Canne de Fer et Lucifer - Par Léon Maret - Editions 2024

30 juin 2012 13 commentaires
  • Diplômé des Arts Déco de Strasbourg et fondateur de la revue {Belles Illustrations}, Léon Maret est notamment l’auteur de {Course de bagnoles}. Son dernier ouvrage, {Canne de Fer et Lucifer}, une bande dessinée de 300 pages entièrement illustrée à la plume et au lavis, vient de paraître aux éditions 2024.

Dans la France des années 1790, déstabilisée par la Révolution et assombrie par les violences de la Terreur, chacun s’efforce de tirer son épingle du jeu, et tous les coups semblent permis. Les coups de canne en particulier !

En effet, en cette fin de 18e siècle, alors que la canne est sur le point de s’imposer en tant qu’accessoire indispensable de la garde-robe masculine, plusieurs commencent à l’utiliser en tant qu’arme, et le combat de canne, aujourd’hui pratiquement sombré dans l’oubli, devient peu à peu un art martial très prisé.

C’est dans ce contexte que se déroulent les aventures du jeune Gaston Martin et de son petit chien Ledraoulec, un basset fauve de Bretagne qui, comme son maître le répète volontiers, sait dire ti amo. Sans famille, sans ami et sans passé, comme surgi de nulle part, le précoce Gaston Martin, partout où il va, attire l’attention aussi bien par ses merveilleux et inexplicables dons de canniste que par l’extraordinaire débonnaireté qui l’empêche d’en faire un usage offensif. Au grand dam de ses détestables compagnons de fortune, qui sauraient tirer profit d’un tel talent si seulement ils parvenaient à persuader l’adolescent de frapper.

Canne de Fer et Lucifer - Par Léon Maret - Editions 2024
Léon Maret, Canne de Fer et Lucifer © Éditions 2024, 2012.

Avec Canne de Fer et Lucifer, Léon Maret nous livre un récit picaresque qui, selon la loi du genre qui a eu tellement de succès au 18e siècle, essouffle assez rapidement le lecteur. Un peu comme dans les romans de Lesage (Histoire de Gil blas de Santillane) ou de Raspe (Les truculentes aventures du Baron de Münchhausen), le fil de l’histoire est un peu mince et manque de cohérence. Nous avons ici affaire à un auteur bien conscient de sa puissance créatrice, et qui en jouit visiblement !

Rétif à toute exigence de vraisemblance et à toute logique narrative, Léon Maret n’hésite pas, par exemple, à abandonner ou à faire mourir précipitamment ses personnages à mesure qu’il les crée, même lorsqu’ils paraissaient destinés à jouer un rôle clef dans le récit. Il consacre parfois des dizaines de pages à peindre certains événements qui se révèlent finalement sans importance par rapport au dénouement, alors qu’il règle en deux cases certaines questions cruciales (d’où Gaston Martin tient-il ses formidables dons de canniste ?).

Mais ces maladresses, commises délibérément afin de rehausser l’effet comique sur lequel table l’ensemble de la narration, lui importent peu de toute évidence. Au fond, l’histoire n’est ici qu’un prétexte tout d’abord pour rigoler ‒ et c’est vrai qu’on se marre bien dans l’ensemble, même si les blagues ne volent pas toujours bien haut ‒, mais surtout pour s’éclater dans le dessin, et notamment dans les scènes de baston ‒ qui, comme l’indique le titre de l’ouvrage, constituent tout de même ici l’essentiel ! Et là, on peut dire que Léon Maret, qui s’est tapé un boulot de dingue, nous fait plaisir.

Canne de Fer, c’est près de 300 pages de dessins finement exécutés, entièrement réalisés à la plume et au lavis gris. Les paysages, en particulier, sont souvent magnifiques. D’un point de vue esthétique, l’ouvrage est donc superbe, d’autant que Simon Liberman et Olivier Bron, les fondateurs de 2024, ont encore une fois accompli un travail d’édition exceptionnel, qui rivalise avec celui des éditeurs de l’obsessionnel Chris Ware : livre cousu, couverture rigide, dos en toile, joli signet (révolutionnaire !) bleu-blanc-rouge, tranchefile assorti, impression sur papier Munken Print White, etc.

