Christian Godard ("Martin Milan", "Nobert et Kari") : « Je ne suis pas un homme sérieux »

28 novembre 2015 27 commentaires
  • Que ce soit comme dessinateur ou comme scénariste, Christian Godard est l’auteur d’un grand nombre d’albums et de séries de renom. Aimable et très cordial, cet auteur parisien a gardé un certain esprit rebelle et toujours cette envie de se démarquer. Il n'aime pas par exemple qu'on communique son âge car il a une manière très personnelle d'évaluer le temps. Comme il le dit lui-même : il refuse catégoriquement d’avoir l’âge qu'il a mais ne manquera pas de nous avertir dès qu'il sera fixé sur le sujet ! C'est avec cet état d'esprit qu'il a donc accordé une importance particulière à essayer de répondre aux questions d’une façon un peu nouvelle. Ceci par respect et intérêt pour ses lecteurs qui le suivent.

Martin Milan porte le nom d’une ville italienne. Très jeune, c’est ce qui m’a fait ouvrir un premier album pour le feuilleter. Pourquoi Milan ? Y a-t-il un rapport avec la ville ou l’Italie ?

Non, aucun ! Je ne sais pas si vous avez un rapport particulier avec les sons. Personnellement, moi, oui. Ainsi, certaines voix ont une puissance extraordinaire sur moi et peuvent très facilement, simplement en se faisant entendre - par le chant, bien entendu (et pas forcément par la parole) – me faire soit rire, soit pleurer. Prononcez le mot "Milan", puisque c’est là-dessus que vous me questionnez. Dites-le tout haut. Allez-y, essayez pour de bon. Le son que vous entendez en le lisant, est-ce qu’il ne chante pas à votre oreille ? Moi, il chante à la mienne. Et il chantera encore dans très longtemps. Pendant au moins... mille ans...

Martin Milan est un héros solitaire mais contrairement aux autres héros solitaires, il ne rencontre pas de personnages secondaires récurrents dans ses aventures. Est-ce pour accentuer l’effet de découverte ? Pour plonger le lecteur à chaque fois dans une aventure totalement nouvelle ? De nouveaux pays, de nouveaux personnages...

Vous avez vu juste mais mes intentions sont différentes. Ma préoccupation dans la vie, d’une manière générale, et par voie de conséquence dans l’exercice de cette activité - vous remarquerez que je ne dis pas "profession", parce que la bande dessinée n’est pas une profession pour moi, c’est plutôt une manière de passer le temps. Ou de faire semblant de croire qu’il ne passe pas, ce qui veut dire à peu près la même chose. Non, disais-je, je ne me pose pas le problème tout à fait sous cet angle. Sans doute parce que je ne suis pas un homme sérieux. Vous savez, un de ces types qui savent toujours pourquoi ils font ce qu’ils font. Qui calculent tout ou presque et qui attendent un résultat en retour. Ils fabriquent des objets, des livres, des succès à la télé, avec application et savoir-faire. Pas moi – désolé de vous décevoir, peut-être. La plupart du temps, j’évite de trop réfléchir. La vie est déjà assez emmerdante comme ça.

Christian Godard ("Martin Milan", "Nobert et Kari") : « Je ne suis pas un homme sérieux »

Par contre, la grande question pour moi, c’est éviter l’ennui, car l’ennui est l’une de mes grandes préoccupations ! Pour l’éviter, j’essaie de ne jamais me répéter. Ce qui du reste va me conduire à répondre à votre questionnaire d’une manière tout à fait différente de celles que j’ai utilisées pour les précédents. Et donc, pour éviter de me répéter, la bonne solution était de bannir les personnages récurrents, qui vous conduisent immanquablement, en les utilisant régulièrement, à faire toujours la même chose, à répéter toujours le même gag, (running-gag), la même phrase, les mêmes situations. Ils fabriquent une sorte d’enfermement. Une obligation. Un radotage. Une sorte de prison. Je reconnais bien volontiers que c’est, quelque part, constitutif de la bande dessinée en générale. Je sais pourquoi. Quand vous achetez un objet, par exemple un tube de dentifrice d’une certaine marque, ou une escalope de veau d’un certain boucher, vous aimez bien que ledit dentifrice, ou ladite escalope de veau soient identiques aux précédents qui vous ont pleinement donné satisfaction. Vous l’exigez, même. C’est normal. C’est ce qu’on appelle des "produits manufacturés". Répétés à longueur de chaînes de fabrication. Alors, bon, si on considère la bande dessinée sous cet angle, celui qui consiste à faire un produit, dont on attend qu’il soit toujours identique à lui-même, on fait un produit. On se répète. On est un perroquet qui se gratte sous les ailes. Bref ! On radote.

Certains albums de Martin Milan se terminent comme ceux d’un célèbre "lonesome cowboy" : on y voit Martin Milan dans son vieux coucou qui s’envole dans un superbe couché de soleil. Dans L’Émir aux sept bédouins, il s’éclipse même par surprise à la dernière planche. Est-ce une référence ?

Non, je ne crois pas me souvenir avoir voulu faire une référence à Lucky Luke. Je crois plutôt que, Martin ayant pleinement "fait le boulot", ayant réussi à ce que Rachid, son jeune protégé, se soit enfin révélé à lui-même, il pouvait s’éloigner sans crainte, tranquillement. Ça voulait dire, je crois : « Salut, je peux partir tranquille. »
Et pourquoi ne pas l’avoir fait dans toutes les aventures ? Il vous suffira de relire ma réponse à la question précédente pour avoir la réponse à cette nouvelle question, car ma réaction est la même, j’aurais bien aimé trouver une raison différente, mais cela m’aurait obligé à vous mentir.

Toujours dans L’Émir aux sept bédouins, le duo Martin Milan et Rachid est-il précurseur du duo Norbert et Kari ?

