Concrete - T2 : Fragile Créature - Paul Chadwick - Semic Books

10 octobre 2005 8
  • Après avoir fait découvrir au public français [l'origine du personnage->1815], voici que Semic nous propose une mini-série racontant la participation de Concrete à un film et les problèmes que cela engendre.

Commençons par les sujets qui fâchent : tout d’abord, plusieurs pages de l’album sont clairement scannées, les couleurs étant affadies et les traits légèrement flous. Pour une BD qui date de 1991 et qui est toujours disponible aux États-Unis, cela semble étrange ; ensuite, encore une fois, le public français a droit à une traduction manifestement faite par-dessus la jambe. Approximations, coquilles, faux sens et même contresens se rencontrent un peu trop souvent. Nous n’en ferons pas la liste (cela dit, de grâce, que quelqu’un explique à la traductrice que "opportunity" ne se traduit pas par "opportunité"), mais toutes ces erreurs perturbent vraiment la lecture et ne sont pas dignes d’une BD de cette qualité, ni d’ailleurs d’un éditeur qui semble vouloir faire des efforts pour présenter de vraies œuvres d’auteur - mais qui n’a cependant pas jugé bon de traduire les textes accompagnant les doubles pages terminant chacun des épisodes, ni d’inclure la dernière (qui n’ajoutait rien à la narration principale, heureusement), on peut penser pour une question de pagination.

Venons-en au contenu de l’album : malgré sa célébrité, Concrete ne roule pas sur l’or, et quand l’offre lui est faite de participer aux Souverains de l’omnivers, un film fantastique, il n’hésite pas à sauter sur l’occasion. Mais à la condition qu’il n’apparaisse pas devant la caméra : son rôle se bornera à jouer les gros bras pour les équipes d’effets spéciaux et de décors, ce qui ne plaît pas trop au responsable des dits effets. L’argent économisé par la venue de Concrete sera autant de moins qui passera entre ses mains...

Paul Chadwick a lui-même participé à plusieurs films pendant quelques années, entre autres comme artiste de story-board. Mais il n’a pas mis les pieds sur le tournage des Maîtres de l’univers, dont est manifestement inspiré celui auquel Concrete va prendre part. L’acteur principal de ce film est quant à lui un mélange entre Arnold Schwarzenegger et Dolf Lundgren (pour la blondeur de la tignasse), celui-ci ayant joué Musclor dans le vrai film (ah, Lundgren en petite tenue qui se prend pour Conan...).
Autre référence évidente : le directeur artistique est une version fictive de William Stout, célèbre illustrateur américain (par exemple pour ses saisissantes et réalistes peintures de dinosaures) qui a, en fait, participé au film de Conan le barbare. Chadwick s’est donc amusé à mélanger faits et personnages réels pour en tirer une histoire à la frontière entre réalité et fiction.

Si un film tiré d’une ligne de jouets semble être un contexte bien léger, tout le talent de Chadwick réside dans sa capacité à créer des conflits et des rapports humains qui touchent le lecteur, mais aussi à montrer que même sur un projet qui n’a a priori par grand chose d’artistique, des gens talentueux arrivent à faire naître de la beauté. C’est là un des thèmes principaux de Concrete : la vie, dans toutes ses manifestations, est beauté. Ce n’est sûrement pas Maureen Vonnegut, la scientifique chargée de l’étude du corps extraterrestre de Concrete, qui nous contredirait. Une sous-intrigue la met en scène, pour une relation avec un scientifique iconoclaste mal vu par son pays, dangereuse pour la carrière de Maureen. Amour, amitié, envie et solidarité sont eux aussi des thèmes universels que Chadwick intègre à son histoire.

Son dessin, un peu plus tremblé que celui que les lecteurs français ont découvert sur Étrange Armure, le précédent album publié aux USA en 1997, est une merveille de finesse et de légèreté. Chadwick est un illustrateur dans ce que le terme a de plus noble, de plus évocateur.

Fragile Créature, le titre de cet album, est une belle image évoquant à la fois l’existence humaine et toutes nos entreprises, qu’elles soient professionnelles ou amoureuses. Et Concrete, pour solide que soit son corps, n’est pas le moins touché par cette sensation de fugacité qui donne tout leur prix aux bons moments.

