Çà et Là et Cambourakis s’allient pour publier une biographie d’Helen Keller

  • L'histoire est surtout connue aux États-Unis : Helen Keller, sourde et aveugle à l'âge de 19 mois, est devenue une écrivaine reconnue, grâce à l'aide de sa gouvernante Annie Sullivan. Joseph Lambert l'adapte en bande dessinée d'une façon très touchante et subtile.

Cet album est l’histoire de deux héroïnes : Helen Keller (1880-1968), touchée par une maladie (une méningite ou la scarlatine) durant son enfance qui la rend sourde et aveugle. Helen n’est pas scolarisée et ne communique que difficilement jusqu’à l’âge de 6 ans, et uniquement avec ses parents, par des signes très sommaires. Ses parents engagent alors Annie Sullivan comme gouvernante et professeure. Annie a 20 ans et est fraîchement diplômée de l’Institut pour aveugles Perkins. En effet, elle-même malvoyante, c’est dans cette institution pionnière qu’elle a appris à enseigner la langue des signes. Annie se charge d’enseigner le langage et la communication à Helen et, au fil du temps, elle réussit à nouer un relation de confiance avec son élève, et lui enseigne le langage des signes et l’écriture.

On est admiratif devant le parcours d’Annie, fille de paysans immigrés irlandais, illettrée jusqu’à 14 ans et son entrée à l’institut, raillée par ses « camarades » pour son inculture et son origine sociale, elle tire de ces éléments défavorables une force qui la fait devenir major de promotion. De nombreuses scènes reviennent sur sa jeunesse difficile.

Çà et Là et Cambourakis s'allient pour publier une biographie d'Helen Keller

Il est assez incroyable de voir comment Joseph Lambert parvient à faire passer la perception des sensations chez Helen et la façon dont elle progresse dans son apprentissage à travers le dessin. Il y parvient remarquablement en représentant le monde tel qu’elle le perçoit initialement, par des cases noires qui suggèrent le néant et l’incompréhension.

À mesure qu’Annie et Helen parviennent à communiquer, les cases s’éclaircissent, et aux objets commencent à correspondre des mots et des gestes. Annie fait preuve d’une grande patience avec Helen, surmontant dans un premier temps le manque de discipline de son élève, que ses parents n’osaient contrarier. Sa modestie est ensuite exemplaire : elle ne recherche aucune gloire de son travail de fond. Ensuite, les capacités intellectuelles d’Helen, ses progrès cognitifs et ses capacités mémorielles sont impressionnants.

Helen est par la suite devenue une figure importante de la société américaine en devenant, à 24 ans, la première personne sourde à être diplômée d’une université américaine. Militante féministe et politique, elle écrit une douzaine d’ouvrages et crée une fondation qui porte son nom pour lutter contre la malnutrition dans le monde et aider les enfants malvoyants. Les deux femmes resteront amies à vie.

Joseph Lambert s’est appuyé sur une riche documentation que l’on retrouve en fin d’ouvrage dans une bibliographie. Il s’est également inspiré de la correspondance d’Annie Sullivan avec le directeur de l’Institut Perkins. Cette album éclaire d’un jour nouveau une histoire déjà développée sur d’autres supports artistiques (on pense notamment au film Miracle en Alabama d’Arthur Penn en 1962) en exploitant à merveille ce que la bande dessinée peut apporter à la perception des émotions.

(par Damien Boone)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Annie Sullivan et Helen Keller - Par Joseph Lambert – Coédition Çà et Là/ Cambourakis

Commander cet ouvrage sur Amazon ou à la FNAC

 
Participez à la discussion
5 Messages :