Nous avons un point commun, Monsieur Salvatore, dont vous êtes actuellement loin de vous douter : je suis comme vous. Pour moi, le temps n’existe pas vraiment. D’ailleurs, sur le plan mathématique, il est impossible, vous le savez, de mettre le temps dans une formule algébrique. C’est la raison pour laquelle j’ai une perception du temps qui m’est totalement personnelle. Je vais essayer de vous l’expliquer, de vous la décrire, et ce qui n’est pas simple. Le temps, je me le représente comme une sorte de succession de cercles dont je suis le centre, et qui s’étagent, s’enfoncent plus ou moins loin. En tout, j’en compte environ trois ou quatre, c’est selon. A partir de ces cercles, je classe, j’ordonne mes souvenirs, mes états, mes émotions, en les positionnant sur le cercle le plus proche, selon que ce sont des souvenirs très importants, auxquels je tiens, puis, selon un ordre décroissant, depuis le cercle le plus proche vers les cercles de plus en plus éloignés, pour les choses importantes, mais moindres, et ainsi de suite jusqu’au dernier cercle, sur lequel se trouvent les souvenirs dont je me fiche éperdument. Je pourrais vous prendre une autre image, si celle-ci vous paraît difficile à visualiser. Imaginez, à la place, une bibliothèque. Sur le rayon à hauteur de poitrine, je pose les souvenirs auxquels je tiens à portée de main, et ainsi de suite, et sur le dessus presque inaccessible de la bibliothèque ceux dont je me contrefiche et dont je sais par avance que je ne les revisiterai probablement jamais. Donc, pour répondre à votre question, Norbert, Kari et Martin sont tous les trois sur le même cercle, ou sur le même rayon, celui qui est très proche, à portée de main. Maintenant, selon le classement chronologique des gens ordinaires, Martin Milan est né presque 15 ans après Norbert et Kari. Mais pas pour moi. Pour vous.

Martin Milan est aussi synonyme de calembours et jeux de mots, toujours en rapport avec la personnalité du personnage : "Firmin Vestigue - Détective privé", "Fais entrer le menu à la carte", "Klaus Trophobe", "Docteur Haquel-Hahn"... Le calembour fait-il partie des ingrédients obligatoires d’une bande dessinée d’humour franco belge ?

La question qui touche aux mots, à l’importance qu’on leur donne et au sens qu’on leur assigne, risque de nous entraîner très loin, Monsieur Salvatore. Peut-être trop loin, je le crains. Si on se donne le mal de remonter en arrière, quand l’animal humain n’avait pas encore de langage, l’un d’entre eux, un peu plus malin que les autres, inventa l’action qui consiste à désigner une chose par un mot. Ce mot était "N’goulou" et désignait un caillou. La tribu (car il y avait une tribu pas loin) adopta le mot aussitôt. Il se trouva immédiatement un autre dans la tribu, pour appeler "N’goulou" autre chose. Une branche. On le crut. Le bazar et les discussions sans fin commencèrent car il venait d’inventer le mensonge. Un jeu de mots ne ment jamais. Il dénonce un mensonge. On peut dire beaucoup plus par le truchement d’un jeu de mot que dans une lourde dissertation. Quand il ne dit rien, c’est pour détourner l’attention ou le sens. C’est la raison pour laquelle les BD d’humour disent le vrai beaucoup plus fort que les autres. C’est également pour la même raison qu’on a flingué récemment quelques humoristes à la Kalachnikov. C’est devenu très dangereux de nos jours de faire rire, ne serait ce que par un jeu de mots. J’entends partout autour de moi des gens très sérieux qui déclarent, péremptoires : « On a le droit de rire, certes, mais ON NE PEUT PAS RIRE DE TOUT ! ». L’horreur ! Chassez-la et elle revient par derrière en rampant. Je croyais naïvement ce qu’on m’avait dit très tôt dans l’existence, que le rire est le propre de l’homme. On vit une époque dangereuse, on veut nous empêcher de rire de certaines choses. Bref ! Nous faire régresser.

Dans Martin Milan, il existe aussi un humour gestuel comme dans un dessin animé de Tex-Avery. Ainsi Rachid court en laissant sur place sa silhouette de boue ; Rachid caché derrière Martin Milan (le bras tendu sur une palissade) apparaît quand ce dernier se redresse ; Rachid s’accroche sur la tête de Martin Milan... Est-ce une influence réelle de l’animation ou votre façon de faire vivre vos personnages dans les cases ?

Mes personnages ne vivent pas dans les cases, Monsieur Salvatore. Pourquoi ? Parce que ce sont des cases de papier et des personnages d’encre et de couleurs. Ce qui vit dans les cases, c’est seulement moi. Le reste n’est qu’illusion. Ici, l’illusion tend à trouver le moyen de recréer le mouvement avec une image fixe. Une véritable arnaque, en somme. Une escroquerie...

On trouve dans Martin Milan des thèmes encore d’actualité : la guerre de l’eau (L’Émir aux sept bédouins), les vendeurs d’armes (Destination guet-apens), religion-sectes-corruption (Les hommes de la boue). Était-ce pour réveiller un peu les consciences de l’époque au travers de thème adultes dans le journal de Tintin ?

