Camille Jourdy : « Dessiner, c’est raconter »

7 décembre 2009 7 commentaires
  • Hasard du calendrier, c'est quelques jours avant qu’[elle ne reçoive le Prix RTL 2009->http://www.actuabd.com/Camille-Jourdy-Grand-Prix-RTL-2009] et qu'elle ne soit nominée à Angoulême pour sa série Rosalie Blum, éditée par Actes Sud, que nous avons rencontré Camille Jourdy. Questions-réponses en forme de passage en revue de ses six bandes dessinées.

Tu viens d’achever ta trilogie Rosalie Blum. Sans faire de bruit, tu as réalisé six albums en six ans. Le secret de ta régularité, c’est ta discrétion ?

Camille Jourdy : « Dessiner, c'est raconter »
"Une araignée, des tagliatelles, et au lit. Tu parles d’une vie !"
© Jourdy - Drozophile

Effectivement, j’ai réalisé six albums en six ans, sans compter ceux dont j’ai seulement fait les illustrations. Certains sont de tous petits albums comme Peau d’ours, d’autres beaucoup plus importants comme les trois Rosalie Blum, ça demande plus ou moins de temps et d’investissement selon les projets. Au final, ça a l’air régulier, oui peut-être, je ne me rends pas compte. En fait, je dois bien avouer qu’il y a quand même des périodes où je suis plus productive que d’autres !
Pour ce qui est de la discrétion... c’est vrai que je n’ai pas l’habitude de crier très fort pour être vue mais il y a quand même eu pas mal d’articles dans la presse, surtout depuis Rosalie Blum.

Si tu le veux bien, passons en revue ta bibliographie. Ta première bande dessinée paraît en 2004 : Une araignée, des tagliatelles et au lit, tu parles d’une vie !. Derrière ce titre délicieux, tu déroules des portraits de personnages fantasques qui ont un lien entre eux, avec des histoires enchâssées dans l’histoire. En cinéma, on parlerait d’un film choral. C’était ton but dans ce livre ?

Oui et non. Disons que ça s’est fait plus ou moins tout seul. J’avais plusieurs petites histoires en tête et j’ai eu envie de les faire se croiser entre elles. C’est vrai que j’aime bien ce principe de mise en abyme : l’histoire dans l’histoire... Je ne saurais pas dire pourquoi. On retrouve d’ailleurs un peu ça dans les Rosalie Blum, avec les différents points de vue.

Dans ce premier album, tu n’utilises pas de cases et tu mets en couleurs à l’aquarelle. On ne peut pas dire que tu choisis la facilité pour tes débuts…

Je ne trouve pas que la couleur à l’aquarelle et le fait qu’il n’y ait pas de cases soit plus difficile qu’autre chose. J’ai fait ça comme j’avais envie sans me demander si ça se faisait ou pas. Ce premier album était mon projet de diplôme à l’école des Beaux-Arts d’Épinal. Je ne
pensais pas qu’il serait un jour publié, alors je l’ai fait seulement en me faisant plaisir, sans contrainte

"Séraphine, ou le charme incertain"
© Jourdy - Drozophile

Alors, après cette histoire où il était beaucoup question de l’inspiration des écrivains, tu publies Séraphine, ou le charme incertain. Dans la forme, c’est un livre illustré, il n’y a toujours pas de cases. C’est un conte qui semble affirmer ton goût pour les personnages féeriques…

Oui, là c’est un album illustré, plus classique dans sa forme : le texte d’un côté, mes images de l’autre. Les personnages de ce livre sont moins ancrés dans la réalité que ceux de mes BD, il s’agit effectivement de personnages féeriques. On est dans un conte : tout est possible et imaginable...

Peau d’ours
© Jourdy - Drozophile

En 2006, paraît Peau d’ours, un exercice de style puisque c’est un petit livre rose sans dialogues. Raconter une histoire sans écrire le moindre mot, c’est ce qu’il y a de plus difficile, car on ne peut s’appuyer que sur son dessin. Qu’en penses-tu ?

C’est vrai, ce n’est pas ce qu’il y a de plus simple. Faire comprendre ce que l’on veut dire avec seulement des images... Mais je trouve que c’est vraiment intéressant de le faire. Souvent lorsqu’on me questionne sur mon travail on me demande : « Est-ce que vous préférez écrire ou dessiner ? » ou bien : « Par quoi commencez vous ? Par l’écriture ou par le dessin ? ». En général, je réponds que pour moi ces deux choses sont très liées : dessiner, c’est raconter. Peau d’ours montre bien cette idée : il n’y a pas de textes et pourtant, il y a bien une histoire. J’aimerais bien recommencer un livre sur ce principe.

En 2007, tu entames ta trilogie Rosalie Blum. C’est un travail de longue haleine vu que tu vas y passer trois ans. Ce qui impressionne, c’est que tu t’amuses avec les moyens narratifs. Les deux premiers volumes sont en fait la même histoire, vue par deux personnages différents. Les as-tu écrits en même temps ?

Oui, j’ai écrit l’ensemble de l’histoire avant de commencer les dessins du tome 1. C’est une histoire où tout s’imbrique avec des retours en arrière... J’étais obligée d’avoir écrit la totalité du scénario avant de rentrer dans les détails tome par tome. L’épilogue du dernier livre explique un tas de choses sur les personnages, notamment le cauchemar que le héros fait au tout début de l’histoire. Il y a des scènes qui sont les mêmes dans le tome 1 et le tome 2 mais elles sont montrées par deux point de vue différents. Je savais forcément que ces scènes se retrouveraient dans le deuxième tome au moment où j’écrivais le premier.