(par François Peneaud)

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8 Messages :
  • Pour revenir sur le côté flouté de certaines pages (je fais confiance, j’ai toujours pas reçu mon ex), faut remarquer que, JUSTEMENT, ça date de 1991. Que toute la production de cette époque, tous éditeurs confondus, n’est pas numérisée, et qu’une grande partie, tous éditeurs confondus encore, n’est disponible qu’en films. Alors, si les films sont détruits, indisponibles, fournis en retard, incomplets, la solution, c’est le scann.

    Alors fournir comme argument que c’est disponible depuis 1991, justement, est un contre-sens : il est plus probable que de telles choses arrivent sur un produit de 1991 que sur un produit de 2001. (Et si cela se produit sur un bouquin datant de 2001, c’est LÀ PRÉCISÉMENT qu’il faut râler.)

    Sans information plus précise (de la part de l’éditeur, tant qu’à faire), pas la peine de gnagnater : si ça se trouve, c’était la seule solution qui restait...

    Jim Lainé

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    • Répondu par François Peneaud le 10 octobre 2005 à  17:59 :

      Certes, mais le livre est toujours disponible aux USA. Mieux, il va être réédité dans une nouvelle édition. J’ai du mal à croire que les films ne sont pas disponibles.

      Je ne suis jamais arrivé à rentrer en contact avec Sémic, donc je fais avec ce que je pense.
      Libre à eux de venir me reprendre.

      Les problèmes de traduction, eux, n’ont rien à voir avec l’âge de la BD, par contre.

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      • Répondu par Jim le 10 octobre 2005 à  19:09 :

        Tiens, un obsessionnel (ce qui ne m’étonne pas).

        Je parlais des films, du matériel, moi. De rien d’autre.

        C’est marrant, cette manie de continuer à défourrailler sur des carrosseries déjà criblées. Je crois qu’un lecteur sachant lire n’a pas pas loupé tes paragraphes venimeux sur la traduction. Inutile d’insister.

        Jim

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        • Répondu par François Peneaud le 10 octobre 2005 à  20:43 :

          Je n’avais pas l’impression que nous nous connaissions assez pour nous tutoyer.

          Me qualifier d’obsessionnel est bien facile et évite de se poser des questions sur les raisons de la piètre qualité de la traduction.
          Si vous voulez que nous nous lancions dans une discussion des erreurs de traduction, pourquoi pas.

          Vous parliez effectivement de la qualité matérielle de ce livre. Je parlais de la qualité générale du travail de l’éditeur.
          Que je sache, je ne me suis pas gêné pour dire tout le bien que je pensais d’autres albums édités par Sémic.

          Quant à mes "paragraphes venimeux", je ne vois pas en quoi ma chronique était venimeuse, elle était au contraire mesurée. A moins que vous ne considériez tout avis défavorable comme venimeux - et que vous pensiez que j’avais tort à propos de l’exemple d’erreur que j’ai donné.

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      • Répondu par Jim le 10 octobre 2005 à  19:10 :

        Ah au fait, "par contre" est une faute.
        Tolérée, comme "avoir l’air idiot", ceci dit...

        Jim

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        • Répondu par François Peneaud le 10 octobre 2005 à  20:49 :

          Ah, oui, j’aurais dû utiliser "en revanche".
          Cela dit, le Petit Robert dit « LOC. ADV. PAR CONTRE : au contraire, en revanche ».

          Seriez-vous plus exigeant que le dictionnaire ?

          Et évitez les allusions du genre de « Tolérée, comme "avoir l’air idiot", ceci dit » si vous voulez continuer à qualifier certains de mes propos de "venimeux".

          Oh, en passant, vous auriez dû utiliser "cela dit", et non "ceci dit". Juste une faute courante que nous commettons tous de temps en temps (moi y compris).

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          • Répondu par Zorro le 14 octobre 2005 à  23:48 :

            François :

            "Approximations, coquilles, faux sens et même contresens se recontrent un peu trop souvent."

            Je n’aime pas recontrer de coquilles dans les articles que je lis, moi non plus.

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            • Répondu par François Peneaud le 15 octobre 2005 à  09:35 :

              Aha.
              Bien dit.

              Qu’est-ce qui vous empêchait d’utiliser votre vrai nom ?

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