C’était surtout pour trouver des sujets. Je vais vous faire un aveu qui risque de me coûter cher, mais tant pis, j’y vais. Je n’ai presque jamais lu de bande dessinée. Cette déclaration n’est pas à prendre au pied de la lettre, évidemment. Je veux dire, par rapport à tous mes confrères. Bien entendu, je reconnais des exceptions : Jean-Michel Charlier, Greg bien entendu et Jim... et quelques autres. Mais je crois que j’ai dû lire un Astérix, peut-être deux. Je n’en suis pas sûr. Je n’ai jamais lu un seul Moebius. On a failli travailler ensemble mais ça ne s’est pas fait, dommage. Par contre j’ai mis de côté tous ses dessins qui passent par hasard sur le Net, tous ceux que je ne connaissais pas, et je les parque dans un coin de mon ordinateur. Je cherche souvent à comprendre, non pas comment il faisait (ce qu’un dessinateur peut arriver à deviner), mais plutôt à deviner l’état dans lequel il se trouvait quand il les a réalisés, sur le plan mental, physique, etc. C’est assez fascinant, chez d’autres aussi, bien sûr. Le dessin des autres me fascine car j’en apprends beaucoup plus sur ceux qui les font, en regardant leurs œuvres, qu’en lisant ce qu’ils racontent. Un médecin pourrait y découvrir beaucoup plus que dans une analyse de sang. Généralement, sauf exception, ce qu’ils racontent ne m’apprend pas grand chose sur eux. J’ai beaucoup écrit pour les autres. Mais dans l’âme, ce que je suis, c’est un "dessinant". Hier, je suis allé à la Fiac, et je suis resté un quart d’heure devant un Picasso, assez médiocre. Mais peint en pâte épaisse. Et les mouvements de son pinceau étaient restés incrustés dans la matière, creusés, bien visibles. Leur épaisseur, leur vitesse d’exécution, etc. Merveilleux foutage de gueule. Un bonheur.

Dans l’album Adeline au bout de la nuit, Adeline est-elle la petite Adeline de l’enfance de Martin Milan ? Avec son copain de classe Othello, ce sont les seuls éléments du passé de Martin Milan que l’on trouve dans la série. Une raison particulière ?

Je suis désolé, mais je l’ignore ; je n’ai pas réussi à le savoir. L’histoire ne le dit pas. Cela veut dire que l’histoire telle qu’elle m’a été suggérée ne le disait pas non plus. J’aimerais bien le savoir. Mais c’est secondaire. Ce qui l’est moins, c’est quand on enferme des enfants et qu’on leur interdit... de sortir. Et qu’ils cognent aux volets. Je déteste ce bruit : « Je veux sortir » est l’une des phrases qui me hantent. Quand j’étais enfant, j’ai eu beaucoup de chance, on me laissait sortir dehors, dans la rue, quand je voulais, et je pouvais circuler librement. Je vivais, comme aujourd’hui du reste, à Paris, au fin fond du 17° arrondissement, pas loin de la porte de Saint-Ouen. Au-delà, à cette époque, c’étaient des terrains vagues, la zone, des champs dévastés, des blockhaus en ruines, des souterrains. Mon univers de ce temps-là. Mes parents occupaient un rez-de-chaussée, pas loin en bordure et je sortais plus souvent par la fenêtre que par la porte. Je crois que ça m’a fabriqué. A méditer. Négliger les portes et sortir par la fenêtre. Le plus longtemps possible...

Concernant Norbert et Kari, vous souvenez-vous de l’accueil reçu auprès des lecteurs pour le premier album Au royaume d’Astap ? Mélange d’aventure, de rêve, d’humour... il est révélateur d’un message de révolte contre les règles et de volonté de liberté de la jeunesse. Est-ce une révolte que vous avez vécue dans votre jeunesse ?

Je vais quand même commencer par répondre à une question que vous ne me posez pas. A cette époque-là, j’écrivais mes histoires d’un premier jet, pour mon compte, en quelque sorte, que je soumettais au grand chef. Le grand chef se contentait de mettre "OK" en haut et à gauche et au crayon. Et comme nous avions des réunions régulières, Gotlib, qui passait dans le coin, jeta un coup d’œil sur mon texte : "Ça rappelle « Sa Majesté des mouches » qu’il me dit finement", en me rendant mon texte. On en discuta un chouïa. Je ne connaissais pas du tout le roman de William Golding.

A l’atelier de la Rue Biot (c) Laurent Mélikian

J’avoue que cela me perturba quelque peu. Pendant, oh, une heure au moins. Et puis je me dis que, puisque je ne connaissais pas ce roman, il y avait quasiment aucune chance pour qu’on raconte la même histoire. Je vais vous faire un aveu : je ne l’ai toujours pas lu. Et je m’en bats l’œil ! Comme dit la loi sur le sujet : "Les idées sont de libre parcours". Je raconte de nouveau cette anecdote, ce que j’ai souvent fait, pas pour vous, mais uniquement pour ceux qui nous lisent en ce moment.
Pour en revenir à votre question, plus le temps passe et plus on évoque cette aventure Au royaume d’Astap. Elle a laissé des souvenirs durables et je suis heureux de l’avoir réalisée. Ce fut la dernière que je fis pour Pilote, après dix ans de collaboration permanente. J’avais envie de partir et je voulais m’éloigner sur une histoire dont on pourrait deviner que, si je partais, c’était volontaire. Car ça l’était. À peu près à cette époque, René Goscinny m’avait demandé de faire deux planches par semaine, en changeant de sujet à chaque fois, dans le même genre que ce que faisait Gotlib avec les Dingodossiers, et de trouver un titre générique pour lier le tout. Je m’y suis essayé un petit peu et puis j’ai rapidement laissé tomber. Changer de sujet à chaque fois ? J’ai senti qu’il y avait un piège, là-dessous. Pour finir de traiter le paragraphe, « révolte » est un grand mot. Il est vrai, pourtant, qu’autour de moi, à cette époque et à cet endroit, on avait furieusement envie de "couper des têtes". Mais, pas pour de vrai. Dans mon enfance, j’avais surtout su très tôt que je n’étais pas disposé à faire comme tout le monde. A rentrer dans le moule. Mais ce n’est pas très rare chez ceux qu’on rencontre dans le monde merveilleux et enchanteur de la BD. (Je galège).

Il y a ce passage sur les livres dotés d’un pouvoir magique et qui font vieillir avant l’âge. Il y a aussi un autodafé mais les livres brûlés ont l’air bien ennuyeux. Est-ce une vengeance : la BD étant mal appréciée par l’élite culturelle ?

