Conan le Barbare T.1 – Par Jason Aaron, Mahmud Asrar & Gerardo Zaffino – Panini Comics

30 octobre 2019 0 commentaire
  • L'éditeur Marvel a de nouveau obtenu les droits d'adaptation en comics de l'univers de Conan le Barbare : l'année 2019 marque ainsi l'arrivée de nombreuses nouvelles séries consacrées au Cimmérien. Pour porter la première de ces séries, la Maison des Idées a fait appel à l'une de ses plus prestigieuses signatures : le talentueux scénariste Jason Aaron.

Après avoir découvert cette dernière décennie une très large gamme du talent dont était capable de déployer Jason Aaron au service de l’univers de Thor, nous étions impatient de découvrir quel sort allait réserver le scénariste à l’emblématique figure de l’heroic fantasy créé par l’écrivain Robert E. Howard en 1932. Avec les aventures de Thor, Jason Aaron a prouvé qu’il était capable de faire vivre un récit tout aussi épique qu’intimiste ; est-ce que le pari est aussi bien relevé au côté du Cimmérien ?

Bien que l’éditeur fasse appel à lui dès qu’il y un événement à créer autour d’une nouvelle licence (rappelons-nous il y a quelques années de cela son introduction à l’univers de Star Wars), Jason Aaron semble attacher à ce nouvel univers qui lui est offert car celui-ci est lié à ses souvenirs d’enfance. En effet, le scénariste raconte qu’à l’âge de 13 ans, il a découvert un premier livre de Conan signé de Robert E. Howard dans une libraire d’occasion ; une découverte qu’il lui a tellement plu qu’il a depuis lu tous les livres sur le personnage qui ont croisé son chemin. Jason Aaron se présente donc comme un fan qui a l’occasion de prendre les commandes.

Une démarche qui pourrait potentiellement faire peur a priori, car pouvant partir vers le pastiche involontaire ou l’académisme des plus formels, mais c’est un sentiment de crainte qui s’envole bien vite face au sérieux dont fait preuve Jason Aaron (comme à son habitude). Le scénariste nous propose ainsi de retrouver le Cimmérien en bonne forme, en prise avec des aventures taillées pour le mettre en valeur.

À l’image de ce qu’il a pu faire avec le personnage de Thor, Jason Aaron nous propose deux temporalités dans son récit : un Conan mûr roi d’Aquilonie et un Conan impétueux qui n’a pas atteint la vingtaine, les deux étant poursuivis comme une ombre par une menace intemporelle et plus crédible que bien des adversaires rencontrés par notre héros.

Conan le Barbare T.1 – Par Jason Aaron, Mahmud Asrar & Gerardo Zaffino – Panini Comics
Le jeune Conan n’a pas de temps à perdre avec le menu fretin !
© Marvel/Conan Properties International

Chaque chapitre de la série permet de présenter une aventure complète et différente du Cimmérien, dans des endroits et des âges toujours différents (allant par exemple de la jungle de la frontière occidentale à l’océan bordant la côte noire). La grande majorité de ces aventures permettent de mettre en valeur les capacités guerrières du héros, capable d’exploits sanglants et épiques qui le transforment en un véritable surhomme aux yeux des témoins de ses prouesses.

Ce que nous avons particulièrement apprécié, c’est le temps que prend le scénariste pour brosser le portrait d’un homme souvent incompris par ses pairs ou ceux qui croisent sa route ; un homme souvent seul et rongé par cette solitude... tout autant que par la « civilisation » qui s’offre à lui dans les différentes villes ! On découvre ainsi dans cet album un jeune Conan qui a du mal à comprendre le monde qui s’offre à lui au-delà du spectre de la violence et de la guerre, mais aussi un Conan roi d’Aquilonie qui a du mal à rester dans la case que le rôle de souverain lui confère.

Ces exploits et introspections sont mis en tension par une menace lancinante, celle de la Sorcière rouge : celle-ci pense avoir besoin du sang de Conan, qui a de nombreuses fois bravé la mort, pour ressusciter le démon Razazel et le libérer ainsi sur la Terre ! Bien que cet objectif ne soit pas à son planning, Conan sait depuis qu’il est jeune qu’il doit avoir un œil dans son dos pour prévenir les manigances de la sorcière... Peut-être que celle-ci a trouvé le moyen de tromper le roi d’Aquilonie après tant d’années ? Une intrigue dont nous sommes curieux de découvrir la chute, car elle n’est pas racontée dès ce premier album.

Sur le plan graphique, la série est très bien servie par le dessinateur Mahmud Asrar, dont le style arrondi met bien en valeur le jeune Conan, et le dessinateur Garardo Zaffino, dont le style plus abrupt et détaillé accompagne admirablement le Conan mûr. Notons ici que nous avons été surpris par la violence graphique présentée au fil de ces planches : le retour en 2019 de Conan auprès de l’éditeur Marvel ne se traduit véritablement pas par une atténuation de la violence, tant que le sang coule à flots et les membres fraîchement découpés volent au loin ! Relevons aussi les très belles couvertures des chapitres dessinées par le talentueux Esad Ribic.

Ce premier album de Conan le Barbare sous la direction de Jason Aaron nous a convaincus : le scénariste parvient à conjuguer ses qualités narratives aux conditions de l’univers du Cimmérien. Tout au plus, nous attendons désormais une attention plus poussée sur l’intrigue globale, qui se dessine de plus en plus au fil des chapitres mais qui reste en retrait par rapport aux différents souvenirs épiques relatés à propos du héros. Un album qui mérite assurément qu’on y jette un coup d’œil, ou qu’on lui donne sa chance si vous êtes amateurs des aventures de Conan le Barbare.

(par Romuald LEFEBVRE)

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Conan le Barbare | Vie et mort de Conan. Par Jason Aaron (scénario), Mahmud Asrar et Gerardo Zaffino (dessins). Traduction de Thomas Davier. Panini Comics. Sortie le 7 août 2019. 160 pages. 10,00 euros.

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