Clarke : "Mister President est à cheval entre le dessin de presse et la BD"

5 avril 2007 0 commentaire
  • {{Clarke}} nous dépeint le quotidien du locataire de la Maison Blanche dans une série où la réalité historique est truffée de scènes aussi inventées que farfelues, mais toujours humoristiques. Par ailleurs, il s’apprête à signer une nouvelle série avec {{Turk}}, toujours pour le Lombard…

Dans Mister President, vous mettez en scène le personnage le plus puissant de la planète. Il n’en est pas pour autant moins ridicule.

J’aime faire une analyse sociologique de certains thèmes dans mes bandes dessinées humoristiques. Je l’avais déjà fait chez Fluide Glacial avec l’album Cosa Nostra où je m’en prenais à la mafia. J’ai voulu faire de même avec les États-Unis, un pays que nous, Européens, nous ne comprenons pas toujours. Tant qu’à faire, autant se servir du Président en place qui n’en loupe d’ailleurs pas une ! Beaucoup d’auteurs et de cinéastes ont pris ce pays pour cible. Pour ma part, je me suis plutôt inspiré du Président des USA, qui est un peu au centre du monde, et qui pouvait facilement se transformer en un vecteur de gags…

Clarke : "Mister President est à cheval entre le dessin de presse et la BD"Le troisième album de la série contient des fiches assez vachardes sur des personnages historiques. Je pense à Henri Ford, qui était un antisémite notoire et pro-hitlérien …

Mister President est à cheval entre le dessin de presse et la bande dessinée. La distinction entre les deux genres est ambiguë. Si je veux que ma série survive à la législature de Georges W. Bush, il faut qu’elle trouve son identité sans qu’elle ne relate trop la réalité. Si c’était le cas, on verserait dans le dessin de presse. Je dois donc étoffer cette série pour qu’elle puisse se lire dans une quinzaine d’années. Je suis donc assez pédagogique, notamment lorsque je parle de ces personnages historiques…

Vous vous accordez le droit de faire voyager votre President et de lui faire rencontrer des personnalités étrangères…

Bien sûr ! Dans le premier album, nous découvrions sa fonction. Dans le deuxième, je l’ai fait voyager. Il a rencontré Jacques Chirac, notamment. Et dans le troisième, j’avais envie de parler des USA, mais au travers de sauts dans le temps. Dans le quatrième, Mister President se rendra en Irak !

Extrait du T3 de Mister President
(c) Clarke & Le Lombard.

Etes-vous un amateur d’actualité et de politique ?

Pas du tout ! Je suis totalement apolitique. J’ai une vision très personnelle de la politique. Ceux qui exercent ce métier, aujourd’hui, n’ont plus de doctrine politique. Ils sont trop occupés à soigner leur image et à veiller aux aspects purement économiques. Aujourd’hui, quand deux candidats à l’élection présidentielle américaine s’amènent sur un plateau de télévision, ils portent tous les deux une cravate de la même couleur sur un veston bleu. Une armada de conseillers leur a décrété qu’il fallait porter cet ensemble. L’image a dépassé le discours. C’est plutôt navrant ! Ceci dit, je m’intéresse à la géopolitique.

Le tome 15 de Mélusine paraît en maiEst-ce un besoin de scénariser vos propres histoires ?

Oui. Fluide Glacial m’a donné envie de persévérer. J’ai eu la possibilité d’y faire quelques bouquins tout en ayant une paix royale. J’ai pu me construire en tant que scénariste. J’ai véritablement appris le métier en travaillant pour eux, en publiant dans le magazine, puis en voyant mes erreurs dans les albums. C’est effectivement devenu un besoin d’aborder des univers différents. J’adore dessiner Mélusine, mais ce n’est pas mon type d’humour…

Pourquoi continuer à la dessiner, alors ?

Parce que je m’épanouis dans le dessin. Je me cantonne à ce rôle-là pour cette série.

Vous nous avez surpris, en 2005, en signant Luna Almaden, un one-shot réaliste…

Cela a été un véritable plaisir de dessiner quelque chose de différent, et de faire à nouveau, en quelque sorte, un premier album. Je suis impatient d’en signer un autre car je trouve à présent plein de failles à Luna Almaden. Mais c’est un peu normal : c’était la première fois que je quittais le registre de l’humour. Denis Lapière, et moi-même, allons en réaliser un second. J’ai commencé à travailler sur le scénario. Nous réaliserons ensemble la mise en forme du récit. Malheureusement, Denis a du mettre se projet entre parenthèse pour mieux se consacrer au lancement de la collection Puceron et Punaise des éditions Dupuis.

Quels sont vos projets ?

En mai prochain, je publierai avec Turk, Docteur Bonheur une nouvelle série dans la collection Troisième Degré du Lombard. J’avais confié plusieurs scénarios à Yves Sente [1], qui les lui a fait lire. Il nous a mariés, en quelque sorte !

Extrait du T1 de "Docteur Bonheur"
(c) Turk & Clarke - Le Lombard.

(par Nicolas Anspach)

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Lire les chroniques de Mister President T1, T2 & T3

Photo de l’auteur (c) Nicolas Anspach - Reproduction Interdite sans autorisation préalable.

[1Le directeur éditorial du Lombard

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