Canetor - par Pirus et Schlingo – Les Requins Marteaux

16 janvier 2007 0
  • Canetor est un petit canard qui aspire à la tranquillité, sans jamais parvenir à échapper aux contraintes de son quotidien. Loin du comique burlesque, les auteurs dressent un portrait acide des valeurs et de la société contemporaine.

Petit canard noir, Canetor aspire à une vie simple : entretenir sa maison, gagner sa vie en tant que balayeur, et converser avec sa petite amie tant qu’elle ne souhaite pas aller trop loin. Bref, il aspire à ce qu’on le laisse en paix. Malheureusement, un œuf sorti d’une bande dessinée, et sa sœur qui a autant de proverbes dans la bouche que de poils dans la main, font tout leur possible pour casser le train-train de sa vie quotidienne. On suivra donc Canetor dans ses déboires sentimentaux, familiaux et financiers tout en appréciant son unique blague récurrente : se déguiser en veau pour effrayer sa petite amie afin de brûler ses fleurs et ses chaussures.

Disparu en 2005, le scénariste Charlie Schlingo était féru d’humour nonsensique. Les histoires de Canetor parodient les bandes animalières, mais surtout l’esprit du début du siècle qui était illustré dans les quotidiens américains. Les fans retrouveront les bandes mythiques, entre autre Little Nemo, pastichées avec audace. Derrière des chutes difficilement saisissables perce une critique acérée envers le rêve américain : l’appât du gain, la différence des classes (républicain/démocrate), le monde de la musique et de la publicité, etc. L’auteur met en scène un héros simple, mais qui ne peut vivre heureux, car ses choix le place en marge d’un monde écrasant l’individualité non conquérante.

Canetor - par Pirus et Schlingo – Les Requins Marteaux

Le dessin de Pirus renforce la parodie des bandes dessinées américaines d’avant-guerre. Le trait est clair, les couleurs sont simples, et les lignes droites apportent une clarté et une rigidité voulue aux histoires. Presque tous les gags sont composés de deux planches, chacune divisée en 6 cases : un format indémodable rigidifiant le monde de Canetor, lui qui aime tellement les roses.

Loin de l’humour potache et des calembours, on navigue entre critique déguisée, et chute tombant souvent à plat. Il ne faut pas chercher la franche hilarité derrière le surréalisme de Schlingo, superbement rehaussé par le dessin de Pirus, mais un humour fin et aiguisé comme un scalpel. A réserver aux connaisseurs, respectueux du 9° degré.

(par Charles-Louis Detournay)

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