Bob et Bobette s’exposent à Bruxelles

5 février 2021 0
  • La galerie Huberty & Breyne accroche à ses cimaises quelque 70 de planches d’une série emblématique de la bande dessinée populaire. Une exposition sans fioritures, simple, agréable, consacrée à un auteur essentiel de l’histoire du neuvième art.

C’est en 1990 que Willy Vandersteen est mort, avec derrière lui une œuvre considérable, laissant devant lui cette œuvre perdurer, grâce à un studio d’une redoutable efficacité éditoriale. L’histoire de cet auteur prolifique commence dans les années 1940, avec (comme Hergé) des dessins publiés qui ont fait polémique de par leur portée idéologique.

On pense souvent que les personnages de la série Bob et Bobette sont nés en 1948 dans le magazine Tintin, mais c’est une erreur. Vandersteen avait déjà créé pratiquement toute la petite famille de sa série avant d’en continuer les aventures dans le prestigieux Journal Tintin, dont le directeur artistique était Hergé qui, de son côté, commençait à être une référence absolue dans la bande dessinée francophone.

Bob et Bobette s'exposent à Bruxelles

Certes, c’est avec cette entrée dans un monde à forte influence hergéenne (c’est un doux euphémisme) que Willy Vandersteen est parvenu à une maturité graphique exceptionnelle, sans commune mesure avec ses dessins précédents. On ne peut pas nier la puissance graphique de livres comme « Le Fantôme espagnol  », « Le Trésor de Beersel », entre autres, influencés incontestablement par « le maître »… On ne peut pas nier non plus l’extraordinaire et toujours terriblement moderne scénario du Gladiateur Mystère. Même si Hergé a obligé Vandersteen, pour pouvoir être publié sous sa houlette, à modifier son style, à le rapprocher de ce qu’on appellera plus tard la Ligne claire, à même oublier, pour les pages du magazine Tintin, le personnage plus qu’intéressant de tante Sidonie, force est de reconnaître que Willy Vandersteen est très vite devenu un auteur à part entière, un auteur s’éloignant rapidement des diktats narratifs d’un Hergé qui voyait en lui un artiste exceptionnel, c’est vrai, mais un artiste essentiellement à l’âme flamande !

Vandersteen fut d’abord et avant tout un artiste à la vraie personnalité, possédant un sens aigu du mouvement, de la caricature toute en expressions, du décor mettant en évidence les personnages, comme dans une forme de cinéma d’animation.

Sans pour autant dire que Vandersteen faisait de l’ombre à Hergé, il était malgré tout inéluctable que ces deux monstres sacrés de la bande dessinée belge voient leurs destins se séparer. Les éditions Standaard, dès 1959, offrent de telles conditions à Vandersteen qu’il ne peut qu’accepter de devenir ainsi celui qu’on a nommé parfois l’inventeur de la bande dessinée néerlandaise.

Cette exposition à laquelle je vous convie aujourd’hui ne retrace pas du tout toute l’étendue de l’œuvre de Vandersteen qui, outre sa série-phare, a quand même créé d’autres séries qui ne manquent pas d’intérêt : Bessy, Robert et Bertrand, Le Chevalier Rouge, le Prince Riri, et les excellentes Frasques de monsieur Guignon.

Elle ne nous montre qu’une période précise des aventures de Bob et Bobette, celle des années 1960, avec des planches originales de quelques livres qui ont continué, après l’époque Tintin, à prouver tout l’éclectisme de Vandersteen, dans ses thèmes comme dans l’évolution de son dessin : Le Sampan mystérieux, Trognika chérie, L’Œuf bourdonnant, entre autres, nous livrent ainsi les secrets de leur création.

Et c’est donc une exposition sans apprêts que l’on peut visiter à la Place du Châtelain à Bruxelles. Trois objets emblématiques de l’univers de Bob et Bobette font un pendant tranquille aux planches accrochées aux cimaises de la galerie, et cette exposition est comme une petite flânerie amusée et amusante dans l’imaginaire dessiné d’un artiste qui reste un emblème de la culture belge de langue flamande.
Bob et Bobette, ce sont des centaines d’albums, tous ou presque construits comme des fables contemporaines, même quand Vandersteen emmène ses héros dans d’autres époques grâce à la machine du professeur Barabas. Des fables, avec des morales…

On pourrait parler de BD « feel good », sans doute. Je préfère, quant à moi, parler d’une bande dessinée populaire, s’adressant à tous les publics, et désireuse, toujours, d’apporter un message humaniste aux jeunes lecteurs.

Voir en ligne : Galerie Huberty & Breyne

(par Jacques Schraûwen)

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Bob et Bobette s’exposent dans la galerie Huberty & Breyne jusqu’au 20 mars 2021 (place du Chatelain – 1050 Bruxelles)

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