Boucq dessine l’obscénité du Procès Carlton

27 juin 2015 5 commentaires
  • À l'occasion du très médiatique Procès Carlton, le quotidien français "Le Monde" et le grand dessinateur François Boucq se penchent sur les mœurs d'un bande de notables de province encanaillés avec un président du FMI candidat à la présidence de la République. Plutôt qu'un exercice de voyeurisme, une réflexion lucide sur la marche déréglée de notre monde.

De Boucq, on connaît l’incommensurable talent, sa capacité à changer de registre, du burlesque surréaliste de La Dérisoire Effervescence des comprimés au western mystique à la Bouncer, du polar russo-newyorkais à la Little Tulip à la série d’aventure Janitor ou XIII Mystery. Mais le dessin d’audience judiciaire, il n’avait encore jamais fait.

On sait que les caméras sont interdites dans l’enceinte d’un tribunal. Mais depuis le XIXe siècle, les dessinateurs sont autorisés, comme les journalistes, à donner des comptes-rendus d’audience. Lillois, Boucq ne pouvait que s’intéresser au Procès Carlton qui examinait le cas de Dominique Strauss-Kahn et de sa bande de copains lillois plus ou moins impliqués dans des parties fines. Tout le monde a bien compris qu’il s’agissait là d’un procès politique, mis en branle dans le cadre d’une campagne présidentielle à venir, et qui venait comme une réplique au scandale new-yorkais qui frappait à ce moment-là le président du Fond Monétaire International, libertin déclaré et queutard avéré. Sexe et politique ont toujours affolé les médias, et le public aussi, car l’un ne va pas sans l’autre.

C’est dans cette disposition voyeuriste que l’on aborde ce livre écrit par la chroniqueuse judiciaire du Monde, Pascale Robert-Diard, d’autant que la couverture nous montre un groupe de prévenus le pantalon baissé...

Boucq dessine l'obscénité du Procès Carlton
Maître Leclerc et ses bons mots d’audience
(c) Le Lombard, François Boucq et Pascale Robert-Diard

Mais très vite on comprend que ce compte-rendu d’audience nous parlera autant de justice, de droit et d’humanité que des turpitudes humaines. On entre dans la substance même du procès et l’on découvre une galerie de portraits avec un président d’audience ne se laisse pas impressionner par le contexte médiatique et qui rappelle à juste titre la primauté du droit exprimé dans la dignité, un prétoire où les prévenus défilent penauds, comme ce marchand de chaussures qui s’autorisait quelques privautés avec des prostituées dans son arrière-boutique et qui se retrouve sur le banc aux côtés d’un ancien ministre de la République partouzard ; ou goguenards, comme ce "Dodo la saumure", maquereau assumé qui se sait couvert par le droit belge et qui, goûtant à une célébrité euphorisante, multiplie les boutades.

"Dodo la saumure" et son associée.
(c) Le Lombard, François Boucq et Pascale Robert-Diard

Aucune révélation tonitruante, juste une chronique excellemment écrite qui raconte comment fonctionne notre justice et qui arpente la frontière parfois ténue entre la normalité et le délit, concepts sur lesquels les magistrats s’étripent à coups de bons mots d’autant plus savoureux qu’une plume les immortalise.

Pascale Robert-Diard raconte bien le détour rituel des prévenus et des avocats venus voir comment Boucq les avait croqués à l’audience. Strauss-Kahn ne s’y est pas reconnu : on le dessine trop "bossu" à son goût. Devenu le salace magnifique de la République auquel tous les soirs ou presque Les Guignols de l’info donnent une image aussi vulgaire que scélérate, DSK n’hésite pas à donner son avis au dessinateur, comme il le ferait sur la crise grecque. Qui sait, peut-être que cet esthète a des ouvrages de Crepax, de Manara et de Lévis sur sa table de nuit...

DSK ne se voyait pas si bossu...
(c) Le Lombard, François Boucq et Pascale Robert-Diard

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet ouvrage chez Amazon ou à la FNAC

 
Participez à la discussion
5 Messages :
  • Boucq dessine l’obscénité du Procès Carlton
    27 juin 2015 14:42, par Olaf

    Crepax et Manara je connais, mais qui est Lévis ?

    Répondre à ce message

    • Répondu par MD le 27 juin 2015 à  19:01 :

      Lévis alias Jean Sidobre, surtout connu pour les Perles de l’amour, et la série des Liz et Beth. Un petit coup de google ?

      Répondre à ce message

      • Répondu par Olaf le 27 juin 2015 à  21:58 :

        Jean Sidobre je le connais pour avoir dessiné le Club des 5, je ne savais pas qu’il faisait dans le cul aussi.

        Répondre à ce message

        • Répondu par Oncle François le 29 juin 2015 à  17:22 :

          Ce n’est pas du cul vulgaire, mais de l’érotisme distingué, mon cher Olaf, avec des lieus exotiques, des costumes, des dégradés sublimes au lavis dont il était le maître incontesté, puisqu’il le dominait avec charme. Ses histoires ont été publiées dans l’Echo des sales vannes deuxièmes série, avant d’être reprises en album par Albin Michel, à l’époque où cet éditeur semblait s’intéresser à la BD.

          Répondre à ce message

          • Répondu par Olaf le 29 juin 2015 à  23:34 :

            J’oubliais que ceux qui lisent ce genre de bouquins c’est pour les lieux exotiques, les costumes et les dégradés sublimes, ce n’est jamais pour la pignole. Les articles dans Lui et Playboy étaient super, c’est d’ailleurs pour ça qu’on achetait ces magazines.

            Répondre à ce message