C’est comme ça que je disparais – Par Mirion Malle – La ville brûle

13 mars 2020 0 commentaire
  • Une silhouette de jeune femme dont le corps a disparu sous sa chevelure et ses vêtements : voilà une couverture d'album, en écho à son titre, à la signification éloquente. La dépression est un mal qui ronge au point de donner le sentiment de ne plus exister, pour soi-même et dans le regard des autres.

Mirion Malle, que l’on connaît notamment pour son engagement féministe, s’attaque ici à un thème tout aussi universel, tant la dépression est un mal partagé, mais également intimiste, tant il implique de devoir parler de soi et de se mettre à nu pour, précisément, mettre des mots sur ces maux.

Le thème de la dépression est abordé à travers l’histoire de Clara, attachée de presse dans une maison d’édition au Canada qui, progressivement, perd pied, cherche du sens à son existence, dans son travail, et s’isole : multiples interrogations, crises de larmes, indifférence au monde qui l’entoure, sentiment d’inutilité, impossibilité d’avancer sur ses poésies qu’elle aimerait tant publier...

Les symptômes sont divers et se manifestent d’un instant à l’autre, ou se superposent, sans qu’on en sache précisément démêler ce qui relève de l’humeur passagère ou du mal profond. Mais une chose est certaine : ça ne va pas. Et Clara culpabilise de ne pas aller bien, car elle a en apparence les attributs « objectifs » de la réussite des jeunes urbains diplômés, qu’il s’agisse de son travail ou de son réseau d’ami(e)s (qui utilisent des expressions québecoises). Alors, d’où vient cette envie, si ce n’est de mourir, de ne pas vouloir vivre ?

C'est comme ça que je disparais – Par Mirion Malle – La ville brûle

Si on comprend que Clara a vécu un traumatisme, l’autrice fait toutefois comprendre que la dépression est multicausale et son cheminement sinueux, tout autant que l’étape de la reconstruction. Mirion Malle illustre avec précision comment la dépression parasite tout rapport avec les autres. Certes, les interlocuteurs et interlocutrices que rencontre Clara ne sont pas tous et toutes bienveillants, mais même sans mauvaise intention, ils semblent autant déconnectés de celle qui souffre que Clara se déconnecte d’eux, leur préférant son téléphone.

En cela, le récit s’inscrit dans une certaine modernité, puisque sont reproduites en dessins des conversations sur Instagram ou Whatsapp, de même que les forums médicaux que consulte Clara, à un moment où le téléphone devient la principale fenêtre sur l’extérieur.

On peut toujours regretter le dessin plutôt minimaliste, mais on note toutefois la grande expressivité des visages : ceux qui se déforment ou disparaissent les rapprocheraient même d’une forme d’expressionnisme. Un choix audacieux et tout à fait opportun pour traduire la diversité des sentiments des personnages.

Au-delà du traitement proprement dit de la dépression, signalons que la dimension féministe de l’autrice se retrouve dans l’évocation des rapports inégalitaires entre hommes et femmes, inégalités qui, probablement, pèsent et ont d’autant plus d’effets quand la dépression atteint une femme : il lui revient en effet d’assumer individuellement les coûts (notamment financiers) d’une prise en charge, alors même que l’on peut considérer qu’une partie des causes de la dépression sont collectives, inscrites dans les rapports genrés.

(par Damien Boone)

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