Christophe Bec (2/2) : « Vingt ans après notre album commun, je reprends du service avec Corbeyran sur "Doppelgänger" »

16 janvier 2011 4 commentaires
  • L’appui photographique est essentiel dans [le dessin de Christophe Bec->7825]. Il nous l’explique en détail pour son dernier album "Doppelgänger", dans lequel il retrouve son premier scénariste : Corbeyran ! Bec nous dévoile également les prochains albums à venir, dont certaines suites fort attendues !

Doppelgänger (le double maléfique) relate le récit de Germain, obligé de revenir dans son village natal pour l’enterrement de sa mère. Le jour des obsèques, Germain croit apercevoir son double au cimetière, ce qui le perturbe au plus haut point.

Christophe Bec (2/2) : « Vingt ans après notre album commun, je reprends du service avec Corbeyran sur "Doppelgänger" »
De la prise de vue réelle...
© Christophe Bec

Obligé de demeurer là quelques jours, Germain constate que rien ne va plus dans les environs... Des objets se brisent sans intervention extérieure, des vitres volent en éclat, du sang coule des murs, des champs s’enflamment, des animaux sont retrouvés morts dans la rue et dans les fermes, des enfants se perdent sans explication...

Que cachent ces intersignes, annonciateurs de mort ? Y a-t-il un lien avec la rencontre de Nelly, cette jeune femme si étrange et taciturne ? Un homme semble avoir une petite idée sur la question : Victor Franek, dont le visage marqué laisse présager des expériences précédentes qui se seraient mal terminées. Pourtant, il semble être le seul à pouvoir aider Germain et Nelly…

...à la transposition sur papier.
© Christophe Bec/Corbeyran/Soleil

Pourquoi avoir demandé à Eric Corbeyran de réaliser le scénario de Doppelgänger, un concept qui vous tenait particulièrement à cœur ? Vu le nombre de scénarios que vous écrivez, vous n’auriez pas pu écrire cela seul ?

Non, pas réellement, c’est une idée assez récente que je n’étais pas arrivée à développer. Cela arrive de temps en temps, de trouver ce qui nous paraît un bon point de départ, mais ne jamais débloquer la suite de l’histoire, ne pas parvenir à rassembler les différentes pièces du puzzle parce que cela demeure trop flou. Comme je voulais me concentrer sur le dessin, j’ai eu envie de confier ce concept à un autre scénariste. J’ai pensé à Corbeyran pour trois raisons. Parce que c’est un scénariste dont j’aime bien le travail, un de ces feuilletonistes à l’ancienne, mais capable aussi d’écrire des albums plus personnels. Egalement parce que je savais qu’il aimait bien se glisser dans les univers des autres. Et enfin parce que le premier album que j’ai publié était sur un de ses scénarios, nous débutions tous les deux, et ça a malheureusement été un échec. Comme on avait tous les deux fait notre petit bout de chemin, il me semblait qu’il était nécessaire d’essayer de prendre une petite revanche... en tout cas faire mieux que ce premier album pour moi.

Le récit est-il particulier à vos yeux ? Vous vous investissez donc principalement ?

Bien sûr, comme tous les albums que je dessine ou j’écris... Bien entendu, des préférences s’imposent, avec le recul. Sauf peut-être sur le Temps des Loups tome 3 où je n’y croyais plus sur le moment, je sentais que j’avais mal articulé les deux premiers tomes et que je n’avais pas les moyens de les rattraper. Sinon, sur l’instant, j’essaie d’être à 100% de mes capacités ! Ce n’est jamais un gage de réussite ni de qualité, bien entendu, mais c’est la seule chose qu’on doit en tant qu’auteur à nos lecteurs. Doppelgänger est tout de même particulier, c’est vrai, car c’est pour moi un changement d’approche du dessin.

Avec acteurs, décors et mise en scène, c’est pratiquement un film que Christophe Bec réalise pour ’capter’ ses images.
© Christophe Bec

Cette importance explique-t-elle que vous ayez désiré dessiner cette série, tout en passant la main sur Prométhée ?

Non, je n’ai pas arrêté de dessiner Prométhée parce que Doppelgänger était plus important. Je n’aurais jamais lâché une série pour cette raison-là. D’ailleurs, je n’ai pas tout à fait arrêté le dessin de Prométhée puisque j’ai dessiné 9 planches du tome 4 et que je continuerai de temps en temps à dessiner quelques séquences. C’est suite aux soucis juridiques et aux sanctions disproportionnées que j’ai dû changer radicalement ma méthode de travail. Comme je dessine en grande partie d’après photos, j’ai décidé de générer à la base toutes les images moi-même, et donc dessiner un blockbuster comme Prométhée qui se déroule aux quatre coins de la planète devenait très compliqué.

Vous devez donc prendre maintenant appui sur des photos réalisées pour vous, ou que vous prenez vous-mêmes ?

