Newsletter ActuaBD

"Bravo les Brothers" de Franquin : La Joconde du 9e Art

  • Publiant ces jours-ci, dans une forme commentée, "Bravo pour les Brothers", un récit de 22 planches de Franquin datant de 1965, les éditions Dupuis mettent particulièrement en avant ce chef-d'œuvre de la bande dessinée belge classique, un sommet du 9e Art.

Il en va ainsi de l’histoire, et de l’histoire de l’art en particulier : elle se résume en quelques moments marquants qui en constituent en quelque sorte l’absolue synthèse. Le David de Michel-Ange, la Joconde de Léonard de Vinci, le Requiem de Mozart, Notre-Dame de Paris de Victor Hugo font partie de ces jalons...

L’appellation de « 9e Art » pour la bande dessinée n’est pas si ancienne : inventée par le critique de cinéma Claude Beylie en 1964, elle a été popularisée par le dessinateur Morris et le collectionneur Van Keer dans une rubrique rédactionnelle de Spirou, puis sacralisée dans un manifeste de Francis Lacassin, Pour un Neuvième Art : La Bande Dessinée (1971). Depuis, cet art nouveau a prospéré dans les académies, les musées, les galeries...

Mais celui-ci n’est pas encore entré véritablement dans une phase classique, je veux dire qu’on ne l’étudie pas en classe. Or, on le pourrait avec cet ouvrage d’André Franquin qui propose d’abord une version restaurée de l’œuvre originale, remise en couleurs par Frédéric Jannin dans le respect des indications de couleur de l’auteur, mais aussi les fac-similés des originaux où se déploie toute la nuance des détails.

"Bravo les Brothers" de Franquin : La Joconde du 9e Art
Un chef d’oeuvre de narration, d’expressivité où Franquin révèle toute la maestria d’un animalier hors pair.
Bravo les Brothers - Par Franquin -(c) Dupuis

En ce qui concerne l’accompagnement critique, signé José-Louis Bocquet & Serge Honorez, nous ne sommes certes pas dans Profil d’une œuvre, mais toute la galerie des personnages (Spirou & Fantasio, Gaston, Le Marsupilami, De Mesmaeker...) et surtout tout l’art de Franquin est là : son sens inouï de la comédie qui fait de sa bande dessinée un petit théâtre savoureux où il exprime son infinie empathie pour ses personnages ; l’habileté incroyable de son dessin qui traduit à la perfection les attitudes, les mimiques, les sentiments, la vérité des objets avec une intelligence remarquable... Il y a enfin Franquin l’animalier, le créateur du marsupial de Palombie, qui atteint avec ses chimpanzés les Brothers un sommet inatteignable pour un dessinateur normalement constitué. Une merveille !

Cette édition est accompagnée d’un cahier critique, bourré de documents rares, reproduisant l’intégralité des originaux des 22 planches de l’histoire en fac-similé.
Bravo les Brothers - Par Franquin -(c) Dupuis

N’ayons pas peur de l’écrire, cet épisode de Spirou, Bravo les Brothers, est notre Joconde !

Publié du 14 octobre 1965 (N°1435) au 3 mars 1966 (N°1455) de l’hebdomadaire de Spirou, il constitue le sommet de l’art de Franquin alors en pleine plénitude de ses moyens.

Le dessinateur anime le personnage de Spirou -qui appartient à son éditeur- depuis une vingtaine d’années et le gaffeur Gaston depuis 1957. Son talent transcende l’hebdomadaire de la bonne humeur et la bande dessinée belge dans son intégralité.

