Christel Hoolans (Kana) : "c’est parfois difficile de voir passer inaperçue une bonne série à laquelle on croit"

6 juin 2013 3 commentaires
  • Rencontre avec Christel Hoolans, directrice éditoriale de Kana et directrice éditoriale adjointe Dargaud Benelux. L'occasion de revenir sur le catalogue manga de Kana et sur la stratégie éditoriale du groupe.

Quels sont les bonnes surprises dans les lancements opérés depuis septembre dernier ? Quelles sont à l’inverse les déceptions ?

Christel Hoolans (Kana) : "c'est parfois difficile de voir passer inaperçue une bonne série à laquelle on croit"Si on ne parle que lancement, les bonnes surprises sont, par exemple, Kamakura Diary et Les Pieds bandés qui ont tous les deux bénéficié d’un très bon accueil et qui le méritent chacun dans leur genre. Les Pieds bandés est le nouveau one-shot de Li Kun Wu, le dessinateur de La Vie chinoise (avec Philippe Autier). Le livre qui se lit d’un trait raconte la bouleversante histoire d’une coutume ancestrale assez cruelle. Une création Kana. Et Kamakura Diary est un josei (manga pour jeune femme), chronique de la vie de quatre sœurs orphelines, qui se serrent les coudes au quotidien, par l’auteur de Banana Fish, Akimi Yoshida, et pour lequel nous avions eu un vrai coup de cœur. C’est drôle et touchant.

Les déceptions sont Gamaran de Nakamaru Yôsuke qui marche bien, mais qui, nous pensions, décollerait beaucoup plus que cela car c’est un excellent shonen de combat, efficace et qui démarre fort dès le premier tome. Chaque lecteur que je croise est conquis. Il faut juste le lire ! Et nous pensions aussi que GE Good Ending, titre un peu à part, ferait plus d’adeptes. Car c’est drôle, sexy et qu’on apprend comment marche une fille.

Japan Expo se profile : quels vont être les titres à l’honneur cette année ? Kana a-t-il prévu de faire venir des auteurs de son catalogue pour l’événement ?

Plusieurs nouveautés sont prévues à Japan Expo. Une que vous avez peut-être déjà pu lire en avant-première car le tome 1 inédit était offert en exclusivité à l’achat de deux nouveautés Kana, dès le mois de mai : c’est Hell’s Kitchen de Mitsuru Nishimura (scénario) et Gumi Amaji (dessins). C’est un shonen très drôle de baston fantastico-culinaire issu du catalogue Kodansha. À la Japan, vous pourrez venir participer à notre atelier de cuisine moléculaire sur notre stand.

Et puis, nous publions à cette occasion également les premiers tomes de Blue Spring Ride de Io Sakisaka, l’auteur de Strobe Edge. Elle nous revient avec un titre un peu plus mature ici, tout aussi attachant.

Et puis, nous avons quelques surprises prévues autour de notre nouvelle licence Assassination Classroom, de Yusei Matsui, dont les premiers tomes sortiront en octobre. Vous pourrez découvrir quelques pages du premier tome, plein de goodies et puis vous amusez autour d’activités vous faisant découvrir cette série très attendue chez nous.

Au Japon, Masashi Kishimoto semble approcher de la fin de son manga Naruto : songez-vous à l’inviter en France lorsqu’il aura achevé son œuvre ? Avez-vous pris des contacts en ce sens ?

Oui, nous avons essayé de l’inviter à plusieurs reprises, mais comme il travaille comme vous le savez dans le Shonen Jump, qui est donc un hebdomadaire, c’est totalement impossible. Avec le rythme de parution à l’année qu’il doit soutenir, il n’a pas vraiment le temps de voyager, ni même d’avoir de loisirs d’ailleurs. Mais, bien sûr, dès que ce sera possible nous le ferons, ce serait vraiment extra !! Et puis le public attend cela depuis tellement longtemps.

Naruto demeure la tête d’affiche shonen du catalogue Kana. On dit le titre en perte de vitesse : qu’en est-il exactement ?

