Cati Baur ("Quatre Sœurs") : « Je ne veux pas être une fille dans la bande dessinée, juste auteur de bande dessinée »

26 mars 2011 0 commentaire
  • Après [{J'arrête de fumer}->br2364] et le remarqué [{Vacance}->art8224] (tous les deux chez Delcourt), Cati Baur se lance dans l'adaptation des quatre romans de Malika Ferdjoukh : {Quatre Soeurs}. Des romans graphiques de 150 pages, pleins de malice !

Cati Baur ("Quatre Sœurs") : « Je ne veux pas être une fille dans la bande dessinée, juste auteur de bande dessinée »
Orphelines depuis peu, les soeurs Verdelaine vivent à la Vill’Hervé, une grande maison en bord de mer. Enid, c’est la plus jeune, celle qui ne comprend pas vraiment les choses de l’amour, celle que personne ne croit quand elle dit qu’elle a entendu un fantôme hurler dans le parc.

Voici en deux mots le thème de ce premier album. Particularité de la série de romans de Malika Ferdjoukh : chaque volume se concentre sur quatre sœurs, alors que la famille en compte bien cinq, ainsi que toute une galerie de personnages qui tournent autour : le fiancé de Charlie, la pseudo-amoureux de Bettina, et surtout la naïve Colombe qui débarque avec fracas ! Une très agréable comédie romantique, qui profite du trait rafraîchissant de Cati Baur.

Quelle fut votre première impression à la lecture de cette série de livres ?

Ce fut dingue : une vraie comédie romantique doublée d’un réel plaisir de lecture ! Car on est vraiment entraîné dans cette histoire, portée par ces filles si charismatiques. Je pense d’ailleurs que le plaisir aurait été différent si je les avais lus d’une traite, mais j’ai découvert le premier tome assez tôt, et j’ai donc du attendre chaque publication pour me replonger dedans. Une attente difficilement gérable ! (rires)

Le dernier tome est sorti en 2002, moment où vous ne faisiez pas encore de bande dessinée. Pourquoi vous porter aujourd’hui sur cette adaptation ?

À l’époque, je faisais déjà de l’illustration, et lors de mes lectures des romans, j’ai vraiment eu des images mentales très fortes. Je désirais réellement en faire quelque chose. Égoïstement, j’avoue même que j’aurais voulu les avoir écrits ! (rires) D’ailleurs, je les relisais régulièrement, et après avoir fini Vacance, j’ai désiré concrétiser cette envie que je portais en moi depuis longtemps. Puis il y a eu cette rencontre avec Malika qu’elle commente elle-même dans la postface du premier album.

Après avoir écrit Vacance, qui était tout de même un récit assez fort sur la psychologie d’une mère de famille, vous vous lancez dans l’adaptation. Cela n’est pas déroutant ?

Le récit des Quatre sœurs me plaisait profondément, me parlait, mais je n’aurais pas pu l’écrire car cela ne correspondait pas réellement à mon univers personnel. J’ai donc préféré me greffer dessus. Puis Vacance a été intense à écrire ! L’accueil du livre m’a aussi paru étrange : j’avais l’impression d’être mise à nu par les questions des journalistes qui désiraient tout ramener à ma propre expérience alors qu’il s’agissait d’une fiction ! J’ai donc voulu prendre une distance de sécurité, et l’adaptation me semblait une bonne opportunité en me laissant porter par le récit d’une autre.

Chacune des filles parle parfois avec les fantômes de leurs parents, trop tôt disparus.

On demeure pourtant dans un univers féminin. En lien avec Vacance, cette thématique vous touche-t-elle ?

Pas particulièrement… Si l’ambiance de comédie romantique eut subsisté, cela aurait pu être Quatre Frères ! Je ne veux pas être une fille dans la bande dessinée, juste auteur de bande dessinée.

On remarque l’attention que vous avez portée sur l’expression des personnages. Une façon de communiquer leur manière d’être autrement que par les dialogues ?

Oui, j’ai voulu soigner leur physionomie, ce qui n’a pas été particulièrement facile lorsqu’on débute un tel récit. Par exemple, la discrète Bettina est sensée être jolie, mais dans mon adaptation, elle conserve une impression chiffonnée qui traduit son caractère. Cet air grognon est donc en lutte avec cette beauté qui doit aussi parfois transparaître. En ayant les personnages “dans la main”, ce sera sans doute plus facile dans les prochains tomes.

À la lecture, il semble que vous ayez appréhendé Colombe. Était-ce la fille que vous ressentiez le mieux ?

C’est surtout le personnage le plus simple. Malika la présente comme jolie, avec des traits simples. En réalité, c’est une fille assez lisse, plutôt placide : les événements semblent glisser sur elle. Je pouvais donc la dessiner facilement, car son caractère plutôt commun n’interférait pas dans ses traits.

L’arrivée de Colombe suscite la jalousie de Bettina !

En fin de ce premier album, le lecteur découvre donc votre rencontre à toutes deux, par les mots de Malika. Mais concernant cette adaptation, a-t-elle demandée un droit de regard sur votre transposition ?

Globalement, Malika m’a donné une carte blanche. Au début, elle m’avait glissé un découpage, dont je me suis rapidement affranchi, en misant sur la confiance réciproque que nous avions bâtie. Sans tenir compte de ses indications spécifiques, je restai pourtant fidèle au roman en me basant sur le texte en lui-même et les discussions que j’ai eues avec elle. J’ai voulu garder la force des détails et des dialogues du roman. C’est pour cela que la pagination de l’album est conséquente.

Ce premier tome devait installer le cadre et les nombreux personnages. Mais serez-vous aussi détaillée dans le deuxième tome ?

Le deuxième tome se concentre sur Hortense, la sœur un peu en retrait et toujours plongée dans la lecture (et l’écriture). On va trouver des extraits de son journal, ce qui comprendra donc des textes que je reprendrais littéralement du roman. Cette densité devrait donc demeurer, mais je n’irai pas au-delà de 150 pages, même si le deuxième roman est plus touffu que le premier. Je désire conserver cette limite. Puis, en suivant la ligne des romans, je souhaite présenter quatre volumes fort différents, à chaque fois selon la personnalité de la sœur qui “conduit” le récit. Dans le troisième tome centré sur l’hyperactive Bettina, il y aura sans doute plus d’action. Je n’ai pas réellement prémédité ce choix de forme, mais je voudrais que chacun de ces volumes puisse obtenir leur identité propre, quitte à être lus séparément.

Le cadre familial, un manoir en bordure de mer, est presque un personnage parmi les autres !

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire nos chroniques des précédents albums de Cati Baur : J’arrête de fumer et Vacance

Photo en médaillon : DR

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