Bruxelles : La folie Astérix

23 septembre 2005 0 commentaire
  • « De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves ». C'est fort de cette assertion de César, Jules, que les éditions Albert René ont choisi Bruxelles pour organiser une exceptionnelle rétrospective de la carrière du Gaulois, en même temps qu'une conférence de presse annonçant le titre du 33ème album d'Astérix devant paraître le 14 octobre prochain.

Tout Bruxelles frémissait de la fête. Les journalistes qui descendaient à la gare du midi pouvaient voir, dans les kiosques et dans les rues de la capitale des banderoles à l’effigie du Gaulois. Dans les présentoirs des best-sellers de la gare, rien que des Astérix ! Le quotidien La Libre Belgique, mettant en une la célèbre carte de l’Armorique avec une loupe sur Bruxelles, titrait fièrement : « Ave Asterix, Belgae te salutant  ».


Bruxelles : La folie Astérix
Uderzo et son épouse Ada, se décontractent avant d’affronter les journalistes
Photo : N. Anspach

« Plusieurs villes européennes ont été consultées et les Bruxellois étaient les seuls qui étaient assez fous pour nous accueillir  » plaisante Bernard de Choisy, le gendre d’Uderzo, lors de la conférence de presse donnant le coup d’envoi des festivités. « Bruxelles était très importante pour moi, explique Albert Uderzo. C’est grâce à Bruxelles que j’ai rencontré Goscinny. » C’est en effet le scénariste Jean-Michel Charlier, en mal de scénarios humoristiques, qui introduit le dessinateur auprès du jeune scénariste fraîchement débarqué de New York, où il avait rencontré, grâce à un ami commun, Jijé, Morris et Georges Troisfontaines, le propriétaire de la World Press qui fournissait les journaux belges (dont ceux des éditions Dupuis, et notamment Spirou) en bandes dessinées inédites. Des séries comme Buck Danny ou Marc Dacier étaient produites par les dessinateurs employés par Georges Troisfontaines. Parmi eux, un certain Goscinny. A l’occasion de cette conférence de presse, Uderzo révéla pour la première fois comment s’était passée leur première rencontre. Il avait croisé René à Paris, dans un journal où ils travaillaient tous les deux sans se connaître. Goscinny venait y chercher des planches. Uderzo l’avait tout simplement pris pour un coursier ! A cette occasion, Uderzo livre une autre anecdote, à propos de Calvo, l’auteur de La Bête est morte. Pour le compte de son éditeur, Uderzo devait aller chercher régulièrement des planches chez Calvo. Or ce dessinateur était son idole absolue. C’est pourquoi il s’arrangeait pour aller chercher ses planches le samedi, afin de pouvoir les étudier à son aise dans la journée du dimanche !

Albert Uderzo et Anne Goscinny
au milieu des journalistes. A droite (chemise blanche) Bernard de Choisy, le commissaire de l’exposition. Photo : D. Pasamonik.

Pour Anne Goscinny, Bruxelles n’est pas non plus une ville comme les autres. Dans ses remerciements à Uderzo, elle le félicita pour ce choix « ...d’autant que ma grand-mère est belge, elle aussi. » Elle passa en effet une partie de son enfance entre Bruxelles et Knokke-le-Zoute.
« En France, dit Uderzo, on ne parle plus que de Tintin. C’est un retour des choses plutôt amusant que d’être honoré en Belgique. Franquin est exposé à Paris, Uderzo à Bruxelles. Finalement, les dessinateurs bousculent les frontières. » C’est le cas de le dire puisque, le jour précédent, deux avions de la SN Brussels à l’effigie d’Astérix ont quitté Bruxelles, l’un pour Manchester, l’autre pour Venise.

Le titre du nouvel Astérix est...

Mettons fin tout de suite au suspense : la 33ème aventure d’Astérix s’intitulera « Le Ciel lui tombe sur la tête » Mais rien n’est révélé sur l’intrigue. « Je préfère en laisser la surprise au lecteur » ajoute Uderzo, quelque peu mystérieux. Mais quelques indications nous mettent sur des pistes : Pour l’édition néerlandaise, le titre sera Het Geheime Wapen (« L’arme secrète »). Par ailleurs, le dessin de la couverture a été montré aux journalistes. Astérix cogne vaillamment une boule de feu provoquée par la foudre. Commentant ce dessin, Uderzo signale qu’il ressemble à la composition de la couverture du premier album, mais inversée. Tous les personnages de la première couverture s’y retrouvent, sauf bien sûr, Idéfix, absent de l’album initial.