Les ventes francophones de Naruto représentent un sixième des ventes de Naruto dans le monde entier. Cela reste la série qui se vend le mieux à la nouveauté. Cela pêche plutôt du côté des fonds qui ralentissent en effet. Mais bon, tout est relatif, la moyenne de tirage shonen sur le marché francophone tourne autour des 8000 ex, là où le tirage de Naruto est à 200 000 ex.

Kana profite de la manne de certains titres phare pour investir dans des collections plus pointues. Notamment le label Made In qui semble viser ce qu’on pourrait nommer le « manga d’auteur ». Pouvez-vous nous présenter comment cette collection fonctionne, comment vous sélectionner les titres qui l’intègrent ?

A la base, Made in est une collection de one-shot et de séries courtes de titres moins « mainstream » du manga. Dans la collection Made in, vous avez des licences et des créations. C’est aussi le reflet du monde asiatique : dans cette collection, vous trouverez des auteurs chinois, coréens et japonais. Il y a dans la collection Made in de grands auteurs, best-sellers dans leur pays. Nous avions l’envie de faire découvrir un autre pan du manga, moins connu, plus adulte. Quand nous avons créé ce label nous avions l’envie de faire une passerelle aussi avec la bande dessinée. Les rapprocher des romans graphiques qui commençaient à percer. Étant éditeurs de bande dessinée également, cette passerelle nous semblait évidente.

Ces titres rencontrent-ils leur public ? Quels sont les succès et échecs dans cette collection ces derniers mois ? Ces titres vous ouvrent-ils un nouveau lectorat, moins manga et plus proche de la BD franco-belge ?

C’est de toute façon un label qui ne va pas, par essence, toucher un large public. Les plus gros succès de ce label sont les titres de Taniguchi, Le Sommet des Dieux, K, Icare, Seton, Trouble is my business, etc. Ces derniers mois, ce sont plutôt les créations qui ont fait parler d’elles, notamment les livres de Li Kun Wu, La Vie Chinoise (avec Philippe Autier au scénario) et Les Pieds bandés. Là, on vient de publier le tome 1 d’une création, une histoire en deux tomes : Yokozuna, de deux auteurs français : Jérôme Hamon et Marc Van Straceele.

Concernant la partie "création" de votre activité d’éditeur manga, comment procédez-vous ? Est-ce au coup par coup, au gré des rencontres, ou développez-vous des stratégies soit d’association d’auteurs asiatiques et francophone, soit de lancement de séries mangaïsantes réalisées par des francophones, soit encore de commande à des auteurs japonais ?

C’est un petit peu tout cela à la fois. Il y a beaucoup de rencontres, sur le long terme qui donnent naissance à des projets. Comme le carnet de voyage de Philippe Buchet ou It’s your World avec Junko Kawakami. Il y a des projets qui nous arrivent par la poste aussi ou des auteurs qu’on rencontre en voyage, comme Keiko Ichiguchi, ou encore lors de festival, comme Jérôme Hamon et Marc Van Straceele.

Nous faisons de la veille sur les blogs et sites d’auteurs et quand on trouve une perle, on essaye de la publier. Parfois ce sont des auteurs complets et on travaille à partir d’une idée ou d’un sujet, voire d’un projet quand l’auteur a déjà développé quelque chose. Quand ce sont des scénaristes ou dessinateurs en recherche de collaboration on les aide à constituer le tandem, comme Corbeyran avec Byun Byung Jun pour le livre Premières Neiges. Il y a en tout cas une vraie volonté pour nous de continuer à faire de la création, même si ce n’est pas l’axe principal de Kana à date. Cela nous paraît d’autant plus naturel que nous sommes aussi éditeurs de bande dessinée chez Dargaud.

Pensez-vous qu’il s’agisse là d’une perspective naturelle de l’édition du manga en France, appelée à se développer (du fait d’une influence globale du manga sur la production BD), ou que cela restera quelque chose de marginal ?