Oui, pour Doppelgänger, j’ai donc fait un shooting avec modèles et acteurs au préalable, cela ressemblait un peu à un tournage de film. Cet album n’aurait pas été possible non plus sans le travail de Sébastien Gérard, le coloriste de la série, qui me suivait déjà sur Prométhée. J’ai le sentiment avec Sébastien d’avoir trouvé une sorte d’alter ego, c’est pour moi le coloriste le plus talentueux de sa génération et je crois qu’on a des approches du métier assez similaires.

Quel est ce double qui semble poursuivre le héros, tout en provoquant d’étranges catastrophes ?
© Christophe Bec/Corbeyran/Soleil

Je suppose que le second tome de Doppelänger viendra en 2011… Qu’en est-il alors du T4 de Prométhée ? Alessandro Bocci avance-t-il selon vos désirs ?

Oui, la sortie du tome 2 de Doppelgänger est prévue fin août si tout va bien... Quant au tome 4 de Prométhée, il est en bonne voie, mais comme Alessandro Bocci travaille parallèlement pour l’Italie, il ne peut pas faire plus d’un album par an, cadence qui ne me convient pas sur un feuilleton comme cette série. Il m’a également demandé de pouvoir dessiner les albums entièrement, de la première à la dernière page, ce que j’ai accepté, en contrepartie de quoi je vais alterner avec des albums multi-dessinateurs. Ce sera le cas du tome 5, que j’ai écris spécifiquement dans ce sens-là, j’ai commencé à constituer une équipe de dessinateurs qui sont cohérents avec l’univers, tandis que le tome 6 sera entièrement dessiné par Bocci.

Il faut bien comprendre que Prométhée a le potentiel d’une longue série. Les lecteurs commencent d’ailleurs à se prendre au jeu selon moi, et je ne me vois pas les laisser mariner un an, un an et demi, sur un cliffhanger. Mon objectif est donc de sortir un Prométhée tous les 8-9 mois... Et puis il faut que je termine la série avant 2019, date où se déroulent les évènements qui surviennent à 13:13 !

Prométhée T4 : le Titanic
© Christophe Bec

Peut-on déjà savoir quels seront les dessinateurs participeront au tome 5 de Prométhée ?

C’est encore un peu tôt, les contrats ne sont pas signés, mais six dessinateurs devraient venir me rejoindre sur ce tome 5 qui s’intitulera Le Sarcophage. Le tome 6 sera entièrement dessiné par Alessandro Bocci, le dessinateur "régulier" de la série. Les évènements se déroulant en 2019, je veux finir la série avant cette date, enfin sauf si comme le dit Roland Emmerich, la fin du monde se produit en 2012... Je ne sais pas encore précisément combien de tomes la série comportera, c’est vraiment du feuilleton, donc je me suis laissé pas mal de liberté dans la trame. J’ai le point d’arrivée, mais les chemins qui y mènent sont labyrinthiques.

Prométhée T4 : les conquistadors
© Christophe Bec/Alessandro Bocci/Soleil

Qu’en est-il de vos autres séries ? Verra-t-on bientôt les suites (et fins) de Pandemonium, des Sarah – Les Enfants de Salamanca, de Carthago et de Bunker ?

Tous ces albums devraient sortir en 2011, hormis Carthago dont l’avenir reste encore très incertain. Eric Henninot a officiellement décidé d’arrêter la série, tout en me laissant la possibilité de la continuer. Mais trouver un dessinateur capable de passer après lui ne va pas être chose aisée, car il est très talentueux. Pour l’instant, je n’ai pas vraiment le temps de m’en occuper et je laisse les Humanos avancer sur le dossier. Je suis effectivement très pris par mes projets de cinéma, en termes d’écriture et réalisation.

Pandemonium tome 3 (à paraître)
© Christophe Bec/Stefano Raffaele/Soleil

Vous vous consacrez au cinéma ? La bande dessinée ne vous suffit plus ?

Je travaille avec plusieurs producteurs sur des projets… C’est beaucoup trop tôt pour en parler, mais certains concernent l’écriture pure, d’autres le scénario et la réalisation. Nous verrons bien... Et ce ne sont pas forcément des adaptations de mes albums ! Je travaille sur certaines histoires originales et on verra si ça aboutira à quelque chose... La réalisation est vraiment quelque chose qui me tente. En travaillant pour la bande dessinée, j’ai réalisé mon rêve d’enfant. Aujourd’hui, je ressens sans doute le besoin de me lancer un nouveau défi de taille !

Vous nous donnez un avant-goût ?

Voici un dessin de production de mon court-métrage intitulé Les Tourbières noires. Cela se passera dans ma région d’origine, l’Aveyron, en Aubrac pour être plus précis. Il s’agit d’une adaptation libre du conte de Maupassant La Peur. Je le destine au cinéma, en espérant bien entendu une diffusion TV par la suite.