Un bel objet, comme on en voit peu dans le monde de la bande dessinée.

Léon Maret, Canne de Fer et Lucifer © Éditions 2024, 2012.

(par Manuel Roy)

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13 Messages :
  • Je pose une question sans méchanceté : pourquoi y a t il un mouvement assez général dans la réalisation de bd au style graphique très naif , presque enfantin ? alors que je lis sur beaucoup de ces auteurs qu’ils ont fait des grandes écoles d’arts , ou autres ?????????

    Cela ne me dérange pas au final , chacun fait ce qu’il veut après tout , mais lorsque je vais ensuite sur le site de l’éditeur et que je regarde le tarif de l’ouvrage je reste tout de même sidéré !

    D’un côté je lis des commentaires qui lacèrent un auteur comme Sfar et d’un autre côté je vois des gens qui font de la bd "étrange" ( je choisis ce mot pour rester neutre ) ...j’imagine donc que les personnes qui dégomment Sfar n’auront aucune pitié contre les auteurs dont je parle ici ...

    Mais mon questionnement demeure ...on nous rabache l’invasion des mangas dans le monde éditorial ( des professionnels qui proposent des choses "solides") , la surproduction en bd , des reproches à des auteurs comme Sfar qui fait du vintage à la métal hurlant , bref , et d’un autre côté des petites maisons d’éditions qui ont le mérite d’exister , proposent des projets qui me laisse dubitatif ...???....

    Je n’ai pas envie de détruire le travail de ces auteurs car au final j’annihile mon propre jugement , mais je ne comprends pas quelques sont ces nouvelles ramifications en bd et apportent-t-elles une évolution conséquente dans le paysage de la bd ???? agissent-elles sur le reste de la production , permettent-elles une novation dans le langage graphique de la bd ?? font-elles évoluer le regard de l’ensemble du lectorat , ou juste d’une minorité , ou sont-elles un mouvement snobinard de pseudo-artiste ??

    Enfin une chose positive tout de même , ces productions existent et certainement elles apporteront quelque chose , ne serait-ce que la réflexion d’une évolution dans la narration , le graphisme (etc,etc) en bd ...

    Mais n’empêche que je me questionne quand je vois le montant des oeuvres éditées..????????????????????

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    • Répondu par Wilfried le 30 juin 2012 à  18:06 :

      pourquoi y a t il un mouvement assez général dans la réalisation de bd au style graphique très naif , presque enfantin ? alors que je lis sur beaucoup de ces auteurs qu’ils ont fait des grandes écoles d’arts , ou autres ?

      Les sélections dans ces écoles d’art ne se font plus sur concours d’entrée, mais sur dossiers scolaires. Donc ce ne sont pas les bons dessinateurs qu’on y accueille, mais les bons élèves qui ont envie de s’encanailler ou de glander. Dans ces écoles on n’y apprend pas à dessiner, mais à développer sa "fibre artistique", donc quand on n’en a pas, on ne développe rien. C’est un peu le sens de l’art moderne d’ailleurs, aucun "artiste conceptuel" actuel ne sait dessiner, ni ne tient jamais un crayon, tout est dans le concept, le discours. La bande dessinée est un métier d’autodidacte, ça a toujours été et ça le reste.

      Bref, si ces "auteurs" utilisent un style graphique très naif , presque enfantin, le plus souvent mal foutu et sans intérêt, c’est qu’ils n’ont pas les capacités de faire autrement (mais comme en bd c’est la narration qui prime, est-ce grave ?).

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      • Répondu par Vincent S le 1er juillet 2012 à  17:11 :

        Dire autant de bêtises dans un seul message, belle performance. Bravo. Je vais l’imprimer, tiens.