Non, pas du tout, surtout pas de ma part ! Les livres ont pris très tôt une grande place dans ma vie. Et dans mes couloirs. Par contre, ça me semblait évident pour de jeunes adolescents, pour lesquels les livres étaient censés préparer à l’âge adulte. Je ne me souviens pas avoir eu, jeune, envie de devenir adulte. Les adultes que je voyais autour de moi étaient assez déplorables, à part quelques uns. C’était un quartier populaire comme on dit. Il n’y en avait aucun que j’aurais eu l’envie de prendre pour modèle et, d’une manière générale, ils n’avaient rien à me dire. Sauf un, l’un de mes profs de math (Tronquet qu’il s’appelait). Mon petit groupe d’amis de mon âge, Guy, Maurice, Claude, on s’y sentait un peu comme des étrangers de passage. Guy écrivait déjà des poèmes. Maurice était fasciné par la "grande musique" et, (intarissable sur le sujet), il m’a fait découvrir les compositeurs russes ; si j’avais prononcé le nom de Tchaïkovski devant ma Maman, elle aurait vite couru au pharmacien pour m’acheter du sirop pour la toux. Jacques savait déjà qu’il s’expatrierait, ce qu’il a fait. Bref ! J’ai choisi une voie dont je pensais qu’elle pourrait me protéger sur ce sujet. C’était une erreur. Il n’y a pas moyen d’échapper à cette malédiction : devenir adulte. Rien à faire. A part, peut-être, en étant immensément riche, mais à condition que ce soit de naissance.

Toutes les cases de cet album sont très théâtrales : positions des personnages, attitudes , expressions des visages, suspens... Avez-vous une technique particulière pour aboutir à de telles mises en scène réussies ?

Heu... là, je ne sais pas quoi répondre. Il faut que je réfléchisse un tantinet. Cela dit, si vous me dites que c’est réussi, tout baigne. Même en réfléchissant, je ne parviens pas à vous répondre. Pas plus que si je devais expliquer pourquoi, à dix ou onze ans, j’ai réussi à "écrire" et monter avec une bande de copains une pièce de théâtre alors que je n’avais jamais été au théâtre de ma vie. Elle n’eut qu’une seule et unique représentation, dérisoire et payante, dans ma cour et devant les habitants de mon bloc d’immeubles. C’était un truc de mômes qui ne doutent de rien. Mais, si vous me demandez pourquoi j’en ai eu l’envie, je serai là aussi incapable de vous répondre. Je ne crois pas à l’idée qu’on soit réellement libres, dans l’existence, de devenir ce que l’on veut devenir. On fait des choix. Mais ces choix s’imposent à vous, et ça, vous ne savez pas pourquoi.

Cet album est marquant et émouvant grâce notamment à une fin très réussie à la dernière case : Norbert et Kari sur la pirogue, la cage ouverte devant le coucher de soleil. Epilogue triste et touchant. Etait-il prévu dès le début de l’album ou l’idée vous est venue en cours de réalisation ?

C’est vrai, la fin est triste, comme à chaque fois que l’on croit faire un pas vers la liberté. Mais, la liberté, c’est comme la ligne d’horizon : on a beau avancer vers elle, on ne l’atteint jamais. La fin ne pouvait être qu’un peu triste. Sauf pour l’oiseau…

La case du Mérou de secours en première page (alors que la situation est tragique pour Norbert et Kari) est vraiment désopilante. Connaissiez-vous à l’époque l’humour absurde des Monthy Pythons ?

Oui, bien sûr. Du reste, l’humour, d’une manière générale, a perdu beaucoup de points, me semble-t-il, surtout par rapport à l’époque que vous évoquez. Vous connaissez un fou dans le genre de Pierre Dac de nos jours ? Un Francis Blanche ? Un Desproges ? Un Devos ? Un Coluche ?... Une exception pour Alexandre Astier, svp. Notre époque est pauvre sur le sujet. Et dangereuse pour ceux qui essaient. Les Kalachs volent bas, comme je l’ai dit plus haut. Une pensée en passant pour mon ami Cabu.

Les calembours atteignent encore un summum dans cet album : Alonzo Piquet... Comment faisiez-vous pour trouver et tester ces calembours ?

Aucune méthode ! Ce serait dramatique de faire des calembours en appliquant une méthode. Et d’une tristesse ! On trouve des calembours quand on essaie de se faire rire soi-même. Ça naît spontanément et on ne les connaissait pas trois secondes avant qu’ils ne surgissent. C’est généralement davantage pour soi que pour les autres. Pour ce qui me concerne, c’est congénital. Ça vient ou ça ne vient pas. Chez moi, c’est même assez énervant. Mes proches pourraient vous le confirmer, ça les agacerait plutôt... Moi, ce qui m’agace le plus, c’est de parler sérieusement. L’esprit de sérieux, une engeance…

En 1981, le tome cinq a pour titre « L’élection » : pourquoi un album sur un tel sujet ? Etait-ce lié à cette époque précisément ?

Photo d’archive lors de la création des éditions du Vaisseau d’Argent

J’ai toujours trouvé que la comédie qui consiste à se faire élire était vouée, par nature, à débouler rapidement dans le grotesque. Pour une raison simple. Parce qu’il faut se faire élire par des gens respectables, certes, il y en a, mais également par d’autres qui le sont moins... et en plus, aussi par des imbéciles. Je ne me risquerai pas à évaluer la proportion des imbéciles dans la population par rapport à ceux qui ne le sont pas mais il faut bien compter avec eux quand on fait de la politique. Impossible de s’en passer. D’ou la forte proportion de stupidités graves qui sont prononcées par ceux qui cherchent à se faire élire. Ils ne sont pas responsables. On ne doit pas leur en vouloir. C’est constitutif de la chose. Une nécessité. Bon. Alors ? Vous avez vu comment ils font ? Ben oui, ils en tiennent compte. D’où cet album…

Norbert déclame une tirade. Petit est comme le chœur dans le théâtre grec avec ses commentaires. Les candidats sont choisis comme dans un casting. Certains personnages s’adressent au lecteur. La campagne électorale, les débats les décors participent à la mise en scène... Vous vouliez montrer qu’une élection n’était rien d’autre qu’une pièce de théâtre qui pouvait tourner à la tragédie ou au ridicule ?