Le manga répond à beaucoup de critères pour un jeune lecteur que la bande dessinée franco-belge ne remplit pas forcément ou plus : les sujets proches du jeu et de l’anime qu’ils apprécient, le format, le rythme de parution, le prix, etc. Aujourd’hui, par ailleurs, le public est prêt à lire du manga venu d’ailleurs que du Japon. Et c’est une bonne chose aussi. Je pense donc que nous allons voir fleurir des créations "mangas" ou "manga-like" de qualité, issues de nos contrées. Les lecteurs de mangas et les fans de japanime sont aussi auteurs de "bande dessinée" aujourd’hui et l’influence du manga, de la japanime et du Japon plus généralement se marque dans leur production. Tous ne feront pas du manga, mais même si ils font de la BD beaucoup de codes sont empruntés au manga. Cela me semble assez inévitable, en fait et assez naturel.

Kana appartenant à Dargaud, y a-t-il des stratégies éditoriales en interne pour croiser les lectorats BD et manga ? Est-ce un axe de réflexion pour soutenir le marché manga ?

Non, il n’y a pas de stratégie croisée. Mais comme je vous le disais, étant éditeur de BD et de manga, les réflexions vont aussi dans ce sens, pour un résultat mitigé jusqu’à présent. Je pense que naturellement, nous allons vers cela. Les jeunes aujourd’hui lisent du manga et beaucoup moins de BD, voire pas du tout. La question sera, liront-ils encore de la BD dans quelques années ?

La collection Big Kana s’affiche comme celle qui peut faire le pont justement entre manga et BD franco-belge. Là encore, qu’est-ce qui détermine l’inscription d’un titre dans cette collection (plutôt que dans celle Made In par exemple) ?

Le label Big Kana, intègre des seinen, plutôt mainstream à la base. Elle n’a pas vocation à faire passerelle avec la BD. C’est un label de manga pour adulte. Il s’agit généralement de séries longues. C’est vrai que quand quelqu’un vient vers moi et ne connaît pas du tout le manga, je lui mets en main soit un manga d’Urasawa (Monster généralement) ou dans un autre genre un livre de Taniguchi (Made in donc). Les deux peuvent mener les lecteurs néophytes vers le manga.

Dans ce label, on trouve des titres très étonnants comme La Cité Saturne et Bonne Nuit Punpun. Ces deux tires en particulier ont reçu un accueil critique très favorable : en a-t-il été de même auprès du public ?

Le public les a plutôt bien accueillis, mais ne les a pas forcément achetés en masse. C’est vrai que nous avons eu une jolie couverture presse pour ces deux titres, plutôt unanimes quant à leur qualité, nous avons reçu des prix aussi, donc tout le monde est d’accord pour dire que ce sont des bons titres. Il est vrai que ce sont des titres peut-être un peu plus difficile d’accès, mais généralement quand on les commence, on est bien accro. Inio Asano est, pour nous, un auteur incontournable. On le soutient depuis longtemps (Un monde formidable, Le quartier de la lumière, Solanin, La fin du monde avant le lever du jour) et on est grand fan. Idem pour Hisae Iwaoka qui est une grande artiste à ne pas rater et qui a un univers bien à elle, bourré de poésie.

Comment a été élaborée – et avec quels objectifs – la stratégie visant à proposer des mangas dans des formats différents de ceux habituellement commercialisés ?

Comme toute maison qui existe depuis de nombreuses années, nous devons faire vivre notre fonds au risque de devoir arrêter de commercialiser certaines séries. Donc remettre en avant les titres, notamment des séries pour lesquelles il n’y a plus de nouveauté. Et c’est un exercice difficile pour un éditeur de manga, car une série sans nouveauté est très vite « has been ». Nous avons donc essayé plusieurs types d’édition avec plus ou moins de succès. Soit nous avons acheté la licence d’une nouvelle version de l’œuvre édité au Japon, par exemple la Saint Seiya deluxe ou Monster deluxe. Nous avons également essayé de suivre l’exemple d’autres éditeurs européens, comme Tokyopop Allemagne qui ont créé avec l’accord de l’éditeur japonais, la "black edition" de Deah Note pour remettre ce titre en avant. Ou nous avons créé des double volume comme pour Yu-Gi-Oh ! ou Samurai Deeper Kyo, qui permettait de redécouvrir la série plus vite et moins cher.

