Comme par hasard - Par Cyril Bonin - Vents d’Ouest

6 mai 2021 0
  • Après la réussite de "Stella" l'année dernière, nous étions impatients de découvrir le nouvel album de Cyril Bonin. Et nous n'avons pas été déçus car l'auteur mêle une fois de plus adroitement sentiments, fantaisie et réflexion avec talent.

Paris, 1909. Victor est un comptable à la vie bien rangée, qui trouve son bonheur dans les colonnes de chiffres et les probabilités. Son existence ne connaît ni drame ni remous,et ce n’est pas pour lui déplaire. Mais personne n’est jamais à l’abri du hasard et un soir, alors qu’il rentre chez lui, il marche par inadvertance sur un petit bout de papier : c’est une place de spectacle pour un ballet russe.

En règle générale, ce genre de divertissement ne lui inspire rien que de l’indifférence, pourtant cette fois, il décide de profiter de l’opportunité. Pour lui, le spectacle est une révélation, un pur enchantement ! Il est fasciné par le regard ensorcelant de l’une des danseuses.

Comme par hasard - Par Cyril Bonin - Vents d'Ouest

Toujours sous le charme du souvenir de la belle, Victor égare ses clefs en rentrant chez lui. Ce sera le point de départ d’une série d’imprévus qui vont bouleverser sa vie.

Obligé de dormir dehors, il tombe malade, et ne peut pas aller travailler (comble de l’horreur en ce qui le concerne). Grelottant de fièvre dans son lit, il voit apparaître un grand chat en tenue de gala. Est-ce le fruit de son imagination, ou les premiers doutes face à l’ensemble de ses certitudes ? Quoiqu’il en soit, ce maître-chat lui explique qu’il faudra désormais laisser la place à la chance et au hasard dans sa vie. Ce qui va se confirmer dans la ville thermale où Victor est envoyé pour soigner sa bronchite. Car station huppée rime avec casinos bondés. Normalement, pas de quoi tenter Victor qui ne croit qu’aux probabilités. C’est sans compter sur les personnes que le hasard va mettre sur sa route...

Après l’indéniable réussite de Stella, nous avions décidé de suivre de près les prochains albums de Cyril Bonin, et nous n’avons vraiment pas été déçus en découvrant Comme par hasard. Certes, démarre plus doucement que le précédent. Sans doute car le personnage de Victor ne déborde d’empathie. Ce n’est pas un salaud, loin de là, mais dans sa logique rigoriste et cartésienne, son manque d’épaisseur ne captive pas d’entrée de jeu.

Comme dans Stella, l’arrivée opportune de l’élément fantastique (s’il s’agit bien de fantastique ?) dope le récit pour lui donner directement une autre dimension. Avec les péripéties bouleversant la vie des personnages, Victor acquiert de plus en plus d’épaisseur, comme si le hasard (ou la chance) donnait l’opportunité à des personnes sans relief, de comprendre réellement ce que la vie peut receler comme surprises.

À la fois très réaliste sans trop forcer sur les détails, le dessin de Cyril Bonin reste au diapason de son propos, pour donner suffisamment de contexte au récit tout en restant focalisé sur les sentiments des personnages. L’on profite également de très beaux cadres de l’époque, et notamment de superbes scènes de ballets. De plus, ses couleurs apportent la lisibilité nécessaire pour profiter des presque cent pages de récit d’une seule traite. Un rythme de lecture à conseiller car l’action et les rebondissements vont crescendo jusqu’à l’explosion finale.

Sans renouveler la formidable réussite de Stella, Cyril Bonin livre avec Comme par hasard une nouvelle chronique sociale, doublée d’une passionnante réflexion sur l’importance du cadre, du hasard, et de la place qu’on leur réserve dans notre vie de tous les jours. Une recherche du bonheur qui prend des atours et détours inattendus. De notre côté, cette succession de sujets aussi sensibles que bien traités, ne tient pas au hasard : Cyril Bonin est un auteur à suivre. On peut miser, sans se tromper, sur ses prochains albums.

(par Charles-Louis Detournay)

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