Je ne peux qu’approuver votre analyse, bravo !

Petit et ses bateaux, crée un deuxième niveau de lecture. Est-il là pour vous représenter parmi vos personnages et vous faire intervenir ?

Je ne sais pas vraiment pourquoi il est là. Il s’est imposé, en quelque sorte. Comme un intrus. Comme ces gens qui, vous entendant parler avec un copain, se rapprochent, et interviennent dans la conversation sans qu’on les ait invités, pour dire généralement des trucs qui n’ont aucun rapport avec le sujet qui vous préoccupe, vous. Des gêneurs patentés. Petit et ses engins roulants n’est dupe de rien, et invente des trucs qu’il traîne derrière lui et qui ne servent à rien. Actuellement, dans tout un tas de laboratoires, des types à qui on ne demande rien, inventent des trucs insensés, qui vont ensuite venir troubler le cours paisible de nos jours prochains.

Le Chinois mercantile (puis le loup dans La jungle en folie) sont représentatifs de notre société de consommation et cette façon de rechercher toujours le profit... de vouloir tout commercialiser avec toujours une notion d’arnaque. On voit aujourd’hui qu’avec l’économie du web rien n’a changé. Par qui remplaceriez-vous le Chinois si vous deviez créer une nouvelle série humoristique ?

Par un trader ! Rien que le mot me fait frémir. Ou alors un propriétaire d’une chaîne de grands magasins d’alimentation, qui ne vend pas que de la bouffe pourrie (mais c’est plus cher). Pour les premiers, c’est le même genre : leur boulot consiste à vous vendre des trucs que vous n’avez pas envie d’acheter et ensuite, quand vous avez acheté, à vous expliquer pourquoi, au bout du compte, vous avez perdu beaucoup d’argent. Aujourd’hui, le Chinois de Norbert et Kari travaille dans une banque ou dans les bureaux d’une énorme usine d’abattage à la chaîne. Il a progressé dans son métier. Cela dit, au départ, si le Chinois est un Chinois dans Norbert et Kari, c’est tout bonnement parce qu’en Polynésie, ce genre de commerce était, et est d’ailleurs encore souvent aujourd’hui, tenu par des Chinois…

Dans La Pierre de nulle part, la planche douze (vignettes sept et huit) fait référence à Blanche-Neige : dans quel but ? Était-ce pour mettre en avant la fin de l’âge d’or magique de Disney ?

Non, certainement pas. C’est à cause d’un souvenir d’enfance, très douloureux. Gamin, je dessinais tout le temps. Je devais avoir dix ans. C’était un soir après dîner, j’essayais de représenter Bambi. Je crois, en tout cas, une biche copiée dans Le Journal de Mickey. J’étais très fier du résultat pour une fois et je voulais le montrer à mes parents qui étaient en train de s’habiller pour aller au cinéma. "Regarde, Maman !". Ma mère (qui était une mère parfaite mais n’avait aucune disposition artistique de quelque nature que ce soit) jeta un coup d’œil sur mon dessin, pressée : "Ah, celui-là, toujours en train de s’amuser, il va finir par nous faire arriver en retard, Gustave !". Gustave, c’était mon père. J’ai abandonné ma biche, profondément blessé car je n’étais pas en train de m’amuser du tout... et nous sommes partis au cinéma. J’ai donc refourgué ma biche dans Norbert et Kari : une sorte de revanche sur lavie, en somme !

Il était une fois le Tuyéti, cette fable écologique marque le retour de La Jungle en folie, après la disparition de Mic Delinx. Était-ce un scénario déjà envisagé avec Mic Delinx ?

Non, absolument pas. Mic était décédé depuis pas mal de temps. La reprise par l’un des deux coauteurs, en cas de décès de l’autre, était prévue de longue date dans tous nos contrats. Comme dans tous les contrats de ce genre, du reste. J’ai donc essayé, tout en respectant les codes de la série, de créer un personnage original qui puisse marquer une sorte de renaissance. D’où Le Tuyéti. Je m’attendais à ce que tous les producteurs de dessins animés de la place de Paris et d’ailleurs me tombent sur le poil et me proposent des ponts d’or pour utiliser le Tuyéti, qui est de nature à engendrer une montagne de produits dérivés, mais non. Apparemment, ils ne se sont aperçus de rien. Enfin jusqu’à présent…

On retrouve avec plaisir tous les personnages de La Jungle en folie mais aussi un nouveau personnage « Gégé Boveau (José Bové) ». Est-ce la première fois qu’une célébrité arpente la jungle en folie ?

Un petit plaisir personnel, en effet. Dans la série, il y a eu, antérieurement, Gisèle Halimi ou encore Serge Gainsbourg... Mais, autant que je me souvienne, il me semble que c’est tout.

Au début de la page 25, Gros Rino s’adresse aux lecteurs : « Je me disais aussi, c’est bizarre c’est dessiné pas tout à fait pareil qu’avant ». C’est une constante dans toutes vos BDs mais là on devine un hommage à Mic Delinx. Cet album a-t-il été en ce sens est-ce un réel redémarrage de la série ?

Non, pas comme un hommage. Nous avons eu, lui et moi, une histoire trop chaotique pour que j’aie la tentation de faire un album d’hommage. Il y a des parcours que l’on est parfois bien obligé de faire, avec des godillots trop étroits qui vous blessent à chaque pas. Aussi, quand le parcours est terminé, on pousse un gros soupir de soulagement. Et on tamponne les plaies avec de l’alcool. Mais, pour répondre à votre question, c’était pour faire un vrai redémarrage. Peu de temps après, Mourad Boudjellal, l’éditeur, a changé d’idée fixe : il s’est découvert un amour immodéré pour le rugby et a fait un plaquage en règle à la B.D.

