Célébration de Thorgal et de Rosinski en cette fin 2013

4 décembre 2013 3 commentaires
  • En cette fin d'année 2013, Thorgal est à nouveau sur le pavois dans l'offre des nouveautés de la fin de cette année. Avec un nouveau titre dans la série régulière (le 34e), signé Grzegorz Rosinski et Yves Sente : Kah-Aniel ; et surtout un monumental et remarquable livre d'entretien sur Rosinski signé par l'encyclopédiste Patrick Gaumer.
Célébration de Thorgal et de Rosinski en cette fin 2013
L’édition de luxe du T34 de Thorgal. Il comporte un cahier de documents inédits
Ed. Le Lombard

Le Lombard fait une fois de plus le forcing pour placer le héros de Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski en tête de gondole en cette fin d’année : nouvel album dans la série régulière, une monographie monumentale et une application gratuite sur l’AppStore pour mieux découvrir les méandres tortueux de l’univers de l’homme mis à l’épreuve par les dieux.

Quand Grzegorz Rosinski publie pour la première fois en mars 1977, sur un scénario de Jean Van Hamme, le premier épisode de la série Thorgal, La Magicienne trahie, personne ne sait que l’année suivante, l’Église catholique se dotera d’un pape polonais, ni que le cadre dilettante de chez Philips qui s’essaie au scénario professionnellement depuis quelques mois avec le soutien financier de son épouse deviendra l’un des plus gros vendeurs de bande dessinée de la francophonie moins de dix ans plus tard.

Les esprits forts de la BD, ceux qui distribuent les nominations avec une connivence affectée (suivez mon regard...), ont vite faits de passer à la trappe une grande série comme Thorgal, rhizome européen de la Sword and Sorcery classique, qui allie l’ingéniosité narrative de l’un des plus grands raconteurs d’histoires de son époque avec la puissance graphique d’un dessinateur dont la formation académique va renouveler le dessin réaliste francophone en dehors de tout effet d’école alors que la consanguinité avec le trait d’Hergé était, dans les années 1980, en train d’enfoncer la BD franco-belge dans un insupportable maniérisme.

Thorgal T34 : Kah-Aniel par Yves Sente et Gzrgorz Rosinski
(c) Le Lombard, 2013

Près de quarante ans plus tard, alors que Van Hamme a cédé au Lombard les droits sur le personnage et que le bâton de maréchal du scénario est passé à son éditeur Yves Sente (devenu scénariste à plein temps depuis), Rosinski, tel un roc, est toujours là à dessiner le personnage au bout de 34 volumes, avec un nouvel opus : Kah-Aniel.

Passé à la couleur directe, une technique qui lui autorise un geste plus ample dans le dessin, de même que des matières, des modelés et des transparences inédites dans sa gamme colorée, Rosinski, 72 ans depuis août, n’a rien perdu de sa puissance. Yves Sente l’accompagne habilement avec un scénario bien construit et malin, aux saveurs inédites, où le rude viking explore les mystères de l’Orient et dont l’intérêt est une fois de plus relancé. Incontournable.

Parallèlement, l’éditeur de l’avenue Paul-Henri Spaak publie un ouvrage monumental sur le dessinateur polonais. Il est signé par le très méticuleux Patrick Gaumer. C’est une brique énorme de 400 pages, truffées d’illustrations. L’auteur du Larousse de la BD parcourt toute la carrière de l’artiste dont la première période polonaise nous est inconnue. Nous allons jusqu’au plus intime de son évolution, évoquant ses relations avec ses scénaristes (Van Hamme, Sente, Duchâteau, Dufaux...), mais aussi avec ses proches.

Chaque dessin est repéré, commenté, y compris ses travaux annexes comme les couvertures qu’il réalise pour La Mémoire d’Abraham d’après Marek Halter, chez Casterman, ou encore les peintures, grandes machines historiques à l’ancienne, qu’il réalise pour le Musée Royal du Cinquantenaire à Bruxelles. Des réalisations époustouflantes, Patrick Gaumer recoupe l’entretien en interrogeant les autres témoins de cette fabuleuse carrière : Van Hamme, Duchâteau, Dufaux, Kas...


La monographie est truffée de documents inédits et d’archives prêtées par l’auteur. Une référence.
Photos : D. Pasamonik

On soulignera la qualité incroyable des reproductions et l’abondance des illustrations, pour une grande part inédites et jamais réunies en volume, tout cela pour un prix relativement modique pour un tel livre d’art : 45 euros. C’est une somme, certes, mais c’est donné eu égard à l’objet proposé, une fois encore, incontournable.

Tous les méandres de Thorgal sur AppStore.
Cette application n’est pas encore disponible sur Androïd. DR

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander Thorgal T34 : Kah-Aniel chez Amazon ou à la FNAC

Commander Grzegorz Rosiński, Monographie par Patrick Gaumer, chez Amazon ou à la FNAC

 
Participez à la discussion
3 Messages :
  • Célébration de Thorgal et de Rosinski en cette fin 2013
    4 décembre 2013 12:55, par Guerlain

    en même temps, s’il fallait sélectionner ce titre sur seule base de l’importance de la série dans le paysage franco-belge, ce serait oublier que son succès tient aux scénarios de JVH, alors que ceux de Sente sont loin d’être palpitants. Ce dernier tome, typique du tome de transition, est d’ailleurs extrêment moyen et laborieux. Honorer un livre sans relief (malgré quelques belles planches) au titre de "servicerendu" alors que le pays Qâ ne l’a pas été serait un très mauvais choix. Un prix spécial serait plus adapté.
    Quant à Rosinski, l’académie a suffisamment insisté pour exclure tous ceux qui ne sont pas auteur complet (quitte à attendre hypocritement que Juillard signe un album en solo pour l’introniser et se cacher derrière l’homme au landau de Lob, le seul qu’il ait réalisé en solo, alors que ses plus belles réalisations le sont en tant que scénariste). Rosinski n’est pas auteur complet, donc l’académie ne l’honorera pas. Question de (stupide) principe.

    Répondre à ce message

  • Juste un avis personnel.
    On met beaucoup en avant ces planches réalisées en couleurs directes. Rosinski s’y est mis, Hermann aussi ne fait presque plus que de la couleur directe. C’est assez joli, mais à mon goût, ça donne une lourdeur au dessin, aux planches que je n’aprécie pas particulièrment.
    J’avais trouvé ça intéressant quand Rosinski avait expérimenté cela sur le compte Skarbeck (en 2 tomes). Mais pour cette série plus populaire, je ne trouve pas que ça ajoute quelque chose, au contraire ça déssert un peu l’action. J’ai la même impression avec Jeremiah de Herman.
    Cela dit ils sont tout deux, de très grands dessinateurs de Bd hélas assez désservis par leur scénaristes (Sente ou Yves H)

    Répondre à ce message

    • Répondu par Oncle Francois le 5 décembre 2013 à  11:02 :

      Vous avez bien raison, Messieurs Bob et Guerlain. Malgré une belle carrière de plusieurs dizaines d’années au Lombard, Rosinski n’a jamais obtenu la reconnaissance méritée à "Angoul’aime pas la bonne BD". C’est très bien dessiné, donc trop classique, voire académique, encourageons plutôt la maladresse moderniste et le nombrilisme soporifique. D’autant plus que les albums de Thorgal se vendent bien, c’est suspect ça, une BD qui arrive à fonctionner sans subventions des pouvoirs publics...

      Répondre à ce message