Charles Darwin, entre Jean Ray et Alan Moore

  • Charles Darwin, le célèbre naturaliste, possède désormais sa série comme personnage de fiction, se retrouvant confronté à des créatures allant à l'encontre de sa théorie de l'évolution. On y mêle avec intérêt la société victorienne du XIXe et des créatures bien plus fantastiques, incarnation des figures littéraires de d'époque, à la manière d'un certain... Alan Moore.

On en débattait encore dernièrement dans nos pages, le modèle Alan Moore appliqué dans La Ligue des Gentlemen extraordinaires puis dans Lost Girls fait tache d’huile : on rencontre de plus de plus de séries mettant en avant des personnages issus du XIXe et de sa littérature : Achab, Holmes, la collection 1800, Challenger, Dracula, et bien d’autres.

Dans un marché où les nouveautés pullulent chaque mois, on peut comprendre la facilité à utiliser un héros et un canevas connus. Ces points de repères - ces "marques" - sont d’autant plus importants pour le lecteur qu’ils allègent la phase de présentation des personnages, tout en constituant une source d’exigence. Si le public connait partiellement les caractéristiques du héros et le type d’aventures proposées, il attend aussi suffisamment de créativité pour supplanter ce ‘manque’ d’inventivité. Il faut dès lors tendre vers un subtil équilibre, éviter la redite, tout en ne trahissant pas trop le personnage public.

C’est vrai pour les personnages de fiction comme pour les personnalités de l’histoire, comme nous le rappellent Runberg & Ocaña avec l’emblématique figure de la théorie de l’évolution, le scientifique Charles Darwin.

Une intrigue au cœur de l’ère victorienne

1860. Darwin est dans la tourmente. Admirateurs et critiques se déchaînent autour de l’œuvre du naturaliste. C’est alors qu’il est contacté par le gouvernement anglais pour mener une enquête délicate : Des meurtres particulièrement atroces viennent d’être commis dans le Yorkshire et on soupçonne un prédateur inconnu d’en être à l’origine. Dans cette région où s’affrontent modernité et obscurantisme, Darwin plonge au cœur d’un tourbillon d’intrigues marquées par une violence aveugle.

Charles Darwin, entre Jean Ray et Alan Moore

Un fantastique qui épaissit l’ambiance et l’intrigue

Outre l’utilisation de personnages connus, il faut avouer la commodité et l’innovation de mettre en avant Charles Darwin. Certes, son nom est universellement connu et, selon les différents courants religieux, il est porté aux nues ou décrié pour avoir démontré dans ses travaux sa théorie sur l’origine de l’Homme. Pourtant, comment animer sa carrière toute scientifique de manière intéresser le lecteur ?

Sylvain Runberg, le scénariste d’Orbital, en fait alors un détective de la biologie chargé d’enquêter sur des monstres sévissant au plus profond de contrées reculées. Si l’atmosphère est épaisse à souhait, ce pari aurait pu tourner court sans une charge émotionnelle supplémentaire : le morne scientifique souffrirait d’un mal mystérieux qui le conduirait à des accès de colères et de violences inouïes !

On se retrouve rapidement dans un récit aux ambiances lovecraftiennes et qui rappelle à plus d’un moment les enquêtes qui se sont déroulées pour abattre la Bête du Gévaudan ou encore celles du "Détective de l’impossible" Harry Dickson de Jean Ray qui avait déjà engendré Martin Mystère ou Carland Cross.

Déjà son complice dans le T7 de Kookaburra Universe, le dessinateur Eduardo Ocaña trouve le juste équilibre entre les bonnes manières diurnes et la noirceur des scènes nocturnes.


Ce premier tome est donc une très intéressante entrée en matière, mettant en avant les qualités et défauts du personnage principal allié à une féministe convaincue. La suite devrait nous réserver, paraît-il, d’autres surprises...

(par Charles-Louis Detournay)

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Les Carnets de Darwin, T1 : L’Œil des Celtes - Par Runberg & Ocaña - Le Lombard

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Concernant les Carnets de Darwin, lire également notre interview du scénariste Sylvain Runberg : "Orbital est le reflet de mon goût pour la géopolitique !" (Avril 2010)