Che Guevara : un révolutionnaire revisité avec passion

1er octobre 2020 4 commentaires
  • Reconnu et célébré comme l'un des plus grands experts des années révolutionnaires de l'Amérique latine et de Cuba en particulier, Lee Anderson s'est allié avec le dessinateur mexicain José Hernandez pour transcrire en roman graphique son livre « Che Guevara : une vie révolutionnaire » publié en 1997.

Dans cette approche de la figure du géant révolutionnaire, les deux auteurs ont cherché à reconstruire non seulement la vie du guérillero, mais aussi à dévoiler le large éventail des facettes qui l’ont composée. En retraçant le parcours de sa vie depuis ses années de jeunesse insouciante et privilégiée jusqu’à son assassinat en Bolivie, les lecteurs pourront découvrir l’homme d’action, l’intellectuel, le père de famille, le leader visionnaire et le juge sévère de criminels. Grâce à une recherche exhaustive basée sur nombreux témoignages, documents secrets, journaux intimes et enquêtes de terrain [1], l’image qui se dégage est aussi complexe qu’attrayante ; d’autant que l’approche réaliste de Jose Hernandez au fusain, une tradition mexicaine, est proche de la photographie.

La reconstruction de la vie du Che se fait ici en deux temps. Dans un premier avec les documents issus de la recherche historique qui constituent l´essentiel du corpus textuel de l´album, et de l’autre, les scènes des planches constituées en plans-séquences pour simuler l´évolution narrative d’un film ou d’un docufiction plein de péripéties. Le lecteur avisé pourra repérer dans les compositions des personnages une reconstruction détaillée des images historiques de la révolution cubaine et des archives du Che, de Fidel Castro, de Camilo Cienfuegos, etc. Les portraits des grands photographes de la décennie révolutionnaire de 1960 : Korda, Raul Corrales et Chinolope ont elles aussi contribué à la création de de cette œuvre encyclopédique qui reconstitue les épisodes les plus épiques de la révolution cubaine ainsi que ses heures les plus sombres. L´intention déclarée des auteurs était de faire du Che une figure réelle pour ses lecteurs, une personne de chair et d´os grâce à la citation de lettres intimes, d´anecdotes et de détails sur sa personnalité qu’ils ont pu connaître par le biais des proches du guérillero.

Che Guevara : un révolutionnaire revisité avec passion
© Librairie Vuibert

Le piège du réalisme

Mais ce grand effort créatif n´est pas sans imperfections, lesquelles sapent par moment cette volonté de naturalisme. Nous sommes face à un roman graphique basé sur une enquête historique, elle-même appuyée sur une vaste compilation de documents avec, à plusieurs reprises, la tentation de transmettre la plus grande quantité d´informations aux lecteurs. Cette approche entrave les besoins narratifs, notamment ceux qui touchent aux personnages et à leur construction. À force de chercher à révéler le plus grand nombre d´anecdotes, l´espace qui devrait appartenir à la fiction ou à la spéculation artistique reste portion congrue.

Le manque de développement interne des personnages, et notamment du héros-titre, laissent souvent le lecteur dans l´incompréhension des motifs internes ou de l´univers propre de chacun. On voit le Che prendre soin des pauvres ou participer à de dangereuses réunions secrètes, mais nous arrivons à peine à savoir ce qu´il en pense lorsqu´il n´exprime pas ses idées à voix haute.

© Librairie Vuibert

Par ailleurs, le réalisme d´Hernandez se heurte à la superficialité de son graphisme. Mais comme l´action et les intrigues sont bien construites, le lecteur peut passer outre cet inconvénient, car l´efficacité du langage cinématographique offre ici ses meilleurs avantages puisqu´Hernandez n’hésite pas à rendre hommage au film de Steven Soderbergh dédié au même personnage historique.

Voici une œuvre pétrie d´informations et d´histoire épique qui sera très appréciée par les curieux et les amateurs des révolutions de l´Amérique Latine, mais qui risque, en revanche, de perdre l´attention des lecteurs plus exigeants.

Les images de l’album sont très souvent tirées de photos célèbres. Avantage ou handicap ?
© Librairie Vuibert

(par Jorge SANCHEZ)

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Che Guevara : une vie révolutionnaire - Par Lee Anderson & José Hernandez - Librairie Vuibert - 427 pages en couleurs - 25,5€

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- L’Homme de l’année : 1967, l’homme qui tua Che Guevara - Par Lupano, Séjourné & Verney - Delcourt

[1Au cours desquelles Lee découvrit les restes du Che en Bolivie...

 
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4 Messages :
  • Ben Laden fera-t-il ultérieurement l’objet d’un culte comme son "alter ego" Ernesto Guevara ? Le sujet de la double exaltation-condamnation du terrorisme par la culture bourgeoise me semble plus d’actualité que le cadavre du "Che".
    - Le point du "réalisme" est le plus intéressant de cette chronique, bien qu’on ne puisse tenir la photographie pour un art "réaliste" ; c’est au contraire un des plus abstraits et des plus propices à la fiction. Ce n’est pas pour rien l’art préféré des propagandistes et des Etats totalitaires avec le cinéma.

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    • Répondu par kyle william le 1er octobre à  14:26 :

      Mettre Che Guevara et Ben Laden sur le même plan, c’est idiot.

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    • Répondu par Kiki le 1er octobre à  19:24 :

      Zebra, d’où provient cette comparaison entre un terroriste et le Che ? Le premier, milliardaire, a tué des milliers d’innocents dans la plus parfaite impunité. Le second a fait condamner quelques centaines de criminels qui ont affamé et asservi leur peuple durant des dizaines d’années, est resté sans le sou après le triomphe de la révolution, et a lancé une vaste campagne d’alphabétisation à travers tout le pays.
      Regardez le traitement de quelques 9000 collabo après la 2è guerre mondiale, tondus ou fusillés.
      Accuseriez-vous les résistants de terrorisme ? Le deux poids deux mesures ne s’applique que dans la plus grande ignorance de la vie du Che.
      Si vous en doutez, parlez un jour avec des Cubains.

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      • Répondu par Takani le 2 octobre à  07:38 :

        Ne réagissez pas, c’est la provoc habituelle de l’extrême droite qui voudrait faire croire que tout se vaut.

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