Kana a également fortement investi le patrimonial avec la collection Sensei. Ce créneau a cependant commercialement mauvaise réputation. Quel bilan tirez-vous des titres publiés jusque-là ?

Nous sommes très fiers de ce label. Nous en rêvions depuis longtemps. Dans ce label, nous essayons de faire connaître les grands anciens, les maîtres du manga, parfois méconnus. Publier Kamui Den par exemple nous semblait primordial. C’est la pierre angulaire du manga, nous avions envie de le faire découvrir aux lecteurs d’ici. Idem pour les titres comme ceux de Kamimura (La Plaine du Kanto, Nous vivions ensemble, etc.) ou dans un autre genre Sabu et Ichi de Shotaro Ishinomori. Après c’est sûr, que ce n’est pas forcément un succès sur le plan commercial. Même si nous avions fait de beaux gros volumes de plus de 1000 pages pour un prix de vente public défiant toute concurrence…

S’agit-il pour vous toujours d’un engagement fort, avec un éditorial qui échappe un peu à la logique commerciale ou bien en revenez-vous du fait de l’état actuel du marché ?

C’est sûr qu’aujourd’hui, on va un petit peu se calmer sur ce type de livres confidentiels car ce serait intenable. Mais cela reste un pan important de la culture manga. Il faut trouver le juste équilibre entre ce qui rapporte et ce que nous pouvons tenter grâce à l’argent gagné. C’est aussi un équilibre commercial à trouver face à la réalité du marché.

Depuis janvier et Maria de Kamimura il n’y a plus eu de titres de la collection alors que 2012 avait été assez riche, avec Le Chant d’Apollon, Astro, la fin de Kamui-Den, le tout poursuivant une forte impulsion donnée entre 2010 et 2011. Quels sont les prochains projets pour le label Sensei ? A-t-il été comme rattrapé par la réalité du marché du manga en France ?

D’abord il y a eu le lancement du label et l’année du lancement, il faut être présent avec quelques titres, sinon, les titres passent inaperçus. Après cela a beaucoup dépendu des rencontres et des pépites que nous avons découvertes. Nous ne nous sommes pas fixés un nombre de titres à publier dans l’un ou l’autre label par an. C’est au fil des rencontres, des découvertes et de l’achat de droits (car dans certains cas retrouver l’ayant-droit de titres anciens est un vrai parcours du combattant) que se programme ce label. Après c’est comme je vous le disais une question d’équilibre.

Que représentent – de manière schématique, comme proportion des ventes, des nouveautés, en termes de tirages… – ces différents labels atypiques par rapport aux labels plus mainstream que sont ceux shonen, shojo ou même dark kana ?

Très schématiquement, là où on vend 200 000 exemplaires de Naruto au tome, on vend moins de 3000 exemplaires de Kamui-Den au tome.

Savez-vous si le lectorat de ces labels est plus âgé et moins genré ?

A priori, ils sont plus âgés, plus adultes, plus éclectiques aussi et sans doute moins fidèles que des lecteurs de séries shonen ou shojo !

Kana est l’un des gros acteurs du marché du manga francophone. Quel regard posez-vous sur celui-ci et comment vous positionnez-vous en ce moment ? On dit depuis plusieurs années maintenant le marché en crise, notamment du fait d’une surproduction : partagez-vous ce point de vue ? S’agit-il selon vous d’une crise profonde du secteur ou plutôt d’un réajustement naturel après une phase d’expansion très forte ?

