Christian Lax : un "aigle sans orteils" entre deux Choucas

22 avril 2005 0 commentaire
  • Un « Aigle sans orteils » fait partie de la famille des « Choucas » ? La réponse est « non » pour les ornithologues, et « oui » pour les bédéphiles. Ces deux oiseaux ont pourtant plusieurs points communs. Tout d'abord, tout deux vivent en montagne et passent le plus clair de leur temps à planer en altitude à la recherche de nourriture, mais pour nous, amateur de bandes dessinées, ils sont tout deux issus de l'imagination d'une seule et même personne : {{Christian Lax}}.

A la veille de la sortie du très attendu « Aigle sans orteils » chez Aire Libre en Juin, et du prochain album des aventures du Choucas, le septième, prévu en Janvier 2006, nous avons voulu savoir, qui était en vérité Lax ?

C’est un heureux auteur et dessinateur de bande dessinée qui depuis 1981, date de sa première publication (chez Jacques Glénat, dans la collection polar, « ennui mortel », une violente histoire en noir et blanc, de révolte de personnes âgées vivant dans une maison de retraite) vit pleinement de sa passion. Ses publications diverses et variées lui ont permis de toujours rester omniprésent dans l’actualité de la BD.

Un amateur de carnets de voyages

Lax est un personnage discret, peu médiatisé, aimant se remettre souvent en question afin d’améliorer la qualité de ses productions. Son principal objectif : réaliser un album par an, afin tout d’abord d’occuper « le marché » comme il aime à le dire et surtout pour le plaisir de faire partager le fruit de ses voyages. Eh oui, Lax est amateur de voyage et surtout de « carnets de voyage ». Il en a déjà publié trois, aux Editions Paquet ( Red Movie, Ma Cavale au Canada et Le Droit d’azur). Il se plaint d’ailleurs du manque d’intérêt qu’ont les lecteurs pour ce genre d’ouvrage. Trop de textes pour les amateurs de bande dessinée, et trop d’images pour les autres.

Christian Lax : un "aigle sans orteils" entre deux Choucas
Croquis réalisé en Amazonie
Lors d’un voyage en compagnie de Frank Giroud (en 1995)

Dans l’œuvre de Lax, ces carnets sont très importants, ils lui servent de « matière » à ses bandes dessinés. (Les éditions Paquet viennent d’ailleurs de regrouper ses trois carnets dans un splendide coffret, en limitant l’édition à mille exemplaires).

Prenons comme exemple Ma Cavale au Canada, splendide carnet sur un voyage qui a servi de support pour Le Choucas gagne à être connu. Son dernier "carnet" publié, Le droit d’azur, tout aussi splendide, présente un récent voyage au Népal, pays qui servira de décor et de matière pour le prochain Choucas.

Il est également question de voyage dans l’aigle sans orteils (à paraître en Juin chez Aire Libre) puisqu’il s’agit d’une histoire se déroulant dans le milieu du cyclisme, en plein Tour de France, au début du 20ème siècle, avec en plus un petit quelque chose sur les handicapés, autre thème cher à Lax (Il a publié, en 1987, chez Vents d’Ouest, Des maux pour le dire sur ce délicat sujet).

Le choucas T6
Un titre d’album qui porte bien son nom

Sa passion du voyage, tout comme celle de la BD, ne date pas d’hier, elle lui vient de son admiration pour les aventures de Tintin qu’il dévora dans sa jeunesse.

Des histoires aux thèmes engagés

On ne peux parler de Lax sans évoquer son premier grand succès : Azrayen publié en 1998 pour le premier tome eten 1999 pour le second, avec Frank Giroud au scénario. Ils furent, à l’époque, parmi les premiers à écrire autour des « évènements » d’Algérie. Le duo Giroud-Lax avait déjà fait parler de lui avec Les Oubliés d’Annam où ils ont osé étaler au grand jour l’histoire des déserteurs français mystérieusement disparus lors de la Guerre d’Indochine. Cet album, avait à sa sortie bénéficié d’une publicité inattendue de la part des journalistes. Très peu d’entre eux connaissaient « les ralliés ». Cet album, primé à de nombreuses reprises, leur donna l’occasion de rédiger des articles sur ce phénomène. C’est pourquoi, beaucoup de chroniqueurs eurent du mal à croire à un simple fait du hasard lorsque, quelques mois plus tard, éclata « L’Affaire Boudarel » (un ancien secrétaire d’état de Valéry Giscard d’Estaing, prisonnier des Viêt-Minhs, qui reconnut par hasard l’un de ses tortionnaires. Celui ci vivait en France et enseignait dans une grande université parisienne). Cette affaire fit scandale en son temps (mars 1991), et surtout permis de multiples rééditions des oubliés d’Annam.

Azrayen
(c) Lax & Giroud.

« Azrayen » n’étais pas que le premier succès de Christian Lax ; ce fut surtout l’occasion d’une grande remise en question personnelle. Il souhaitait changer radicalement son graphisme et devenir plus « expressionniste ». Ce fut un besoin et une nécessité personnelle que de se rapprocher du dessin de base afin de « rassurer » le lecteur. « Azrayen » lui a ouvert les portes du polar et surtout lui a inspiré la naissance du Choucas ; un dessin plus noir, plus caricatural et surtout plus « trash » (selon ses propres termes).

« L’aigle sans orteils » est un autre tournant de sa carrière, car ce sera sa toute première bande dessinée entièrement réalisée sur du papier coloré, ce qui donnera une ambiance et surtout des couleurs plus « chaudes ». Il utilisera d’ailleurs la même technique sur le prochain Choucas, ce qui lui permettra de continuer à faire évoluer son héros fétiche, et lui donnera certainement une meilleure notoriété auprès du grand public.

Et demain ?

Lax nous promet une huitième aventure du Choucas, mais souhaiterait pouvoir continuer à développer son travail de dessinateur et d’aquarelliste pour ses « carnets de voyages ».

(par Thierry Jaillant)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Photo (c) D. Fouss
Illustration (c) Lax

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