Choron mort, les cons rigolent (enfin).

10 janvier 2005 3 commentaires
  • On lui connaissait ce crâne chauve et son éternel porte-cigarette. Georges Bernier, alias le Professeur Choron, est mort aujourd'hui lundi 10 janvier 2004 des suites d'une leucémie. Il était le grand timonier d'{Hara Kiri} qu'il avait fondé en 1960 avec Cavanna, puis de {Charlie-Hebdo} et récemment de {La Mouise}. Pied Nickelé de la presse satirique et sommelier du litre de vodka englouti à neuf heures du matin, on doit à cet orfèvre de la subversion quelques bonnes pintes de rire. Sa mort nous donne le hoquet. Enfin les cons rigolent.

Le grand public se souvient de son esclandre chez Polack lorsque, imbibé et titubant, il s’était mis à déverser une bordée de gros mots choquant le bourgeois, tandis que l’animateur riait sous cape. Un grand moment de service public. Cependant, on doit plus que cette franche rigolade à cet ancien para d’Indochine, qui avait gardé le goût pour l’outrance et la gaudriole propre à l’humour troupier. Ancien directeur des ventes pour le magazine Zéro, il se tire bientôt avec quelques-uns de ses collaborateurs, parmi lesquels Fred, Cabu, Topor et Cavanna pour fonder en 1960 un journal d’un genre nouveau, Hara Kiri, un journal « bête et méchant ». Il prend le pseudo du Professeur Choron, en souvenir d’une rue du 9ème arrondissement de Paris qui porte ce nom.

Un mort !

Le ton de ce nouveau périodique est anar au possible. Il renoue avec les meilleurs moments de l’histoire de la presse satirique française, celle du Charivari, du Grelot, ou de L’Assiette au Beurre. Mais la ligne est décapante et agressive, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle fait tache dans la France Pompidolienno-Gaulliste des années 60. Les interdictions pleuvent ; les amendes aussi, comme au bon vieux temps de Louis-Philippe ou de l’Ordre moral. Huit jours avant la mort de De Gaulle, une discothèque flambait, tuant une poignée de jeunes coincés comme des rats, faute de sécurité. Quand l’Homme du 18 juin décéda (on notera que passer l’arme à gauche est souvent fatal pour un militaire de droite), Hara Kiri Hebdo titra : « Bal tragique à Colombey-les-deux-Eglises : Un mort ». Le gouvernement de Pompidou utilisa aussitôt la scélérate Loi pour la Protection de la jeunesse de 1949 pour interdire l’hebdomadaire.

Qu’il crève !

Pour l’équipe d’Hara Kiri, cette interdiction est un triomphe. La jeunesse de mai 68 se reconnaît immédiatement dans ces saillies subversives mêlant humour, sexe et mauvais goût. Au passage, le magazine invente une forme nouvelle et moderne de presse satirique qui n’hésite pas à se moquer du consumérisme : « Si vous ne pouvez pas vous acheter Hara Kiri, disait le journal, volez-le ! ». Quant à ceux qui ne s’abonnaient pas au journal en sachant qu’ils avaient tort de ne pas le faire, le Professeur Choron leur décochait, péremptoire : «  Qu’ils crèvent !  ». Du creuset de cet humour sortira une nouvelle génération d’auteurs. « L’humour crade » fut même consacré à Angoulême, avec l’accession de Philippe Vuillemin, sans doute son héritier spirituel, à la dignité de Grand Prix. Autre signe de consécration : l’un des dessinateurs stars de Charlie Hebdo, Georges Wolinski, venait de recevoir la Légion d’Honneur. C’en était trop sans doute pour le père de la comédienne Michelle Bernier. Il doit être mort de rire.

Choron mort, les cons rigolent (enfin).
Le Professeur Choron
Photo : DR

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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3 Messages :
  • > Choron mort, les cons rigolent (enfin).
    17 janvier 2005 12:27, par JCP

    Bonjour,

    Merci pour cet article. Je crois que la formule magique était
    "si vous n’avez pas dix balles à foutre en l’air, volez-le !".
    Je me retrouve dans cette chronologie. C’est Choron et la bande qui m’ont fait.
    Il m’avait refusé en 62 un dessin qui montrait un type crade sur un vélo. Sur le porte-bagage, une grosse bonne femme avec des pilons en guise de jambes. Le type lui criait : "Rame, salope !". Trop cru...

    Voir en ligne : http://surlezinc.blogs.com/g1trouco...

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  • Choron mort, les cons rigolent (enfin).
    13 février 2007 05:32, par gillos

    Juste pour dire que dans la phrase de l’article : Charlie Hebdo titra : « Bal tragique à Colombey-les-deux-Eglises : Un mort », il faut lire « Hara Kiri Hebdo titra... », en effet c’est à la suite de l’interdiction qui tomba à la suite de ce titre, que Charlie Hebdo remplaça Hara Kiri Hebdo.

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 13 février 2007 à  08:39 :

      Vous avez parfaitement raison. Nous avons corrigé l’article.

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