Casa HowHard 1+2 – Par Baldazzini - Dynamite

21 janvier 2007 0 commentaire
  • Casa HowHard ? La maison ô combien hard…
    Un monde où les genres se confondent, où tout n’est que sexe et volupté…
    Les éditions Dynamite poursuivent, après {Chiara Rosenberg}, {Béba, les 110 pipes}, {Sans famille}, la parution d’ouvrages de l’italien {{Roberto Baldazzini}}.

Comme signalé dans l’article BD érotique : Anastasie en sourdine et confirmé dans l’ Encyclopédie de la bande dessinée érotique de Henri Filippini, ce genre ne se porte pas, semble-t-il, au mieux de sa forme face à la censure en France.

Heureusement, les éditions Dynamite (La Musardine) font de la résistance et nous offrent grâce à son directeur de collections Bernard Joubert [1] des albums très chauds et de qualité.

C’est la cas de Casa HowHard dont les deux premiers épisodes sont réunis ici. Les éditions Geisha avaient sorti voici sept ans le premier tome uniquement, en petit format et en noir et blanc. Aujourd’hui, la présentation est luxueuse, de grand format (24x31 cm) et en couleurs. La traduction a été également refaite. De quoi rendre honneur à cette bande sur plus de 110 pages dans un bel album cartonné de la collection Canicule.
La série débutée il y a 10 ans en Italie se poursuit actuellement aux Etats Unis avec la prépublication du 4ème tome dans la revue newyorkaise Sizzle

Moebius [2] dans sa préface à l’édition française de 2000 reprise ici commente l’album ainsi :
(Baldazzini), maître d’une technique graphique impériale, nourri, certes, de mille références plastiques, mais totalement original dans sa représentation du monde… d’une originalité qui détonne dans l’univers volontiers mélodramatique de la BD.
Et voici que d’un verbe atone, il se met au service d’une vision fantasmatique, sans aucune retenue, mais vierge de toute colère, de toute culpabilité et, dirais-je enfin, de tout tourment. Nous nous trouvons dans un monde sexuel d’une sérénité qui vous prend à la gorge, comme si vous étiez face au spectacle d’un paradis non pas perdu, mais pas encore trouvé !
Baldazzini est un ange qui nous laisse entrevoir le rêve aveuglant de nos désirs.

Et en effet, cela fornique à tous les étages dans une jouissance, une éjaculation, quasi permanente et une pornographie débridée, déculpabilisée... L’héroïne, Angela, participe également à une émission de télévision, Le Grand Défi, à base de jeux sexuels par équipes, assez amusante (nous avons même droit à de fausses publicités). On se prendrait presque à rêver de tels programmes sur nos chaînes (ce qui existe peut-être déjà, remarquez) !

Casa HowHard 1+2 – Par Baldazzini - DynamiteUne des particularités des personnages créés par Baldazzini et particulièrement dans Casa Howhard est qu’ils sont de genre indéfini… Ils sont femmes mais hommes également, ou inversement... En gros, il s’agit de femmes dotées d’un pénis. Baldazzini s’en explique comme suit dans une interview accordée à Jean-Paul Jennequin [3] : C’est une sorte de fusion. Le corps féminin me plaît, sans doute parce que j’aime le dessiner, et le petit truc en plus, le pénis, c’est ce qui reste de l’homme. Mais dans la tête ! Ces êtres que je dessine, je les avais déjà conçus il y a vingt ans. Cependant, il n’y avait pas d’histoire autour, c’est venu bien après. Et puis, je ne savais pas comment les publier.

L’intrigue de Casa HowHard, tout comme le style graphique, sont épurés, réduits au minimum. Ils expriment l’essentiel, à savoir le désir non réprimé, mais avec une sophistication, un art, poussé à l’extrême.

Toujours dans son interview accordée à Jean-Paul Jennequin, Baldazzini cite parmi ses influences graphiques : Alex Raymond, Al Capp, Chester Gould, Hal Foster, Magnus, Yves Chaland, Serge Clerc… On pourrait y rajouter sans doute un rapprochement avec Charles Burns. Baldazzini amalgame également l’imagerie soft de la Pin-up des années 50 , incarnée par l’inoubliable Bettie Page, et celle de la pornographie moderne. Le mélange est assez détonnant et plutôt réussi.

Roberto Baldazzini a reçu déjà plusieurs prix en Italie ; ceux notamment du Meilleur dessinateur italien au Festival de Lucca en 1998 et du Meilleur illustrateur à l’Expocartoon de Rome en 2001…

(par François Boudet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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A voir en ligne : Le site officiel de Baldazzini

[1Journaliste et cofondateur du Réseau Voltaire, Bernard Joubert a signé aux Editions de la Musardine une Anthologie érotique qui retrace l’histoire de la censure en France. Il signe également quelques scénarios de bande dessinée érotique (Les malheurs de Janice avec Erich Von Götha, Nuit sauvage avec Jacobsen, Vengeance nymphomane avec Benedetti).

[2Dans la veine érotique, voir son album Griffes d’Ange avec Alexandro Jodorowsky.

[3Pour la revue Paméla n°1, reprise dans l’album La forteresse de la douleur / Janvier 2000.

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