        « Les sélections dans ces écoles d’art ne se font plus sur concours d’entrée, mais sur dossiers scolaires. »

        « Dans ces écoles on n’y apprend pas à dessiner, mais à développer sa "fibre artistique", donc quand on n’en a pas, on ne développe rien. »

        « aucun "artiste conceptuel" actuel ne sait dessiner, ni ne tient jamais un crayon, tout est dans le concept, le discours. »

        « La bande dessinée est un métier d’autodidacte, ça a toujours été et ça le reste. »

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      • Répondu le 1er juillet 2012 à  17:24 :

        Actualisez vos références avant de nous faire subir des commentaires pétris de lieux communs : "l’art moderne" c’est le début du 20e siècle (cubisme, futurisme, etc...). Ce qui se déroule de nos jours c’est de l’art contemporain. C’est très simple pourtant.

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    • Répondu par Alvaro le 30 juin 2012 à  20:34 :

      Le coût de l’ouvrage est justifié par le nombre de pages, le façonnage de la reliure et le fait qu’il s’agisse d’un petit éditeur et d’un livre difficile à vendre. Les coûts de fabrication sont proportionnellement moins importants quand on imprime un livre à vingt mille exemplaires que quand on l’imprime à deux mille. Une petite structure qui sort peu de livres à l’année, des livre "difficiles" qui plus est ( bien que les livres des éditions 2024 ne soient pas difficiles à la lecture, seulement difficiles à se faire connaître), aura du mal à avoir une visibilité en librairie et dans la presse. Du coup, une petite structure, avec une petite trésorerie, peut difficilement amortir les coûts de stockage et autres. Bref, tout ça pour dire que c’est une économie très serrée. L’éditeur aurait certainement préféré proposer un livre moins cher, mais prend le partie de faire de beaux ouvrages. Et rassurez vous, ils ne se font certainement pas une fortune sur le dos des lecteurs. Je doute même qu’une petite structure parvienne à rentrer dans ses frais.
      Pour ce qui est du livre de Léon Maret, il est justement dans la droite ligne des ouvrages d’un Sfar du début, léger et intelligent. Il regorge d’inventivité graphiques et narratives, ce qui justifie grandement son existence.

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      • Répondu par jimi le 1er juillet 2012 à  18:45 :

        Comme je l’ai dit au début de mon commentaire je questionne , je ne souhaite pas dénigrer sans raison et de toute façon si tel ouvrage existe il a sa raison et c’est celle-ci que je veux connaitre ( comme je n’ai pas les moyens d’acheter les bouquins qui m’interroge sinon j’en aurai un paquet à acheter ) donc je pose ici la question...

        Sinon au passage la planche des paysages de cet article est très belle , ensuite je restais dubitatif sur les personnages de la planche suivante ( présentée dans l’article) ...voilà c’est tout ...

        Mais justement aujourd’hui j’ai découvert une artiste Marion Fayolle qui a publié un superbe bouquin L’homme en pièces à la fin de l’année passée aux éditions Magnani je crois et qui semble être de la bande dessinée sinon ça n’en n’est pas loin ...en tout cas très beau ...

        En fait le but de mon commentaire est le questionnement , prendre du recul sur ces travaux pour cesser d’être un mur face à ce travail contemporain et parce qu’entre la bd numérique et cette nouvelle frontière en bd ( comme cet exemple de travail de Léon Maret) je pense que peut être
        le développement et la novation en bd commence avec ces travaux même si je n’en suis pas féru étant donné que mes références bd sont bétonnés par ma culture Métal Hurlant , A suivre , etc, etc....

        Une chose est sûre la bd n’évoluera pas non plus en répétant sans cesse des albums à la Lanfeust ( je n’ai rien contre Lanfeust je le prend comme exemple , j’aurai pu prendre Spirou sauf que la série Spirou n’est pas le bon exemple car il y a eut je trouve une belle évolution graphique et narrative ces derniers albums même si tout le monde ne sera pas d’accord) ...

        En fait au départ j’étais réticent à la venue d’artistes illustrateurs dans le monde fermé de la bd ( et je le serai certainement encore en fonction des trucs présentés) mais petit à petit et en cherchant à comprendre j’y vois peut être un pont , une nouvelle voie ????? je me pose la question...