Illustration pour le coffret de la trilogie "Rosalie Blum"
© Jourdy - Actes Sud

Les trois personnages principaux de Rosalie Blum sont assez solitaires et mélancoliques. Comment t’y prends-tu pour qu’on ressente une réelle empathie à leur égard ?

C’est difficile à dire. J’essaie de bien cerner mes personnages, leur construire une personnalité qui se tient. J’adore travailler sur la psychologie des personnages, je leur invente une vie : qui ils sont,
qu’est-ce qu’ils aiment, quelle est leur histoire, leur passé, quel lien ils ont avec leur famille... j’étoffe leur personnalité et, au bout d’un moment, ils finissent par exister d’eux-mêmes. Et parfois par m’échapper...

Camille Jourdy
Photo DR

Quel est ton prochain projet en bande dessinée ?

Franchement je ne sais pas encore. J’ai hâte de me remettre à écrire. Mais pour l’instant, je n’ai pas trouvé le temps de m’y remettre. Je crois qu’il me faut un peu de temps avant de passer à autre chose.

Pour conclure, je te pose notre question rituelle : quel est le livre qui t’a donné envie de faire ce métier ?

Il n’y en a pas un en particulier mais des tas. Et pas seulement des livres mais des films aussi. La fiction en général. J’ai toujours eu envie de raconter des histoires.

(par Morgan Di Salvia)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : Camille Jourdy. Photo DR

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7 Messages :
  • Camille Jourdy : « Dessiner, c’est raconter »
    8 décembre 2009 16:03, par Oncle Francois

    Il me semble que Camille Jourdy mérite bien ses succès actuels : grand prix RTL/Leclerc, nomination à Angougou, plus sans doute bientôt d’autres distinctions.

    Je n’ai pas grand chose à dire sur Rosalie Blum (mon libraire les a en coffret sous blister, donc il m’est difficile de les feuilleter). En revanche, je signale que son premier livre au Drozophile m’avait bien plu. On aurait presque dit du Mazan !

    J’espère que ses droits d’auteur lui permettront de repeindre le plafond de son atelier, et lui souhaite bonne chance ! La BD a besoin d’artistes féminines talentueuses comme elle ! Je trouve qu’il y a bien trop d’auteurs masculins au crane rasé ou au petit bouc,avec un piercing dans l’oreille, cela devient lassant !!

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    • Répondu le 8 décembre 2009 à  17:26 :

      Je n’ai pas grand chose à dire sur Rosalie Blum (mon libraire les a en coffret sous blister, donc il m’est difficile de les feuilleter)

      Savez-vous qu’il suffirait de les acheter pour pouvoir les lire ? Eh oui, une librairie n’est pas une bibliothèque.

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      • Répondu par Oncle Francois le 8 décembre 2009 à  18:01 :

        Il est quand même agréable de pouvoir feuilleter et lire quelques pages avant de dépenser 40 ou 50 euros. Vous êtes libraire, sans doute ?

        Dans le cas de Rosalie Blum, les libraires ont reçu des coffrets de la trilogie sous blister, ils n’ont plus parfois les exemplaires à l’unité !!

        Pour me décider à l’achat, j’attendrai donc soit la nomination de Rosalie Blum à Angougou (pas évident, car le jury donnerait l’impression de marcher dans les travées de l’ex-sponsor !!), soit sa venue en dédicace dans les Ardennes ou à Bruxelles.

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        • Répondu par Ostap78 le 9 décembre 2009 à  21:04 :

          Dis donc oncle François, lâche toi un peu sinon on va plutôt t’appeler oncle Picsou.
          Mais je te comprends, une petite dédicace faite par une si agréable personne, c’est mieux que ce que l’on a connu dans nos jeunes années bdéphile.

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          • Répondu par Oncle Francois le 10 décembre 2009 à  12:13 :

            exact, elle me rappelle Claire Bretecher à ses débuts !! Je me souviens l’avoir vu en dédicace au début des années soixante-dix !! Même petit sourire gênè, plein de délicatesse et de charme !°)

            Je dis souvent du mal des jeunes dessinateurs indés, branchés et parisianistes, car trop souvent, ils adoptent un style dépouillé qui n’a pour but que de masquer leurs carences graphiques (et leur auto-bio sert souvent de bien maigre scénario !) . Dans le cas de Camille Jourdy et de Bastien Vivés, on a deux jeunes auteurs au talent manifeste et évident !!

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            • Répondu par Norbu le 5 janvier 2010 à  17:03 :

              elle a dédicacé à Bruxelles les 14 et 15 novembre 2008 aux librairies Tropismes et Brüsel, pauvre oncle, et son album est sélectionné à Angougou comme tu dis, et aussi par Canal BD avec les libraires de bande dessinée... raconter une histoire, créer une atmosphère et rendre les personnages du quotidien attachants c’est tout son savoir faire ; je suis sous le charme.

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              • Répondu par Norbu le 3 février 2010 à  10:52 :

                les prix pleuvent sur Rosalie Blum, après le prix RTL 2009 de la BD voici le Fauve d’Or Révélation à Angoulème, et le Shériff d’Or à Clermont Ferrand, c’est super. Norbu

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