Adoubé par Hergé qui savait reconnaître un talent, Franquin devient le chef de file d’une génération unique : Peyo (Les Schtroumpfs), Morris (Lucky Luke), Roba (Boule & Bill), Tillieux (Gil Jourdan), Will (Tif & Tondu) et quelques autres qui obligeront les historiens à forger le vocable « franco-belge » pour désigner la BD francophone.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album chez Amazon ou à la FNAC

 
Participez à la discussion
13 Messages :
  • "Bravo les Brothers" de Franquin : La Joconde du 9e Art
    9 avril 2012 12:14, par jean-philippe

    Bel article et entièrement d’accord avec vous. Franquin au sommet de son art qu’il retrouvera pour les Idées Noires (la Joconde bis ?).
    Il y aura sûrement des lecteurs qui vous diront que la Joconde c’est le Tibet, La marque jaune, la Voiture immergée etc. Quoi qu’il en soit, ce sont toutes des oeuvres extraordinaires et exemplaires qui ont inspiré bon nombre de suiveurs. De là à les mettre dans un musée...

    Répondre à ce message

  • Adoubé par Hergé qui savait reconnaître un talent, Franquin devient le chef de file d’une génération unique : Peyo (Les Schtroumpfs), Morris (Lucky Luke), Roba (Boule & Bill), Tillieux (Gil Jourdan), Will (Tif & Tondu) et quelques autres qui obligeront les historiens à forger le vocable « franco-belge » pour désigner la BD francophone.

    Que des Belges, donc franco-belge signifie belge francophone et non pas français et belge.

    une version restaurée de l’œuvre originale, remise en couleurs par Frédéric Jannin

    ça ça fait peur, c’est trop souvent foireux ce qu’il fait comme sur le honteux Nid du marsu expurgé de Spirou et Fantasio. Son recours systématique aux traits blancs façon craie pour le mouvement rappelle le photoshop d’il y a 25 ans (Jannin était un précurseur dans le dessin et la couleur à l’ordi)et est aujourd’hui bien ringard.

    Si j’ai bien compris il y a une fois les 22 pages en couleurs puis une seconde fois les mêmes en noir et blanc entrecoupées de rédactionnel. Vous parlez des originaux en fac-similé, mais sur la photo ça a l’air d’être le film noir avec juste le trait, pas des fac-similés (toujours un peu gris).

    A l’expo Franquin de la Villette il y avait les fac-similés de cette histoire, c’était absolument sublime vraiment le sommet de l’Art pour Franquin.

    Répondre à ce message

    • Répondu le 10 avril 2012 à  09:09 :

      "Si j’ai bien compris il y a une fois les 22 pages en couleurs puis une seconde fois les mêmes en noir et blanc entrecoupées de rédactionnel. Vous parlez des originaux en fac-similé, mais sur la photo ça a l’air d’être le film noir avec juste le trait, pas des fac-similés (toujours un peu gris)."

      Bonjour,

      Sur cette page, c’est le cas en effet mais cela n’arrive qu’à deux reprises, je crois, lorsque les originaux ont été perdus. Dans la plupart des cas, il s’agit bien de reproductions de planches originales. Disons que la page d’exemple a été mal choisie.

      Répondre à ce message

    • Répondu par Juju le 11 avril 2012 à  18:16 :

      Et que pensez-vous des couleurs de cet album ? Les trouvez-vous réussies ? Moi je les trouve jolies même si les visages sont un peu trop clairs (mais je ne suis pas spécialiste !).

      Répondre à ce message

  • "Bravo les Brothers" de Franquin : La Joconde du 9e Art
    9 avril 2012 20:53, par Sergio Salma

    C’est aussi l’album où Gaston Lagaffe prend le pouvoir . Franquin abandonnera Spirou et Fantasio et va se consacrer à son personnage . Bravo les brothers est vraiment révélateur de ce putsch que l’auteur s’impose à lui-même. Dans la non-aventure , on assiste à une vraie mise en abyme. Fantasio prend les tranquillisants que Franquin a oublié au bureau ! Il est étonnant de constater qu’il a fallu atteindre ce paroxysme pour créer un récit avec cette force comique . Il est en effet au sommet mais indiqué comme vous le faites, vous semblez dire qu’il l’est pour un court laps de temps alors que les 10 précédents albums et les 5 ou 6 albums de Gaston qui suivront vont prouver à quel point justement son état de grâce durera très longtemps. A partir de cet album, Gaston est passé de sa demi-page hebdo à la page complète( faudrait vérifier la chronologie exacte) . Franquin redistribue les rôles, Prunelle remplacera Fantasio, il va bientôt créer le chat, la mouette ...