Pourquoi et comment vous êtes-vous lancé dans la science-fiction avec le Vagabond des Limbes ? Étiez-vous un lecteur de roman S.F. ? Avez-vous été marqué par le genre, par un film, ou peut-être par les dessins de Moebius ?

Je vais sans doute vous étonner, mais ce n’est pas en lisant Moebius que le goût m’a été donné d’aimer la science-fiction. Je vais vous en décrire les circonstances, qui vont peut-être vous paraître inhabituelles… Je devais avoir une douzaine d’années, j’étais couché dans mon lit, les couvertures par-dessus la tête, la lumière éteinte dans la salle à manger - car je dormais dans la salle à manger - et, dans cette posture peu pratique pour découvrir la science-fiction, à l’aide d’une lampe électrique, qui, d’habitude, me servait à descendre à la cave pour en remonter un seau de charbon, je lisais Cyrano de Bergerac. C’est à cet endroit que je découvris, comme l’expliquait Cyrano, comment, en utilisant différentes manières, très imaginatives, on pouvait s’envoler directement de la Terre à la Lune. Comme vous voyez, donc, ce n’est pas d’hier… Dans la foulée, à cette époque-là, il existait un grand nombre de romans populaires à bon marché, de science-fiction ou d’anticipation, et j’en consommais autant que je pouvais, en les achetant d’occasion, parfois dans un état lamentable. Si lamentable, du reste, que quelquefois, je leur reconstituais une couverture de ma fabrication, avec le titre, le nom de l’auteur, et tout le bazar. A cet égard, je ne vais pas vous citer une flopée de titres de l’époque pour vous convaincre de la véracité de la chose, je vais juste me contenter de conseiller aux amateurs un titre que j’ai lu plus tard, et qui m’a beaucoup fasciné, au point que c’est par lui que j’ai contracté le "virus" définitif… Strip-tilt, de John Dann MacDonald, qui raconte l’histoire d’une montre reçue en héritage qui a la faculté d’arrêter le temps. Arrêter le temps me semblait être un de ces buts dans la vie qui mérite qu’on y consacre… tout son temps ! C’est la raison pour laquelle, quand Henri Filippini, nouveau directeur de collection chez Hachette, me donna rendez-vous place de l’Opéra, et me dit : "Qu’est-ce que tu as envie de faire, Christian ?", je répondis, avec un emballement excessif, qui faillit renverser les consommations : "Une série de SF". "Avec qui ?" me demanda-t-il. J’avais eu l’occasion de croiser un grand type, mince et courtois, avec qui j’avais collaboré pour une histoire courte dans « Pilote », et je répondis : "Avec Julio, mais je ne sais pas si c’est Ribéry ou Ribera." Il me répondit : "Ah, oui ! José Ribéry, je le connais !", me répondit Filippini, qui connaissait tout le monde.

Le reste est, comme on dit, entré dans l’Histoire de la Bande Dessinée, à la faveur d’une suite ininterrompue de 32 albums… A propos de Moebius, il y aurait beaucoup à dire car je crois que ce n’est pas vraiment comme ça qu’il s’appelle...

Concernant vos projets en cours ou futurs, quelles belles surprises nous réservez-vous ? Est-il prévu de faire revivre un de vos anciens personnages ?

Pour ce qui est de l’actualité en cours Le Guide des Hommes (à l’usage des femmes) avec Marmou au dessin vient de paraître, en réponse au précédent Guide des Femmes. Et par ailleurs, la plateforme de lecture numérique www.BD-Artstrip.com où vous pouvez retrouver une grande partie de mon catalogue (y compris des inédits de Norbert et Kari) m’a demandé et demande encore beaucoup de travail. J’ai aussi accepté - avec plaisir - de poursuivre l’adaptation d’un feuilleton télévisé « Les diamants du Président » qui avait été écrit par Jean-Michel Charlier - qui fut un ami précieux - ceci pour le compte des Editions Fordis Books and Pictures. La série B.D. s’intitule Michel Brazier. Ce sera en plusieurs volumes avec André Chéret au dessin. Et, côté dessin, j’ai entamé une suite de scènes grands formats, avec tous mes personnages emblématiques, en vue d’une exposition… Je me consacre aussi beaucoup à l’aquarelle, chaque fois que je peux… J’ai beaucoup d’autres projets sur le feu, mais, si je répondais de manière plus détaillée à votre question, alors ils cesseraient immédiatement d’être des surprises. Oui, j’ai très envie de remettre Martin Milan sur des rails. Toupet également. La Jungle aussi. Le Vagabond des Limbes qui n’attend que ça et qu’on me réclame sans arrêt. Et la tête, et la tête, et les ailes, et les ailes, aaaaaaalouette, gentille alouetteeeuuuuu….

Un grand merci à vous pour vos questions et l’intérêt dont vous avez fait preuve à mon égard !

Propos recueillis par Salvatore NARDI
Interview réalisée par Jean-Sébastien CHABANNES

Photo d’archive avec Jean Giraud devant le stand du Vaisseau au Festival d’Angoulême

Voir en ligne : Christian Godard

(par Jean-Sébastien CHABANNES)

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27 Messages :
  • le lien dans le dernier paragraphe ne marche pas, à part ca un entretien sympa avec un grand monsieur de la bd qui ne se prend pas trop au sérieux, et à qui on ne peut que souhaiter bonne continuation !

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    • Répondu par Charles-Louis Detournay le 29 novembre 2015 à  07:53 :

      Merci, c’est corrigé.

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      • Répondu par Bertrand Pissavy-Yvernault le 29 novembre 2015 à  08:50 :

        Un plaisir de lire cet entretien avec un immense auteur. Merci à actuabd ! J’espère désormais très fort lire un nouveau Martin Milan, un nouveau Vagabond des Limbes, un nouveau Norbert et Kari etc... L’attente commence à être un peu longue !