Chacun des 3,178 millions exemplaires qui seront imprimés sera numéroté. « C’est évident que c’est totalement inutile, sourit Albert Uderzo, mais ce sera la première fois, en bande dessinée, qu’un tel tirage le sera. C’est un véritable exploit de l’imprimeur ! On s’est amusé. »

Bernard de Choisy, le beau-fils du dessinateur, par ailleurs commissaire de l’exposition de Bruxelles, annonce que l’album fera l’objet d’une sortie mondiale le 14 octobre. « Partout dans le monde, sauf en Inde, où il sortira le 15 », précisa-t-il sans que l’on sache trop si c’était une boutade.

Un moment exceptionnel
Albert Uderzo révèle la couverture et le titre du prochain Astérix ! Photo : N. Anspach.

Le dernier Astérix ?

Un journaliste un peu plus téméraire que les autres osa cette question : - Est-ce là le dernier Astérix ? Uderzo le récuse. « Ce n’est pas mon intention. Si j’ai une autre idée, je la ferai. Mais bon, au bout du 33ème album, ce n’est pas évident. Après le dixième album, à chaque nouvel Astérix, René me disait qu’il n’y en aurait plus beaucoup après !  » Evoquant sa succession, Uderzo ajoute : « J’ai décidé [qu’après moi], ce serait mieux qu’il n’y ait plus de nouvel Astérix sous la forme d’albums. Mais je suis d’accord pour qu’il existe des produits dérivés, comme des nouveaux films, se basant sur l’œuvre existante. J’ai vu des expériences extérieures de reprises de personnages connus qui étaient désastreuses. Il faut conserver l’esprit et l’identité exacte des personnages. C’est pour cela que je ne veux pas qu’il y ait de suite après moi, par respect pour le lecteur. »

Albert Uderzo
devant quelques-unes des 103 traductions d’Astérix publiées dans le monde. Photo : D. Pasamonik

"Le miroir d’Astérix" : L’exposition qui s’amuse à réfléchir.

Sur pas moins de 2000 M², près de 1800 objets provenant le plus souvent des collections de l’Astérixophile Marc Jallon, jalonnent dix salles d’exposition sur des thèmes qui symbolisent le petit gaulois : La résistance, la caricature, l’amitié, la tolérance, l’utopie, le courage, les excès, la liberté... Les deux dernières salles rendant hommage aux auteurs (on peut y voir la machine à écrire de René Goscinny et la table à dessin d’Uderzo, celle-là même où il réalisa les premières pages d’Astérix à Bobigny), tandis que la dernière -fait exceptionnel- rassemble pour la première fois au monde 44 planches de la saga d’Astérix, issues de tous les albums.
Uderzo se prêta de bonne grâce à l’inauguration, encadré de deux gardes du corps pour le protéger de la foule compacte des journalistes et des invités, répondant aux questions à chaque halte au cours desquelles le commissaire de l’exposition, Bernard de Choisy, détaillait ses intentions. L’ensemble est un plaisir pour les yeux, une plongée dans le fascinant univers d’un personnage devenu un mythe contemporain.

Suivez le guide... Uderzo lui-même !
Photo:D. Pasamonik

La capitale belge multiplie les événements ces prochains jours. Ainsi, Albert Uderzo inaugurera ce vendredi une fresque murale « Astérix », située dans la rue de la Buanderie. Peu de temps après, un village gaulois sera construit sur la Grand Place de Bruxelles. Un menhir de 6 tonnes va y être installé. Des ingénieurs ont vérifié que les pavés et les fondations de la place pourraient le supporter. Une roller Parade partira, vers 20h, de la place Poelaert.

Samedi, le Manneken-Pis devrait inaugurer son costume d’Obélix (son premier costume de bourgeois gentilhomme lui a été offert par Louis XV). Le cortège des géants Astérix et Obélix partira de la place de l’Agora vers la Grand Place vers 16h. Enfin, dans la plus pure tradition gauloise, la journée de samedi, se terminera par un banquet. Musiciens, danses celtes et distribution de potion magique sont au programme...

(par Nicolas Anspach)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Exposition « Le Miroir d’Astérix ». Site de Tours et Taxis, Entrepôt royal, 3 rue Picard, 1000 Bruxelles

- Du 23 septembre 2005 au 15 janvier 2006 -

Site internet :

Le site Astérix.com

En médaillon : Albert Uderzo, Anne Goscinny et Marc Jallon qui a prêté à l’exposition 1800 pièces de sa collection.

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