Chaos debout à Kinshasa - Par T. Bellefroid et B. Baruti - Glénat

23 mars 2016 0
  • Une belle page d’espionnage sur fond de combat du siècle, entre Mohammed Ali et George Foreman.

En 1974, Ernest, un voyou à la petite semaine de Harlem, gère mal ses affaires, et n’arrive à se sortir du bourbier dans lequel il s’est empêtré qu’en gagnant un concours radiophonique. Le prix ? Un billet pour aller au Zaïre assister au « combat du siècle ». Il arrive alors comme une fleur dans un pays dont il est bien loin de saisir la complexité.
Chaos debout à Kinshasa - Par T. Bellefroid et B. Baruti - Glénat
Ce « combat du siècle », opposant deux américains sur le sol zaïrois est une singulière page de l’histoire du XXe siècle. Mohammed Ali avait été déchu de tous ses droits et titres pour avoir refusé de partir se battre au Vietnam. Réhabilité, il entendait reconquérir son titre de champion du monde, après trois ans sans boxer, et rencontra en 1970 Joe Frazier au Madison Square Garden, mais il échoua. Fort d’une conscience politique aiguë, grâce à son mentor, le leader révolutionnaire Elijah Muhammad, à la tête de Nation of Islam, celui qui ne se faisait plus appeler Cassius Clay décida de retourner en Afrique, terre de ses ancêtres. Mobutu vit dans le combat qui devait opposer le nouveau champion du monde, George Foreman (qui avait battu Joe Frazier), à Mohammed Ali l’occasion d’attirer les caméras du monde entier sur le Zaïre, de mettre en avant la fierté d’être noir, et, pour quelques millions de dollars, arriva donc à obtenir l’organisation de ce « combat du siècle ».

Outre Ali et Ernest, on suit également différents personnages, d’une prostituée dont le frère est emprisonné dans les geôles de Mobutu à une série de barbouzes, belges comme américains, le pays étant devenu un véritable nid d’espions. Le tout se passe en effet avec un arrière-plan politique très complexe, mélangeant des enjeux de guerre froide, de politique intérieure belge, les socialistes cherchant à obtenir l’argent zaïrois pour financer leurs campagnes, de décolonisation, notamment en Angola, où s’opposent le Front National de Libération de l’Angola, soutenu non seulement par Mobutu, mais aussi par les États-Unis et l’Afrique du Sud, et le Mouvement Populaire de Libération de l’Angola, mouvement nationaliste marxiste, soutenu, lui, par l’URSS et Cuba. Au milieu de ce bazar, un personnage haut-en-couleur, et, pour tout dire, à moitié allumé : Mohammed Ali.

Même si le dessin de Barly Baruti est souvent assez figé, la mise en couleur arrive à le sublimer pour créer des ambiances fortes et marquantes sur un beau papier granuleux. Malheureusement, le format de l’album est assez inattendu, plus petit que les albums Glénat habituels (26,5 cm au lieu de 32 cm de hauteur), ce qui aboutit à des planches « tassées », que l’on aimerait agrandir pour mieux pouvoir les lire et les faire respirer. Le scénario de Thierry Bellefroid n’est pas toujours très clair et la construction narrative pas systématiquement limpide, parfois même brouillonne, mais c’est le revers de la médaille d’une construction ambitieuse, mêlant constamment plusieurs fils narratifs, différents personnages que l’on suit d’abord sans comprendre ce qui les rattache avant d’assister au dénouement final, très cinématographique. Les dialogues sont bien ciselés et l’ensemble est assez relevé et savoureux !

Malgré ces quelques défauts, il s’agit là d’un bel album, exotique et surprenant, retraçant une page d’histoire si romanesque qu’elle était destinée à inspirer les auteurs de fiction. Aux points, Chaos debout à Kinshasa remporte aisément le combat !

(par Tristan MARTINE)

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