Christophe Bec (1/2) : « Prométhée est un récit ambitieux. J’ai pris le pli de révèler des choses, quitte à décevoir. »

31 août 2013 2 commentaires
  • Avec le tome 8 sorti il y a quelques semaines, "Prométhée" est la série du moment qui mêle avec brio science-fiction, fantastique, machination, complot et recherche historique sur certaines reliques étranges d'anciennes civilisations. Le passage du dessin à Raffaele permet à Christophe de Bec de donner toute la puissance de son scénario. Explication en détails.
Christophe Bec (1/2) : « Prométhée est un récit ambitieux. J'ai pris le pli de révèler des choses, quitte à décevoir. »
Le tome 8 dévoile déjà une partie de la solution

Prométhée se révèle actuellement comme une série incontournable, mais il n’a parfois pas été simple d’appréhender sa qualité dans les premiers tomes. Comme Christophe Bec nous l’avait confié précédemment, la première partie du récit est passée d’un dense premier album en deux tomes, ce qui a légèrement dilué son introduction. De plus, le ralentissement de la publication et l’alternance des dessinateurs a cassé le rythme de production. Pourtant, avec le recul et la régularité de la production des tomes actuels, la série atteint son objectif.

Sa réussite vient d’abord de l’aspect réaliste du graphisme, poussé par le dessin de Christophe Bec dans les premiers tomes, qui s’appuie sur des documents photographiques (voir nos interviews précédentes) comme sur une documentation extrêmement étoffée. Enfin, l’intelligence de son récit, et la cohérence de sa trame narrative permettent à chaque tome d’apporter sa pierre à l’édifice, tout en essaimant des éléments de réponses.

La grande difficulté des récits qui font planer une solution grandiloquente, est de présenter une résolution décevante. Bec est conscient de ce piège et il nous explique dans cet entretien qu’il ne tombera pas dedans. La lecture du dernier tome paru cet été confirme cette réussite.

Cette série est donc à conseiller à un public mature qui s’interroge sur le destin de ’humanité, son impact exponentiel sur notre biotope, ainsi que sur les supposées visites extra-terrestres et les conséquences d’un contact avec eux. L’échange ci-dessous aborde les tomes 5, 6 et 7 de Prométhée. Une autre interview reviendra sur les premiers volumes de la série.

Des événements extraordinaires se sont déjà produits de part le monde...
(c) Soleil

Alors que les tomes précédents se centraient plus spécifiquement sur les événements se déroulant à 13h13 et la piste des extra-terrestres, le cinquième album rebondit et relance très activement la piste du complot gouvernemental (alors que celle-ci était démentie tout d’abord). Était-ce une volonté depuis le début ? Ou vouliez-vous doubler l’intrigue pour la rendre plus rythmée ?

Je n’avais pas dès le départ établi l’ensemble de la trame de Prométhée. Bien entendu, j’avais envie de créer une série longue, mais, vu le marché actuel et la frilosité des éditeurs, il était impensable d’arriver avec un projet de série de plus de 10 albums… J’avais donc une trame fixe en 3 ou 4 albums, et une autre, plus flexible, en une dizaine. Deux canevas donc. Aujourd’hui, j’ai écrit la trame précise des albums restants. Le relatif succès de la série fait que je peux maintenant aller au bout de mes envies et donc explorer toutes les possibilités qu’offre le concept. Évidemment, dans ce type de récit, brouiller les pistes est un des passages obligés, et j’aime bien cette idée de jeu avec le lecteur. Mais le problème de ce type de construction narrative, c’est qu’elle prend tout son sens dans une lecture intégrale, nécessitant d’avoir bien en tête tous les détails : personnages, ressorts de l’histoire, etc.

L’intégrale des cinq premiers tomes est le meilleur moyen pour profiter au mieux de Prométhée.
Elle était épuisée depuis des mois, mais vient d’être réimprimée et sera donc bientôt à nouveau disponible.

Dès lors, quel est votre plan actuel de construction de la série ? Combien de tomes pourrait-elle compter ?

Dans sa construction globale, je considère pour ma part ce tome 5 comme une transition, avant un climax qui arrivera au tome 7, qui est le premier album des grandes révélations. Le tome 6 quant à lui relance l’action et la fait avancer pour la plupart des protagonistes. Le tome 8 est à nouveau une sorte de tome de transition (même si de nombreuses choses vont progresser), avant le grand bouquet final des 4 derniers tomes. La série comportera donc en principe 12 tomes.

Vous avez fait appel à pas mal d’amis dessinateurs pour le T5, est-ce une volonté d’avancer plus vite dans la parution des albums ?

