Coco : « Dessiner encore », un moment d’Histoire et d’émotion

10 mars 2021 0
  • 7 janvier 2015. Pour beaucoup d’entre nous, cette date sera longtemps gravée dans nos mémoires. C’est celle où pour la première fois dans l’histoire de la presse française, une rédaction se fait assassiner, celle de "Charlie Hebdo". Le récit a été commenté mille fois, notamment à l’audience du procès des « complices » en janvier 2021. Mais avec Coco, nous avons celle qui, sous la menace, a été contrainte d’ouvrir la porte aux assassins, qui était la première à arriver sur les lieux, à découvrir ses copains morts. Un choc terrible, destructeur, dont on ne revient pas indemne, et que l’autrice soigne, tous les jours, en dessinant.

À partir du 1er avril, Coco succèdera à Willem comme éditorialiste-dessinatrice de Libération. Le dessinateur hollandais pouvait bien prendre sa retraite à 80 ans. À 38 ans, celle qui est sortie diplômée de l’École européenne supérieure de l’Image (Poitiers), et qui fit à Charlie Hebdo un stage en 2007, a aujourd’hui un style immédiatement reconnaissable, entre Cabu et Luz, avec un effet coup de poing qui est plutôt l’apanage de Riss.

Coco : « Dessiner encore », un moment d'Histoire et d'émotion

L’album s’ouvre dans le cabinet d’un psy, du genre de ceux qui aident les victimes d’actes de terrorisme. Coco est cash : elle dit d’emblée qu’elle ne croit pas à cette thérapie. Mais elle se met néanmoins à raconter la journée fatale du 7 janvier. Et là, la page est submergée par La Grande Vague de Kanagawa d’Hokusaï. Le bleu pour chasser le rouge sang de l’attentat, pour chasser les deux fantômes noirs de cette journée terrible. La thérapie prend : Coco se réfugie dans les images colorées et évoque les moments heureux qu’elle a vécus dans la rédaction, à la droite de Tignous et de Cabu, à la gauche d’Honoré.

Ils sont là, tous, autour de la table, et nous sommes là, avec elle, dans la rédaction de Charlie Hebdo. Avec une collègue, elle sort un instant pour tirer une clope. Et en descendant les escaliers, elles croisent les deux cinglés encagoulés armés jusqu’aux dents et qui la reconnaissent ! Outre le fait que cela montre le degré de préparation des assassins, son témoignage dévoile les circonstances exactes de l’attentat, mais aussi sa culpabilité douloureuse irréfragable, de leur avoir, en tapant le code, ouvert la porte blindée de la rédaction.

Puis arrive l’après, comme dans un maelström : les millions de Français dans la rue, la solidarité... Le choc, le contre-choc et le silence.

Enfin cette rageuse nécessité de faire renaître la feuille satirique avec les survivants pour montrer aux assassins et à leurs commanditaires qu’ils ne pourront jamais annihiler un tel symbole de liberté. La couleur revient, le bleu domine, et la reconstruction intervient dans le souvenir des rayonnantes personnalités que Coco a côtoyées : Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Cavanna aussi. Et puis Riss, qui a laissé également un peu de lui-même en ce jour maudit.

Les dessiner, les redessiner, les dessiner encore, est une manière de redonner vie, à leurs dessins, à leurs sourires, à leur liberté. Des dessins encore pour effacer le crime.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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