Deux dessins issus de la production du court-métrage Les Tourbières noires
© Christophe Bec

Restons encore un peu sur les albums : comment allez-vous orienter le spin-off de Bunker ?

Deux tomes sont prévus pour l’instant, chaque album se concentre sur un des personnages clefs de la série. Le premier racontera la jeunesse du Delegat Velikic pendant la Grande Guerre, et le second racontera l’accession aux plus hautes sphères du pouvoir de l’Imperator Borodine, qui a rebâti la nation sur les ruines de la Demarkacia. Alessandro Bocci, avec qui je travaille aussi sur Prométhée assurera le dessin du premier tome, mais la sortie n’est pas prévue avant 2012. Quant à elle, la série-mère se conclura comme prévu au cinquième tome. Mais j’avoue avoir très peu de contact avec les éditions Dupuis, je n’entre pas du tout dans les plans de la nouvelle équipe, dont les goûts et la stratégie éditoriale vont vers un autre type d’albums... Ils m’ont déjà raccourci une série(Sarah – Les Enfants de Salamanca), arrêté une autre pour de fausses raisons(Redemption), alors je n’ai plus une grande confiance.

En début d’interview, vous évoquiez deux futurs albums, Victoria 9.9 et Royal Aubrac qui marqueront votre tournant scénaristique. À quoi devons-nous nous attendre ?


Il s’agira de deux diptyques. Le premier chez Soleil, format comics, le second chez Vents d’Ouest, dans la collection Terres d’ Origine. Victoria 9.9 raconte l’histoire d’un convoi humanitaire qui traverse un pays d’Afrique ravagé par un gigantesque tremblement de terre et livré à la barbarie. Le second se déroule dans mon département de naissance, sur les Monts d’Aubrac, où un jeune artiste va se faire soigner dans un sanatorium de luxe pour tuberculeux, le Royal Aubrac. Là, il va prendre un sérieux raccourci de l’adolescence à l’âge adulte, en rencontrant toute une galerie de personnages hauts en couleurs, côtoyant la mort et rencontrant l’amour. Rien à voir avec Pandémonium dont l’action se situait aussi dans un sanatorium aux Etats-Unis. Pour Royal Aubrac, on est au début du XXème siècle, dans une atmosphère ouatée et avec une écriture très littéraire. Je vais montrer une facette de moi très différente de ce que j’ai pu montrer jusqu’à présent, en espérant que ce soit réussi... J’ai été un peu déçu par l’accueil critique et public de Wadlow : j’espérais que cet album se ferait un peu plus remarquer, ça n’a pas été le cas. J’espère que Royal Aubrac passera moins inaperçu, Nicolas Sure a beaucoup de talent et il mérite plus de reconnaissance.

Croquis et crayonnés pour Victoria 9.9
© Christophe Bec/Riccardo Burchielli

Je suppose que vous avez d’autres projets qui se concrétisent prochainement ?

Croquis de recherche d’Andrea Mutti
© Christophe Bec/Mutti

Dans les sorties prochaines, outre donc mon retour au dessin sur le diptyque Doppelgänger avec Corbeyran au scénario, un spin-off de Carthago va être publié. Il s’agit d’un one-shot pour faire patienter les lecteurs qui attendent le tome 3. Il est superbement mis en image par un jeune surdoué, Jaouen. Puis, il y aura les suites de Prométhée avec le tome 4, et le tome 2 d’Under avec Stefano Raffaele. J’ai aussi récemment signé deux nouvelles séries courtes avec Andrea Mutti et Rafa Fonteriz, un dessinateur espagnol. Il s’agira de deux histoires fantastiques, dans des ambiances complètement opposées, puisque la première se déroule en grande partie dans le métro parisien ; tandis que la seconde a pour cadre une île paradisiaque du Pacifique. Enfin, il y a bien entendu Ténèbres tome 3, peut-être pour la fin 2011 ?

Comment se concrétise cette spin-off intitulée Carthago Adventures ?

Pour l’instant je n’ai écrit qu’un seul album, qui va sortir prochainement, et est donc dessiné par Jaouen. On suit une aventure du Centenaire des Carpates et London Donovan, 20 ans avant la série mère, qui se rendent en Californie du Nord, à Bluff Creek. Pour le reste, il n’y a pas un nombre d’album fixe de prévu. Les Humanos m’ont proposé d’écrire un second tome, mais pour l’instant je n’ai pas le temps. De plus, ce ne sera pas Jaouen qui le dessinera, car il souhaite revenir à la SF, son genre de prédilection.

Carthago adventures T1
© Christophe Bec/Jaouen/Les Humanos

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire :
- la première partie de cette interview : « Je ne me serais jamais lancé dans "Ténèbres" sans un grand dessinateur ! »
- la précédente interview de Christophe Bec : "Pour éviter de m’ennuyer, je change souvent d’univers "

 
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