Le marché est arrivé à maturité. On le sait. En ce début d’année, Kana tire son épingle du jeu en gagnant des parts de marché à fin avril alors que le marché accuse un recul. Naruto reste en tête à la vente au titre. Les fonds souffrent chez tout le monde, notamment les fonds shonen, même best-seller. Ce phénomène est du à divers éléments : les séries middle-seller se vendent moins bien qu’avant, il est moins facile aujourd’hui de mettre en exergue une nouveauté, le désengagement des supermarchés n’aide pas, et nous rencontrons des problèmes avec des enseignes comme Virgin et Chapitre qui doivent fermer des points de vente importants pour nous. Bref, le marché est légèrement tendu. Il est donc plus difficile aujourd’hui de faire ressortir un tome un dans ce flot continu. Et c’est parfois difficile de voir passer inaperçue une bonne série à laquelle on croit. A nous à nous adapter évidemment.

Quelles sont les stratégies élaborées par Kana dans ce contexte, en matière d’orientation éditoriale ?

Nous sommes évidemment extrêmement attentifs. Nous suivons de près toutes nos sorties pour très vite corriger le tir quand nécessaire. On va calmer la partie R&D [Recherche et Développement, NDLR] de notre travail pour se concentrer sur ce que nous avons déjà au catalogue et faire décoller les titres auxquels nous croyons. Nous faisons un travail à la carte pour chaque série lors de leur sortie, le travail commercial, marketing et de communication est plus pointu qu’avant.

Nous nous adoptons au titre et donc au public que nous voulons toucher et en fonction nous définissons des outils que nous allons déployer. Nous avons tendance à mettre beaucoup de moyens dès la sortie pour les raisons évoquées. Et nous essayons toujours de faire des plans sur le lancement de minimum trois titres avant d’enterrer la hache de guerre. Et pour les titres qui ont été mal lancés ou qui ont été mal perçus, nous faisons une piqure de rappel au tome 4 ou 5 ou alors nous attendons l’ouverture d’un nouvel arc pour appuyer à nouveau.

Shueisha et Shogakukan d’une part, Kodansha d’autre part se sont positionnés, de manière différente, par rapport au marché français, via Viz (et Kazé) d’un côté, Pika de l’autre. Qu’est-ce que cela change pour Kana en termes de développement ? Pouvez-vous toujours vous positionner sur des licences de ces éditeurs ? Conservez-vous des liens suffisamment forts avec certains ayant—droits pour continuer à fonctionner comme avant ou avez-vous dû opérer des profonds réajustements ?

Le lien Pika-Kodansha n’est pas nouveau et ne nous empêche absolument pas d’obtenir des licences de chez eux, dont des licences fortes. Simplement, Pika a le premier choix sur certains titres, donc une partie des licences nous échappent de fait.

En ce qui concerne la nouvelle donne Shogakukan – Shueisha, les choses sont différentes puisque c’étaient nos partenaires historiques. Mais la bonne nouvelle est que si la donne a bien changé, cela ne nous empêche pas d’acquérir de nouvelles licences fortes de leur catalogue. La preuve : nous aurons la chance de publier Assassination Classroom, la dernière bombe du Weekly shonen Jump en octobre 2013.

Dans les deux cas, l’analyse est simple : Kazé et Pika ne peuvent pas eux tous seuls éditer l’ensemble des catalogues de ces éditeurs, les plus gros éditeurs de bande dessinée au monde. C’est juste impossible. Il y aura donc toujours de la place pour les autres. La donne à changé, les choses sont moins faciles, mais à nous à nous adapter.

À ce propos, pour Assassination Classroom, comment s’est déroulée la négociation : on attendait soit Kazé, soit Glénat (du fait de la parution chez ce dernier de Neuro – Le Mange-Mystères du même auteur, Yusei Matsui), et c’est finalement vous qui emporter le morceau, pour un titre qui est déjà un immense phénomène au Japon. Comment êtes-vous parvenu à vous imposer sur ce titre ?