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        • Répondu par Geraud le 29 novembre 2015 à  13:19 :

          Salut,

          J’espère désormais très fort lire un nouveau Martin Milan, un nouveau Vagabond des Limbes, un nouveau Norbert et Kari etc...

          Déjà, ça aurait été bien de pouvoir relire les anciens, en version "papier".

          Dommage que Monsieur Godard s’oppose à leurs ré-éditions...

          Félicitations bien sûr pour son oeuvre.

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          • Répondu par Pirlouit le 29 novembre 2015 à  18:02 :

            Formidable interview, merci !
            Pourquoi l’auteur s’oppose t’il à la ré-impression des Martin Milan ?

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          • Répondu par godard le 29 novembre 2015 à  19:55 :

            Non, non, il est tout à fait inexact de dire que je m’oppose à leur réédition. Mais je souhaite, c’est vrai, que cela se fasse dans de bonnes conditions, qualitativement parlant, c’est tout.

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            • Répondu par Geraud le 30 novembre 2015 à  03:56 :

              Monsieur Godard,

              Mon propos précédent était basé sur une interview que vous avez accordée au site "Bédézoom" en 2014, dont voici un extrait :

              Christian Godard répondait au commentaire final de notre chroniqueur Julien Derouet qui s’étonnait qu’aucun éditeur ne fasse une intégrale bien foutue de ses bandes dessinées, notamment de « Martin Milan » : "La raison en est TRÈS simple. C’est que je m’y oppose."

              Comme les retranscriptions d’interviews sont parfois biaisées, je suis heureux de votre réponse précédente : ainsi, il est donc possible qu’un de ces jours, on puisse se replonger dans un album "Martin Milan" ou "Norbert et Kari".
              J’espère sincèrement que vous trouverez un éditeur qui vous convienne au plus tôt (Le travail que fait Dupuis en général, ou Dargaud sur Blueberry à l’air tout à fait convenable, qu’en pensez-vous ?).

              Très cordialement

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        • Répondu le 1er décembre 2015 à  22:15 :

          et si vous prépareriez avec Ch Godard les dossiers de la prochaine intégrale de M Milan ? si vous avez encore un peu de place dans votre EDT !

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  • Une interview passionnante, pétillante des réponses décalées de Môssieur Godard, qui ne dépareille pas dans la famille des Godard un peu à l’ouest...
    Ses propos sont conformes à la douce folie de ses histoires et c’est un vrai bonheur dans ce monde aseptisé parfois de la création.

    J’aurais aimé que l’entretien revienne aussi sur sa collaboration avec Derib pour "L’Homme qui Croyait à la Californie".

    J’ai gardé un excellent souvenir de mes lectures de "La Jungle en Folie" dans Pif, qui me faisaient découvrir un monde insoupçonné d’absurdité, ainsi que de la série du "Vagabond des Limbes", dont le fin dessin froid et léché, teinté d’érotisme, de Ribera me fascinait.

    Bon vent, Môssieur !

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    • Répondu par godard le 29 novembre 2015 à  12:55 :

      Merci pour lui. Ne pas oublier aussi, dans l’histoire, Claude Plumail, qui, dès qu’il est entré dans l’aventure, nous a apporté juste ce qui nous manquait, un formidable savoir faire dès qu’il s’agissait d’imaginer des pans d’univers mécaniques. Entre autre.

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    • Répondu par godard le 2 décembre 2015 à  18:04 :

      C’est vrai, ma collaboration avec Derib aurait mérité qu’on en parle. Je suis très fier d’avoir pu faire avec lui, "l’homme qui croyait à la Californie". J’aime beaucoup Derib, qui est un charmant garçon plein de talent. Bonjour, Claude.

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  • Martin Milan est l’une de mes bds préférées (pour pas dire la préférée") ! Et j’aime également bien la jungle ! Bizarrement, j’ai pas encore accroché à Norbert et Kari !
    J’ai fait encadré les ex-libris de Martin Milan et ils sont accrochés dans mon bureau !
    Alors un nouveau Martin, moi, je suis pour !
    Bonne continuation, M. Godard

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    • Répondu par Oncle Francois le 30 novembre 2015 à  13:17 :

      Ecoutez, Monsieur Godard a une longue et prestigieuse carrière derrière lui, il a droit à une retraite paisible comme vous et moi. Donc avant d’exiger qu’il ne recourbe l’échine sur ma table à dessin, laissez le avoir le plaisir de revoir ses meilleures oeuvres disponibles en librairie, il me semble qu’en cette période d’anorexie créative et de récession budgétaire, un éditeur "astucieux" pourrait avoir la courtoisie de lui proposer la réimpression de ses titres qui viendrait améliorer la qualité de son catalogue et son image auprès du public.

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      • Répondu par godard le 30 novembre 2015 à  16:19 :

        Oncle François, je vous reconnais bien là. Vous êtes bien bon, comme d’habe.

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      • Répondu par Talking Head le 1er décembre 2015 à  22:37 :

        Si vous pensez qu’on est dans une "période d’anorexie créative", c’est que vous devez pas lire les bd qui sortent, il n’y a jamais eu autant de bons albums que dans cette période de surproduction.

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    • Répondu par Jocelyn Jalette du Québec le 30 novembre 2015 à  13:24 :

      Martin Milan, un de mes personnages préférés aussi. Certaines histoires m’ont tellement ému. "Il s’appelait Jérôme" "Tant qu’un chien t’attendra" "Mille an pour un agonie". Je rêve d’une nouvelle aventure, cependant je préfère le dessin humoristique de Godard des premières aventures. Le dernier Martin est trop réaliste avec un air trop triste en permanence.