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        • Répondu par jimi le 1er juillet 2012 à  22:00 :

          Rectificatif L’homme en pièces de Marion Fayolle c’est chez les éditions Michel Lagarde .

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      • Répondu le 1er juillet 2012 à  21:34 :

        On parle de "livre difficile à vendre", des livre "difficiles". Et s’ils étaient si difficiles à vendre du simple fait qu’ils ne sont pas bons ? Et ce n’est pas en le vendant 30€ (soit 200 francs, c’est énorme) que vous allez plus facilement le vendre. Vos livres difficiles faites-en des brochés à 5€, peut-être que plus de gens y prêteront attention.

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        • Répondu le 2 juillet 2012 à  20:54 :

          "un travail d’édition exceptionnel, qui rivalise avec celui des éditeurs de l’obsessionnel Chris Ware : livre cousu, couverture rigide, dos en toile, joli signet (révolutionnaire !) bleu-blanc-rouge, tranchefile assorti, impression sur papier Munken Print White, etc."

          Faut pas s’exciter non plus, vous allez un peu vite en besogne en comparant cette fabrication à celle des livres de Chris ware. C’est un beau livre, certes, mais ce type de fabrication est aujourd’hui assez commune chez certains éditeurs indépendants.

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          • Répondu par Fred Poullet le 18 mars 2013 à  13:23 :

            On peut même dire que ce sont les nouvelles conventions esthétiques, on digère les façons du passé, que l’on remet au goût de l’époque. En même temps c’est bien en se questionnant sur l’objet livre, sa matière qui donne du sens supplémentaire au projet, que la différence avec le numérique se fera. L’objet doit donner du sens, et ne pas être seulement une belle chose, de l’effet pour l’effet... finalement comme pour le dessin en bande dessinée.

            Il y avait si mon souvenir est bon, dans Gens de France, de Teulé, (la réédition) également un signet marque page "révolutionnaire" bleu-blanc-rouge, il y a quelques années bien sur, les petits gars de 2024 ne doivent pas connaitre.

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        • Répondu par kstor le 5 juillet 2012 à  10:31 :

          C’est bien connu. Difficile = pas bon. Par exemple, un exercice de mathématiques difficile est un mauvais exercice. Un livre de James Joyce est un mauvais livre. Dans le monde merveilleux des amateurs de BD, la logique est implacable et les raisonnements épatants. Comme celui qui fait le lien entre le prix de certains livres et l’attention qu’on doit leur porter. En oubliant que certains éditeurs cyniques font leur beurre en vendant à prix d’or des tirages de tête ni faits ni à faire. En oubliant que les amateurs de BD investissent des sommes invraisemblables par pure aliénation, pour des livres qu’ils mettront deux minutes à lire sur la cuvette des toilettes. En oubliant que celui-ci fait 300 pages et que sa lecture au long cours n’a rien à voir avec celle de n’importe quel produit formaté de la BD franco belge. Je vous rassure : la lecture de Canne de fer et Lucifer n’est difficile que pour les gens qui ont des difficultés.

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  • Canne de Fer et Lucifer - Par Léon Maret - Editions 2024
    21 septembre 2012 19:17, par boiseime

    "Les sélections dans ces écoles d’art ne se font plus sur concours d’entrée, mais sur dossiers scolaires"
    Euh, Wilfried, renseigne-toi avant de dire n’importe quoi !

    Les écoles d’art se font encore totalement sur concours d’entrée, inclus les arts-décos de Strasbourg dont vient Léon Maret.

    Il existe des écoles d’arts appliqués qui prennent sur dossier scolaire (les MANAA par exemple) mais ce n’est absolument pas le cas des écoles de Beaux-Arts et d’Arts-décoratifs, aux concours plus ou moins difficiles selon la "demande".

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  • Canne de Fer et Lucifer - critique
    16 mars 2013 16:40, par Henri

    Cette bd est terriblement mauvaise.
    C’est un sacré bel objet, mais vide.

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