    Répondre à ce message

  • Holà, en ce qui concerne l’adoubement de Franquin par Hergé, c’est un peu vite dit.
    Hergé trouvait Franquin "assez vulgaire" et"d’un style plus facile à imiter" que le sien.
    Bref, il se trouvait mieux que lui.
    Pour ce qui est de Bravo les Brothers, encore une (bonne) mais ancienne bédé de recyclée, faire du vieux avec du neuf encore et toujours...

    Répondre à ce message

  • Mon Dieu que la couverture est vilaine. Il y avait pourtant suffisamment de matériel pour faire une couverture réussie.

    Répondre à ce message

    • Répondu le 11 avril 2012 à  13:29 :

      Mon Dieu que la couverture est réussie. Exactement ce qu’il fallait.

      Répondre à ce message

      • Répondu le 13 avril 2012 à  18:12 :

        Oh non et loin de là ! Franquin mettait tellement de minutie dans ses décors et dans les petits détails que mettre un gros plan de personnage est une idée très pauvre. Et en plus, le gros plan d’un Fantasio pas très réussi. Non, vraiment, un mauvais choix et je confirme : quelle vilaine couverture.
        Déjà, on aurait pu voir Les Brothers qui donnent quand même leur nom à l’épisode. Ensuite, c’est un récit où on voit apparaître tout le petit monde de la rédaction. Donc, ce gros plan en couverture n’est pas joli du tout et en plus, c’est inapproprié.

        Répondre à ce message

        • Répondu par Dominique le 14 avril 2012 à  16:32 :

          Renseigne-toi machin, ce "gros plan en couverture" est une illu conçue comme ça par Franquin qui fit la couverture du Spirou dans lequel paru l’épisode.

          Répondre à ce message

  • Jannin a un tic bizarre quand il colorise : il rajoute des joues bien rouges à tous les personnages !!

    Répondre à ce message

    • Répondu le 12 avril 2012 à  16:47 :

      Les couleurs ont été refaites d’après les indications de franquin au crayon de couleur sur calque. Par ailleurs franquin a toujours mis un peu de rouge sur les joues, regardez ses illustrations en couleurs directes. Ce rose sur les joues symbolisait la bonne humeur et était déjà utilisé chez disney, calvo et bien d’autre. jannin n’y est pour rien.

      Répondre à ce message

      • Répondu le 14 avril 2012 à  11:33 :

        "Par ailleurs franquin a toujours mis un peu de rouge sur les joues, regardez ses illustrations en couleurs directes."

        Faux. Les quelques calques de planches qui ont été publiés ne montraient pas de joues rouges. Une illustration est une chose, une planche en est une autre. En systématisant l’usage des joues rouges, on supprime toute nuance qu’un usage modéré pourrait apporter ; imaginez le gag des radiateurs si les personnages de Gaston avaient tout le temps les joues rouges... En plus là c’est excessif, même en se référant aux illustrations en couleur directe (que Jannin tente de singer effectivement, mais avec quelle maladresse...) on dirait des poivrots.

        Ce que je remarque c’est que ce bouquin apporte une justification à la politique de Dupuis qui consiste à reproduire dans les intégrales le matériel rare sous forme de scans pourris de journaux... C’est pour mieux vous le vendre une seconde fois quelques temps après, cette fois-ci bien reproduit. Théorie du complot ? Tiens donc. Vous voulez qu’on parle des Robinsons du Rail ?

        Répondre à ce message

Newsletter ActuaBD