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      • Répondu par Pirlouit le 30 novembre 2015 à  20:20 :

        C’est sympa de la part de Christian Godard de proposer l’achat de ses oeuvres en livres numériques, mais je trouve cela frustrant pour le lecteur et injuste pour les auteurs, car rien ne remplace le plaisir d’un vrai livre en papier. Je rêve (cela ne coûte rien...) d’une Intégrale de La Jungle en folie, de gros livres de prés de 300 pages sous couverture cartonnée, avec un papier un peu buvard si possible, maquettée par le maquettiste de Dupuis-Patrimoine. Et aussi, d’une belle intégrale Martin Milan, peut-être au Lombard qui a fait des progrès à ce niveau, et il doit bien rester quelques histoires complètes parues dans Tintin Sélection inédites en album. Norbert et Cari devrait reparaitre chez Dargaud, une histoire parla du nucléaire bien avant tout le monde, c’est un thème à la mode en ce moment. Pour le Vagabond des limbes, il faudrait aussi une intégrale sérieuse, avec trois ou quatre albums par volume. De la science-fiction ambitieuse, mais avec en arrière-plan une belle histoire d’amour, celle inattendue d’Axle et du petit clown (désolé pour le spoil !). Les grands éditeurs manquent d’enthousiasme, pourquoi ne pas tenter l’approche directe d’Ulule ? Vous avez vu la cote d’amour que vous avez sur ce forum ??? Noël approche, il y a de l’humanisme dans votre oeuvre, mais aussi de la poésie, un peu d’humour, de la réflexion et de l’émotion. Partagez ces valeurs auprès du plus large public possible, vous lui réchaufferez le coeur, et dieu sait si l’on en a besoin aujourd’hui...

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        • Répondu par Jocelyn Jalette du Québec le 1er décembre 2015 à  01:03 :

          Parfaitement d’accord avec vous. Vive l’humanisme de Godard et vive le papier : rien de mieux pour savourer une BD. C’est tellement froid sur un écran.

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  • Christian Godard ("Martin Milan")
    1er décembre 2015 20:00, par Edmond Paillasson

    Martin Milan, c’est un trésor, une vraie madeleine de Proust. Nombreux sont d’ailleurs les auteurs de BD qui y ont puisé leur vocation et le revendiquent.
    C’est simple, Martin Milan et Norbert et Kari, ça devrait être enseigné dans les écoles, et peut-être même remboursé par la sécu. Il est rigoureusement impossible de lire n’importe lequel des albums de ces deux séries sans être touché, amusé, embarqué, séduit !
    Une réédition complète de la série Martin Milan ferait tant d’heureux !
    En tous cas, merci mille fois d’avoir créé tant de pépites de pure jubilation.
    On en a bien besoin en ces temps troublés.

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    • Répondu par Daniel Blancou le 2 décembre 2015 à  13:50 :

      « Nombreux sont d’ailleurs les auteurs de BD qui y ont puisé leur vocation et le revendiquent. »

      Je dois dire, qu’adolescent, Martin Milan fut une de mes grandes influences (cela ne sautera peut-être pas aux yeux de ceux qui connaitraient mon travail). J’ai été, comme beaucoup de lecteurs, frappé par le tragi-comique de cette série qui oscille entre surréalisme, science fiction, fable et réalisme. Marqué aussi par la richesse des personnages. Martin Milan est bourru mais sensible, aventurier mais cherchant le calme, flegmatique mais impliqué, etc...
      Ce que je retiens aujourd’hui ? L’idée de ne pas avoir d’à priori dans ce que l’on peut raconter et d’essayer de le faire intelligemment.
      Encore* merci à vous monsieur Godard.

      *Je l’ai déjà dit sur ce même forum.

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  • Bonjour à tous. M. Godard est ravi de lire tous vos commentaires.

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  • Pour répondre à la première question concernant le nom "Milan", j’étais persuadé que Monsieur Godard avait choisi en pensant à l’oiseau, le milan. Pour un aviateur ça me semblait cohérent.

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    • Répondu par MD le 2 décembre 2015 à  20:34 :

      Pour moi aussi, le nom Milan évoquait plus l’oiseau que la ville italienne...
      Maintenant ce qu’il faut noter après cette longue interview, c’est la rare unanimité des commentaires, tous positifs et élogieux... Tant mieux, ce n’est que juste ! Et d’autant plus remarquable que la majeure partie de l’oeuvre est indisponible en rayons.
      Il est clair que la lecture de ses histoires a laissé un profond souvenir, plus de trente ans après. Car l’émotion et la sincérité traversent les décennies. Ce sont des valeurs inoubliables pour le lecteur qui aura tendance à vite oublier les intrigues sophistiquées ou les séries humoristiques sans autre but que de faire rire.

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    • Répondu par godard le 2 décembre 2015 à  23:47 :

      Mes réponses à cette question varient en effet, je l’avoue bien humblement. En vérité, et puisque vous la voulez, la vérité, la voici. Je voulais un personnage qui soit à l’opposé de tous les autres, qui, vous l’avez remarqué, cavalent comme des malades. Martin est un calme et qui marche lentement... Oui, mais pas trop quand même. Serait-ce un lent ?... Non, pas vraiment. Alors quoi ? Bé... Un mi-lent. voilà. Vous vouliez la vérité vraie. Vous l’avez.

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      • Répondu par Sergio Salma le 3 décembre 2015 à  08:48 :

        C’est donc vrai, vous n’êtes pas un homme sérieux.

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      • Répondu par torino le 3 décembre 2015 à  11:45 :

        je suis quand même un peu étonné que le vagabond des limbes ne soit pas reparu depuis si longtemps, pour moi c’est une série majeure, un mélange dont godard a le secret, d’un romantisme et d’une cruauté sans doute jamais égalés en bd. est-ce qu’on peut espérer découvrir la suite de cette aventure un jour ?

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        • Répondu par godard le 3 décembre 2015 à  22:54 :

          Tout ce que je peux dire sur le sujet, c’est que je le souhaite vivement. J’en ai, comme on dit au foot, encore beaucoup sous la semelle. Oui, j’aimerai beaucoup , après ce bel entr’acte, que recommence la projection...

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