C’est plutôt à Viz que vous devriez poser cette question. En effet, l’offre s’est déroulée comme d’habitude. Nous faisons une offre avec un plan de lancement et nous l’envoyons à l’éditeur concerné. On en parle ensemble et Viz-Shueisha ici a fait son choix. Quand nous faisons une offre il n’y a pas de planning et nous ne connaissons pas les compétiteurs. Mais je ne connais pas le dessous des cartes.

Ce que je peux vous dire c’est que nous sommes un partenaire de longue date de la Shueisha. Cela fait maintenant 17 ans que nous travaillons avec eux. Nous avons eu la chance de publier quelques-uns de leur best-seller, plutôt avec succès et il semblerait qu’ils ne l’ont pas oublié. Tant mieux, non ? A nous à leur prouver qu’ils ont fait le bon choix maintenant.

Il y a bientôt un an, Kana tentait d’investir le champ de l’édition numérique, en lançant Naruto sur la plateforme Izneo, pour l’enlever très peu de temps pour des questions de droits d’exploitation sur ce support. Les titres présents sur la plateforme sont en fin de compte des titres moins commerciaux (comme Maria). Où en est le dossier de l’édition numérique du catalogue ? Pouvez-vous y travailler comme vous le souhaitez ? Quelles sont les difficultés rencontrées ?

Media Participations est le premier groupe d’édition en France à avoir investi massivement dans le numérique, en créant Izneo. Aujourd’hui, Izneo est indépendant et fédère une vingtaine d’éditeurs BD et de mangas. Les titres qui sont actuellement dans l’offre numérique de Kana sont des titres pour lesquels nous avons les droits numériques. Donc, nos créations et les titres dont les ayant-droits sont les auteurs. Pour les autres titres, nous devons négocier avec les éditeurs gérant les droits de ces séries et cette partie est en cours et avance bien. Nous devrions être en mesure de faire une offre plus conséquente dans peu de temps. Nous devons encore régler différents paramètres, notamment techniques pour ce faire. C’est long et difficile, mais les essais sont en cours et l’ensemble est en bonne voie.

(par Aurélien Pigeat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Au sujet d’Assassination Classroom, nous nous étions intéressé au phénomène dans un précédent article en le désignant par son titre japonais Ansatsu Kyoushitsu

Diverses chroniques de séries et volume et auteurs évoqués dans l’entretien :
- Les Pieds Bandés, ainsi qu’une interview de Li Kunwu
- Good Ending
- Kamakura Diary
- Bonne nuit Punpun
- La Cité Saturne
- It’s Your World, ainsi qu’un entretien avec Junko Kawakami
- Trouble is my business de Taniguchi
- Master Keaton d’Urasawa
- Première neige
- Kamui-Den, partie 1 et partie 2
- Sabu & Ichi
- Maria

 
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3 Messages :
  • Bonjour, j’aurais une question pour Mme Hoolans si elle passe par ici. Elle concerne la série Zettai Karen Children dont Kana a commencé la publication il y a de cela un an.

    Pour ma part j’ai été étonné de cette sortie en France car la série présente à mon sens plusieurs importantes difficultés éditoriales :
    - c’est un shônen relativement atypique dans le choix de ses personnages principaux et dans sa tonalité (avec une proportion bien marquée à ne jamais se prendre au sérieux) => confusion des genres qui peut dérouter
    - les couvertures sont loin d’être attrayantes ou vendeuses
    - la série compte actuellement 33 volumes et elle est toujours en cours au Japon

    Dans la situation actuelle où les middle-sellers se vendent mal et au delà de la qualité intrinsèque de la série (que j’aime beaucoup pour ma part), qu’est-ce qui peut pousser un éditeur à sortir une série aussi longue (et en cours) et dotée d’un "packaging" aussi peu vendeur (en tout cas de mon point de vu) ?

    Je ne peux que louer ce genre de choix mais d’un autre côté ça me semble aussi être un choix éditorial assez dangereux et casse-gueule dans l’état actuel du marché. Difficile d’imaginer pour ma part que ce genre de série (très longue et très atypique) puisse être autre chose qu’une perte sèche auto-programmée.

