Christophe Arleston ("Lanfeust", "Trolls de Troy"...) : « Je m’adapte au dessinateur avec qui je travaille »

30 décembre 2015 0 commentaire
  • Le scénariste phare de Soleil nous propose de passer en revue une partie de ses séries ("Lanfeust", "Trolls de Troy", "Ekhö", etc.), tout en expliquant ses différentes façons de travailler avec les dessinateurs, mais aussi avec le public !

Les lecteurs ont pu profiter d’un véritable grand retour de Trolls de Troy, maintenant que Jean-Louis Mourier peut à nouveau dessiner. Est-ce qu’il y a une émulation entre vous, chacun essayant de placer la barre plus haut pour le plaisir du lecteur et le vôtre ?

Christophe Arleston ("Lanfeust", "Trolls de Troy"...) : « Je m'adapte au dessinateur avec qui je travaille »Trolls de Troy représente la série du plaisir : nous avons beaucoup de sujets d’avance, beaucoup de conneries à y placer, et on pouffe de rire, Jean-Louis et moi !

Vous aviez proposé un scénario pour Astérix, qui n’a pas été retenu pour l’instant. On retrouve des points communs entre vos deux séries : les Trolls possèdent une force peu commune et vivent dans leur village en dehors des humains, qu’ils vont épisodiquement visiter avant d’y fêter leur retour comme il se doit ?

Il y a une parenté de structure, même si l’esprit est totalement différent d’une série à l’autre. Goscinny serait outré de ces horreurs ! (rires) Plus globalement et en prenant du recul, si j’ai été très satisfait de nos derniers albums parus, j’avais été un peu moins content de la double histoire où les Trolls avaient été réduits en miniature. Jean-Louis tenait absolument à le réaliser en deux tomes, mais je pense qu’on aurait été plus efficace en condensant l’intrigue sur un album. En effet, je sentais moins ce sujet, et je n’ai sans doute pas su le développer comme il fallait. Ce n’est pas un grand regret, mais ils sont un poil en dessous de l’échange de personnalité de Waha, de la déprime de Pröfy, L’Héritage de Waha et l’épisode du Père Noël, même si je craignais l’effet du marronnier de saison.

N’est-ce finalement avec l’exercice du one-shot que votre humour est le plus percutant ?

Jean-Louis apprécie les diptyques, et je trouve aussi que le voyage au Darshan et l’épisode du pensionnat étaient très réussis ! Mais je pense qu’on va se concentrer dans le futur sur des récits auto-conclusifs, car je m’y sens le plus à l’aise. Même pour le tome 14 qui était un recueil de gags, j’avais construit un fil rouge qui trouve sa suite dans L’Héritage de Waha. Cette histoire se déroule pendant l’élection des grands sages et le scandale d’une fille trolle qu’il a eu avec une demi-mondaine pousse Fuquatou dans ses retranchements !

Trolls de Troy T20 : L’Héritage de Waha - Par Arleston & Mourier

Ce plaisir communicatif a d’ailleurs provoqué un petit bouleversement : les Trolls se vendent mieux que l’ex-indétrônable Lanfeust !

C’est exact, mais je pense que c’est aussi dû à des conditions structurelles : l’aspect one-shot des Trolls permet de les lire dans le désordre, alors que Lanfeust est au 23e album d’une histoire à suivre. On gagne toujours de nouveaux lecteurs, mais on en perd aussi en cours de route. On peut commencer à lire le Trolls T. 20, puis les prolonger dans le désordre, comme n’importe quelle ancienne série.

Pour Lanfeust, avez-vous dévoilé les titres des prochains albums afin de rassurer justement le lecteur ?

On me demandait souvent la position de Lanfeust des Étoiles par rapport à Lanfeust Odyssey, et ma réponse restait la même : « Lanfeust, c’est Lanfeust ! On change de chapitre, tout en restant dans une continuité. » Comme cela ne semblait pas clair, nous avons changé le quatrième de couverture, en évoquant des saisons, comme pour les séries télévisées. Nous avons dévoilé les titres des albums de la fin de la saison 3 pour fixer le tout, et nous avons placé les épisodes de Cixi comme des bonus. Maintenant, d’un coup d’œil, le lecteur comprend la structure de la série.

Vouliez-vous aussi faire évoluer votre héros, Lanfeust ?

Oui, il a pris des coups, il est normal qu’il devienne plus adulte, tout en restant un grand couillon ! Même s’il avait 18-19 ans au début de Lanfeust Odyssey, j’avais commis la petite erreur de le remettre sur les bancs de l’école. Nous avons donc changé la donne dès le tome 3. Mais nous allons aussi réutiliser des éléments des deux premiers tomes dans cette fin de saison, pour augmenter la cohérence de l’ensemble.

Dans le dernier tome, vous faites d’ailleurs le lien avec Lanfeust des Étoiles ?

Oui, je veux démontrer qu’il s’agit d’une grande saga, et que les éléments s’entrecroisent sans cesse. Cette évolution se traduit également dans le graphisme de Didier [Tarquin] : il a fait des favoris à Lanfeust, surtout, il réutilise le pinceau, ce qui donne une grande énergie graphique ! Didier aime changer de style en permanence, mais pour le coup, je suis particulièrement content de ces derniers Lanfeust et de la direction que nous avons maintenant choisie.