Il y avait effectivement cette volonté d’accélérer un peu le rythme de parution, mais c’était surtout une envie, un amusement. Encore une fois, cette notion de « jeu ». Je me suis donc appliqué à écrire ce tome pour que ce soit réalisable avec plusieurs dessinateurs. Il a fallu que j’adapte un peu ma trame de départ. Je voulais une certaine cohérence, et donc ça a été des calculs savants avant de confier telle ou telle scène à un dessinateur… Je crois qu’au final, la cohérence est plutôt là et ce n’est pas trop déstabilisant à la lecture. Enfin j’espère…

Par la suite, vous avez décidé de confier le dessin des tomes suivants au même dessinateur, avec qui vous travaillez déjà pour Pandemonium, Sarah et Under. Allez-vous encore proposer d’autres opus réalisés par un collectif d’auteurs ?

Non, maintenant c’est Stefano Raffaele qui reprend seul le dessin de la série. Et il peut assurer un rythme de deux albums par an. À moins que je change d’avis, à priori non, il n’y aura pas d’autre album de ce type..

Des résumés complets permettent au lecteur de se rappeler des événéments des tomes précédents
(c) Soleil

Rappelons pour ceux qui prennent le train en marche, que les premiers tomes de Prométhée évoquaient une série de catastrophes qui touchaient l’humanité, jour après jour, à 13h13. Pouvez-vous détailler ce qui se déroule dans les tomes qui viennent de paraître ?

Le tome 6, intitulé L’Arche permet une avancée franche dans l’action, avec un nouvel évènement de 13:13 assez inattendu je pense…

Le tome 7 est le tome des premières grandes révélations : là, une des théories se détachera complètement et on saura enfin qui se cache probablement derrière ces évènements. Pour autant, toutes les réponses ne seront pas données et celles qui seront délivrées resteront assez théoriques, comme l’indique son titre La Théorie du 100e Singe.

Comment vont s’articuler les prochains volumes de Prométhée ?

Le tome 8, intitulé Nécromanteion (et qui vient de paraître), est plus transitoire : je prends le temps de développer un peu plus les personnages principaux, de les creuser davantage, il sera plus mystique. Je ne révèlerai pas encore la teneur ni les titres des 4 derniers tomes afin de ne pas lever le voile trop tôt. Mais ces quatre derniers albums formeront un bloc qui sera donc la conclusion du récit. Alors que j’avais initialement prévu de conclure la série en 11 volumes, Prométhée comptera 12 tomes au final, puisque le tome 9 intitulé Dans les Ténèbres s’étalera désormais sur 2 titres : partie 1 et partie 2.

En lien avec la mythologie des dieux grecs, on commence à comprendre votre métaphore de Prométhée qui donna le feu aux hommes...

Cette métaphore prend tout son sens au tome 7. Je vais bien entendu continuer à faire avancer cet aspect, on suivra Prométhée délivré par Hercule, à nouveau châtié par Zeus, et qui retournera vers les Hommes… Comment sera-t-il accueilli ?...

En relisant tous les volumes, il faut admettre qu’il y a parfois tellement de personnages que l’on pourrait s’y perdre. Est-ce une volonté délibérée ?

Oui, l’idée de départ était d’avoir une multitude de personnages, puis au fur et à mesure de l’intrigue, de resserrer les choses. Pas mal des protagonistes principaux sont amenés à se rencontrer et, parfois, leurs destins vont même être totalement lié. Finalement, on suit quatre groupes de personnages à partir du tome 7, donc c’est beaucoup plus simple de s’y retrouver. Prométhée est une immense toile d’araignée, et jamais série ne m’a demandé autant de travail pour en vérifier chaque aspect, chaque détail de chaque sous-intrigue. C’est un boulot d’horloger éprouvant, mais passionnant.

Le tome 7 rend hommage à X-Files
(c) Soleil

On ne peut s’empêcher de faire un lien avec la série X-files : plusieurs types d’ET qui contactent la terre, des événements improbables, le complot gouvernemental, l’homme seul qui découvre les lieux tenus secrets, etc... Comment assumez-vous cette comparaison ?

J’étais très fan de la série, principalement des trois ou quatre premières saisons. Mais, Prométhée est très différent dans sa résolution, des réponses sont amenées. Dans ce type d’histoire, quand on part sur un postulat aussi énorme que celui de Prométhée, le risque est de décevoir avec des révélations faibles. Le choix par conséquence est souvent de ne quasiment rien révéler, comme ce fût le cas pour X-files ou pour Lost. Pour ma part, j’ai pris le parti de révéler les choses, quitte à décevoir. Mais je pense que ce qui compte, c’est la façon d’amener le récit. J’ai fait aussi le pari d’être assez ambitieux, de tenter des choses au niveau des résolutions. On verra au final si ça passe ou non…

(par Charles-Louis Detournay)

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Concernant Prométhée, nos autres interviews de Christophe Bec :
- « Vingt ans après notre album commun, je reprends du service avec Corbeyran sur "Doppelgänger" »
- Et pour le début de la série : "Pour éviter de m’ennuyer, je change souvent d’univers "
Ainsi que nos chroniques des tomes 1, 2 et 3.

Lire notre autre interview de Christophe Bec : « Je ne me serais jamais lancé dans "Ténèbres" sans un grand dessinateur ! »

 
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