    Désolé pour ce défaitiste, mais j’avoue avoir été perplexe face à cette sortie et je serais curieux de savoir quelle stratégie éditoriale elle peut cacher.

    Merci d’avance et également pour le travail que vous faîtes bien entendu !

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    • Répondu par Christel Hoolans le 10 juin 2013 à  19:58 :

      Bonjour.
      Je comprends votre analyse. Et vous n’êtes pas seul à avoir été étonné. Personnellement, j’aime beaucoup la série, peut-être que le côté old-school du dessin rebute quelques personnes, mais honnêtement, quand vous l’avez lu, dans son genre c’est un titre très fun, très frais et très bien fichu. Ce sont de bonnes enquêtes, les gamines sont de vraies pestes bien comme il faut. Je trouve vraiment que c’est bien fait et assez dans l’air du temps.
      L’histoire de l’achat de cette licence est assez longue car nous la regardions grandir chez son éditeur original quand nous nous y sommes intéressés. Mais comme c’est un best-seller chez eux, obtenir les droits fut très long. Je vous avoue même qu’à un moment nous avions pensé que ce ne serait jamais accordé, surtout que l’éditeur nous avait tout de suite répondu que ce serait peu probable. Quelques années plus tard (!!!), à notre grand étonnement, nous recevons le feu vert. Evidemment, entre-temps, le marché avait bien changé, mais difficile de faire marche arrière quand l’auteur a donné son accord.
      Ceci dit, c’est une série bourrée d’actions, d’humour, avec un dessin nerveux et un côté loufoque.
      Je me désole que vous n’ayez pas aimé nos couvertures. c’est un travail assez compliqué en tant que licencié car il faut avoir la possibilité de les changer, de choisir le titre, l’illu, etc. Habituellement, nous devons absolument utiliser la couverture originale et l’adapter seulement. Là, nous avons été un peu plus loin car la couverture originale ne nous semblait pas adapter. Peut-être le résultat n’est-il pas heureux à vos yeux, mais nous avons beaucoup bossé pour nous éloigner de l’original tout en conservant l’esprit et en ne décevant pas l’auteur qui doit donner son accord. Pas simple.
      Bref, pour nous, c’est un shonen classique plutôt mixte à la lecture duquel on ne s’ennuie jamais. Après chacun ses goûts évidemment. :)

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      • Répondu par ange bleu le 10 juin 2013 à  23:10 :

        Merci de votre réponse : je comprends mieux maintenant ! Effectivement un achat de licence se concluant plusieurs années après peut engendrer ce genre de désynchronisation avec le marché^^ Je savais que les éditeurs japonais pouvaient être lent mais là ça reste tout de même déroutant^^

        Sur les couvertures j’évoquais uniquement leur potentiel vendeur car elles me font penser à celles de la série Samidare, publié chez Ototo, que ce dernier a changé en cours (après avoir eu l’autorisation de l’auteur évidemment) pour des versions plus « dark » et donc plus vendeuses (du moins potentiellement nous allons dire).

        Sur votre édition de Zettai Karen Children, j’aime beaucoup le côté 70’s épuré et flashy de la couverture avec le logo « Drôles de Dames » du dos que vous avez repris pour le logo français. Cela me parle et me plaît, mais j’ai également plus de 30 ans et cette perception est donc aussi de nature générationnelle. Pas sûr que le Old School assumé fonctionne bien mais je n’ai pas non plus d’avis tranché sur la question. Disons qu’à la base les couvertures sont déjà old school et vous avez accentué ce ressenti.

        Après au vu de la couverture japonaise avec le titre en kanji énorme en haut et sa version en lettres romanes qui occupe le reste de l’espace (et est caché en partie), vous n’aviez pas beaucoup de marge de manœuvre non plus....

        Dans tous les cas merci de ces éclaircissements et précisions, et je suis de toute façon d’accord avec vous sur l’essentiel : c’est une excellente série !

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