann pour leur expliquer que ce serait sans doute pour une prochaine fois.

Quels sont vos autres projets ?

B : Le dernier des Femmes en blanc vient de sortir. J’ai l’idée de reprendre le personnage de Charles Degotte, Flagada, mais ce n’est actuellement qu’une ébauche.
BdG : J’ai promis à Laurent Gerra et à Pierre Aucaigne de leur écrire un vaudeville. C’est une tâche très importante, et j’ai déjà quelques grandes idées. Bien entendu, le prochain Léonard sortira sous peu, et le suivant est déjà écrit, mais je pense qu’il me faudrait 5 vies pour concrétiser tout ce qui me passe par la tête.
© Glénat/Bercovici/Bob de Groot

(par Charles-Louis Detournay)

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[1Après Macherot, Azara,Turk, et Bedu, Michel Rodrigue a repris le dessin de Clifton (3 tomes parus). Il a également collaboré avec Bob de Groot sur trois albums de Doggyguard.

[2Bob de Groot & Turk collaborent depuis bientôt 40 ans sur de nombreux albums : 19 Robin Dubois dans le format actuel, 38 Léonard et 9 Clifton.

[3Scénarisée par Noblet, cette série avait débuté sous le crayon de Steven pour être reprise peu de temps après par Bercovici.

[4Cette série, qui change de dessinateur à chaque album, s’intègre dans les mondes de Donjon zénith, crépuscule et potron-minet. Lewis Trondheim et Joann Sfar invitent un auteur à faire vivre un personnage secondaire du donjon.

[5Bercovici est un des dessinateurs actuels les plus rapides : il réalise en moyenne une planche par jour. Traîner n’est donc pas vraiment dans sa nature.

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