Conan Doyle et Lovecraft revisités par I. N. J. Culbard

18 mai 2011 0
  • Américain élevé au Royaume-Uni, et inspiré graphiquement par {{Yves Chaland}}, {{I. N. J. Culbard}} a illustré quatre adaptations des récits d’investigation policière de Sherlock Holmes d’{{Arthur Conan Doyle}}. Son éditeur français, Akileos, vient d’en achever la publication. S'y ajoute une intéressante vision des {Montagnes hallucinées} d’{{Howard Phillips Lovecraft}}. Un auteur à découvrir.

Nous avions rencontré le fort sympathique I. N. J. Culbard lors du festival d’Angoulême 2011, en train de dédicacer sur le stand d’Akileos. Dessinateur, édité par Dark Horse aux États-Unis, mais aussi narrateur, Culbard avait tâté, avant de faire de la bande dessinée, de la mise en scène dans l’animation ou de la réalisation dans les domaines de la publicité, de la télévision et du court-métrage.

Cela se sent chez lui lorsqu’il se met à commenter, en connaisseur, les trouvailles scénaristiques de la récente série de la BBC reprenant des histoires de Sherlock Holmes dans un contexte contemporain. Cette reprise, totalement innovante et de qualité, a rencontré un succès d’audience mérité au Royaume-Uni et a été diffusé voici peu en français sur France 4.

Conan Doyle et Lovecraft revisités par I. N. J. Culbard
Une planche d’après le « Signe des quatre » d’Arthur Conan Doyle qui, suite au relatif insuccès d’« Une Étude en rouge », avait vraiment lancé les aventures de Sherlock Holmes. Car les meurtres perpétrés alors à Londres par Jack l’Éventreur ont favorisé le développement du genre littéraire policier dans l’Angleterre victorienne…
© 2011 I. Edginton, I. N. J. Culbard & Akileos

Un Américain atypique

Le dessinateur sait de quoi il parle. Il a mis en images, avec l’écrivain britannique Ian Edginton, quatre romans du célèbre détective flanqué de l’inséparable docteur Watson : Une Étude en rouge (1887), Le Signe des quatre (1889), Le Chien des Baskerville (1901) et La Vallée de la peur (1914), qu’Akileos vient de faire paraître. Les enquêtes du roi de la déduction inventé par l’Écossais Arthur Conan Doyle comptent également diverses nouvelles. Le duo Edginton-Culbard ayant en outre produit un Portrait de Dorian Gray d’après l’ironique Irlandais Oscar Wilde.

Les couvertures des quatre adaptations des enquêtes de Sherlock Holmes et du docteur Watson
© 2011 I. Edginton, I. N. J. Culbard & Akileos

I. N. J. Culbard apparaît comme un Américain plutôt atypique. Il se présente lui-même comme tel, rappelant son enfance en Grande-Bretagne ou ses vacances derrière le rideau de fer, en Pologne, le pays d’origine de sa mère. Selon lui, durant la Guerre froide, pour les ressortissants états-uniens, une telle expérience n’était pas très commune et relevait de la véritable aventure.

I. N. J. Culbard sur le stand d’Akileos lors d’Angoulême 2011
© 2011 Florian Rubis

La singularité de cet auteur se décline au niveau de son graphisme, inspiré par la ligne claire. Il insiste sur sa prédilection pour Yves Chaland, référence qu’il avoue peu comprise ou ignorée par la plupart de ses compatriotes. Ceux-ci ne connaîtraient guère mieux Jean-Claude Mézières, qu’il affectionne semblablement, même s’il précise combien il apprécie parallèlement Milton Caniff et Frank Robbins. Une influence présente néanmoins au travers du rôle joué par Jijé (Joseph Gillain->art10462]), passeur de l’école expressionniste américaine du noir et blanc, transmise au dessinateur de Valérian et Laureline qui fut son élève.

Pour Lovecraft, l’âge adulte, c’est l’enfer. L’adapter ça l’est aussi !

Dans un de ses récits fantastiques précurseurs de la science-fiction, Les Montagnes hallucinées (1931), appartenant à son Cycle de Cthulhu, Howard Phillips Lovecraft dépeint l’exploration par une expédition scientifique dans les étendues glacées de l’Antarctique, en 1930. Elle va y être confrontée à l’innommable.

Le gentleman misanthrope de Providence (Rhode Island, Nouvelle-Angleterre), convaincu de la supériorité anglo-saxonne, y confirmait que, dès sa sortie de l’adolescence, il avait perdu toute illusion sur la vie. Mais il parvint à transformer son dégoût éprouvé en « hostilité agissante », comme l’explique Michel Houellebecq dans un livre qui lui est consacré, plus intéressant et plus discret que ceux qui ont suivi : (H. P. Lovecraft, contre le monde, contre la vie, Éditions du Rocher, 1991 & 1999).

Une planche de l’adaptation des « Montagnes hallucinées », où les onomatopées font monter l’angoisse…
© 2011 I. N. J. Culbard & Akileos

En voulant adapter H. P. Lovecraft, un problème incontournable se pose : la nécessité de représenter au moyen du dessin la formidable capacité de suggestion et d’évocation de son œuvre littéraire. Comment se hisser à la hauteur de son pouvoir peu commun de créateur d’univers, de sa puissance visionnaire ? Quid de la nécessité de devoir donner forme aux monstres issus de son écriture ?

Le neuvième art, prescripteur de la littérature

De tels questionnements rejoignent le débat sur la spécificité du neuvième art, cette combinaison de l’image et d’un texte différent de la littérature qu’il adapte, pour traiter d’un tel sujet dans une ligne claire aussi spécifique, alors que d’autres ont choisi des techniques plus expressionnistes et frappantes pour l’œil comme les incroaybles audaces formelles d’Alberto Breccia dans Les Mythes de Cthulhu (avec Norberto Buscaglia, Rackham, 2004).

L’humain ou le chien de traîneau, animaux de laboratoire indifféremment étudiés par l’intelligence supérieure extraterrestre sur sa table de vivisection…
© 2011 I. N. J. Culbard & Akileos

H. P. Lovecraft, quant à lui, était persuadé que la confrontation de l’humain à des intelligences supérieures extraterrestres, comme dans Les Montagnes hallucinées, se terminerait de la façon dont il traite les lapins ou les grenouilles : en civet ou sur la table de vivisection !

I. N. J. Culbard, pour sa part, s’est évité les tortures de l’esprit : Il a employé tous ses atouts graphiques et sa conviction pour nous procurer sa vision du livre. De plus, comme pour ses adaptations avec Ian Edginton des récits du détective du 221 B, Baker Street, il provoque toujours le besoin de se reporter aux œuvres littéraires originales, pour les relire avec une précision et une qualité convaincantes.

(par Florian Rubis)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : I. N. J. Culbard par © 2011 Florian Rubis

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