Lanfeust Oddyssey, T7
Arleston, Tarquin, Lyse © Éditions Soleil, 2015

Didier nous expliquait précédemment qu’il se voyait bien dessiner Lanfeust jusqu’à ses 90 ans, est-ce toujours d’actualité ?

Terminons d’abord ce cycle avant de nous projeter, ce qui va permettre de nous poser. Nous avons d’autres envies, comme raconter les dix-huit ans que Cixi a passé dans les étoiles. Je lui ai donné cette image de cette jeune fille battante, en guerrière avec une arme massive dans un bras, et un bébé dans l’autre. Nous n’avons pas encore pris de décision arrêtée.

Conquérants de Troy ne profite pas du même rythme de production ; vous adaptez donc votre structure au récit ? Et votre ton au dessinateur ?

Par respect pour le lecteur, je ne peux conclure sur un gros cliffhanger si l’album sort tous les deux ou trois ans. Le prochain tome sera d’ailleurs le dernier de cette saga avec Ciro [Tita]. Son style convient moins à l’humour que celui de Didier… ou de Jean-Louis ! Je m’adapte donc au dessinateur avec qui je travaille, sinon, malgré toute la bonne volonté du monde, le résultat ne sera pas à la hauteur de nos attentes respectives.

C’est pour cela que vous souhaitez modifier éventuellement votre texte lorsque les planches sont terminées ?

Oui, cela me permet de faire un dernier calage, voire de rectifier le tir pour que l’ensemble soit au diapason. Je n’en fais presque pas sur les Trolls car Jean-Louis et moi travaillons dans une telle osmose... Didier [Tarquin], quant à lui, essaie en permanence plein de nouvelles choses, ce qui permet à la série de se renouveler, mais cela nécessite que je me réadapte in fine. Et ces remises en question me permettent d’avoir d’autres idées, ce qui enrichit réellement de la série. Ce ne sont finalement que des histoires de couples, et aucune n’est comparable à une autre.

Dans les séries en cours, il reste Odyxes qui met en scène ce jeune médecin transporté au temps des Grecs. Le tome 2 viendra-t-il récompensé l’attente des lecteurs ?

Oui, le second tome d’Odyxes est en cours de réalisation, mais je dois avouer que la série n’a pas trouvé son public. Je portais ce sujet depuis très longtemps, mais la belle saga que j’avais imaginée va donc se résumer à deux-trois albums. J’ai pris beaucoup de temps pour retravailler le scénario afin que le lecteur ne soit pas frustré de cette conclusion, comme moi je peux être frustré de raccourcir ainsi ce que j’avais imaginé.

Faut-il vraiment anticiper la fin d’une série, si vous en pressentez un tel potentiel ? On a vu des sagas trouver leur public après le second ou le troisième tome ?

Je pourrais expliquer à Guy Delcourt que je tiens absolument à la poursuivre. Mais cela ne rendrait pas service à Steven Lejeune (le dessinateur), de l’enferrer dans une série qui ne se vend pas.

Est-ce qu’on tire encore des leçons, même lorsqu’on s’appelle Arleston ? Car ce premier tome ne décollait vraiment que lorsqu’on comprenait que le pharaon était lui aussi un transfuge temporel ?

Ma construction était sans doute trop lente dans ce premier tome, mais s’inscrivait idéalement dans un développement à plus long terme. Je l’avoue, c’était une erreur de ma part d’avoir réalisé un tome introductif. J’aurais dû entrer plus rapidement dans le vif du sujet.

D’autres de vos séries récentes n’ont heureusement pas connu le même destin, tel qu’Ekhö, superbement mis en image par Alessandro Barbucci !

Ekhö fonctionne très bien ! Le tome 4 se déroulait donc à Barcelone fantasmé, où nous mettions en scène Salvador Dali. La série est un vrai bonheur, surtout de travailler avec un auteur aussi talentueux qu’Alessandro ! Et aussi rapide ! Nous avions prévu de publier deux tomes en 2015, mais nous avons reporté le tome 5 à 2016 car Alessandro et son épouse Nolwenn Lebreton ont eu un second bébé qui est venu égayer leur vie. Mais il y a normalement bien deux tomes d’Ekhö en 2016 !

Quel retour des lecteurs avez-vous reçu de cet univers parallèle que vous aviez mis en place ?

Très positif, et en même temps ils ont bousculé un peu la donne. J’avais effectivement introduit de petits personnages, les Preshauns, qui n’étaient que des prétextes pour introduire ce monde et s’y balader. Mais énormément de lecteurs attendent des réponses : pourquoi ce monde existe-t-il ? Quel est le véritable rôle des Preshauns ? etc. Le prochain tome se déroulera donc à Rome et s’intitulera Le Secret des Preshauns. Je vais donc raccrocher ce fil d’intrigue général, avant de continuer à me promener dans ce monde qui m’amuse beaucoup.

Ekhö Monde Miroir T4 par Arleston & Barbucci

Cela signifie que vous êtes attentifs aux réactions des lecteurs ? Nous pensions que vous aviez abandonné la lecture des forums ?

Je me suis fixé la règle de ne plus aller sur les forums depuis la fin des années 1990. À ce moment-là, j’allais occasionnellement sur BDparadisio, mais j’ai vite compris que ce n’était qu’un défouloir pour certains et je n’en retirais pas grand-chose, si ce n’est une baisse de moral. J’écoute donc les lecteurs en signature ainsi que les différents amis qui m’expriment constructivement ce qu’ils ont apprécié ou non.

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay

(par Charles-Louis Detournay)

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