Confinement : en solidarité avec les librairies fermées, les parrains de BD2020 démissionnent !

31 octobre 2020 4 commentaires
  • Ce devait être la fête de la BD, une sorte de consécration. L’année de la BD, BD 2020, avait été inaugurée en fanfare en décembre 2019 avec quatre parrains : Catherine Meurisse, nommée à l’Académie des Beaux-Arts, Florence Cestac, première femme Grand Prix du Festival d’Angoulême, Régis Loisel, Grand Prix d’Angoulême et le facétieux Jul, l’auteur de « Silex in the City ». Ils viennent de démissionner pour protester contre la décision du gouvernement de fermer les librairies qui ne sont pas considérées comme des commerces de « première nécessité ».
Confinement : en solidarité avec les librairies fermées, les parrains de BD2020 démissionnent !
Catherine Meurisse
Photo : Chloé Vollmer - Dargaud

Trop c’est trop. Bien sûr, il y a la pandémie ; bien sûr, il y a la nécessité de se protéger, d’éviter la saturation des hôpitaux, de ménager le personnel soignant. Bien sûr, cette gestion n’est pas facile et, dans un contexte compliqué par la menace islamiste, on ne voudrait pas être à la place des autorités mises dans la nécessité de prendre des décisions fermes sans tergiverser.

Mais un minimum de réflexion et de cohérence sont nécessaires : pourquoi fermer les petits commerces et laisser ouvertes les grandes enseignes ? Pourquoi laisser les FNAC ouvertes et pas les librairies spécialisées ? Parce qu’elles vendent des biens de première nécessité comme les produits informatiques ? C’est absurde, et les auteurs de bande dessinée n’ont pas manqué de le faire savoir.

Jul, lors de l’inauguration en décembre 2019. Jusque là tout allait bien...
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Régis Loisel
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Florence Cestac
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Dès l’annonce du confinement, Joann Sfar ou Riad Sattouf montaient au créneau pour que les librairies restent ouvertes. Dans la foulée, plusieurs points de vente se révoltaient : ce boulevard laissé aux tycoons de l’Internet comme Amazon (dont le chiffre d’affaire a bondi pendant la crise de la Covid) ou aux grandes surfaces tient des décisions du Père Ubu.

Aujourd’hui, coup de théâtre : Florence Cestac, Catherine Meurisse, Régis Loisel et Jul, les grands noms de la BD qui avaient apporté leur caution à BD2020 claquent la porte. Le soufflet est cinglant pour le gouvernement.

Dès le premier confinement, ActuaBD avait souligné l’absurdité de fermer les librairies à condition que les normes sanitaires (Drive-In, Click&Pick, paiement sans contact…) soient respectées. Face à la grogne des libraires, que fait le gouvernement ? Il demande de fermer les rayons de livres, une interdiction supplémentaire aux interdictions, alors que l’on pouvait donner aux points de vente des conseils et éventuellement un assistance responsables. Tout le monde sait ben que les principaux clusters sont dans les entreprises et dans les grosses réunions familiales. Pourquoi ne pas assouplir les normes et traiter les activités culturelles au cas par cas ?

Dans une grande surface : interdiction de vendre des livres !
Photo : Étienne Davodeau
Chez "Bulles en tête" à Paris, le comptoir d’enlèvement des commandes est prêt. Pourquoi cette librairie devrait fermer ?
Photo : Librairie Bulles en tête.

Le monde de la BD a en tout cas pris position. L’année de la BD risque bien de passer, selon l’expression du Père Ubu d’Alfred Jarry, « Dans la trappe ! »

Le communiqué des auteurs
Dessin de Riad Sattouf.
Dessin de Nob

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
Participez à la discussion
4 Messages :
  • De toute façon cette année 2020 de la BD n avait plus aucun plus aucun sens si ce n’est que celui du ridicule.
    Je suis sensible à la symbolique du geste car il ne reste plus que la valeur du symbole pour une démission le 31 octobre.

    Espérons néanmoins que ce symbole ajouté aux pétitions et aux manifestations de soutien auront l effet attendu auprès de nos gouvernants

    Répondre à ce message

  • De voir des livres interdits d’accès, l’image est forte et inquiète sur le mode de pensée des dirigeants actuels.
    On salut les parrains qui enfin se réveillent.
    Fêter la BD et en même temps ne rien faire pour les auteurs en difficultés.
    Trois ministres insipides de la culture, depuis qu’il est en place et Bachelot qui ne démisionne pas ?
    Elle défend rien mais elle soutient. Nous voilà rassurés.

    Répondre à ce message

  • "Les marraines et parrains démissionnent" aurait été plus juste il me semble.

    Répondre à ce message

  • Je suis bien entendu moi aussi "malheureux" que les librairies ferment, pendant a priori au moins 2 semaines, peut-être plus. Je vous livre néanmoins ces quelques réflexions :
    1- arrêtons de faire croire que le livre serait un "produit de première nécessité" : on peut très bien ne pas lire pendant un mois, on ne peut pas ne pas s’alimenter. Dur reste un très grand nombre de français n’achètent et ne lisent aucun livre, je ne dis pas qu’ils ne s’en portent pas plus mal ni que la société ne s’en porte pas plus mal, mais force est de constater qu’ils n’en meurent pas. La priorité actuellement est de limiter les sorties, les contacts, les déplacements etc, il est donc logique de fermer les lieux de socialisation et de flânerie que sont les commerces non-alimentaires et notamment les librairies, cela semble compliqué d’y échapper… Et vous savez très bien que si on ferme les tabacs ça va péter dans toute la France… ;
    2- Avec le click & collect on peut tout à fait faire tourner raisonnablement les librairies indépendantes, si on a envie de les soutenir. Entre cela, les aides publiques et le fait que leurs charges vont baisser (chômage partiel car personnel réduit), je pense, j’espère que cette situation, si elle ne s’éternise pas, ne signera pas leur arrêt de mort.
    3- Dans ce contexte, la fermeture des rayons livres des FNAC et de la grande distribution est une victoire à la Phyrrus : il se vend dans les hypermarchés etc pas mal de BD "grand public" (genre Bamboo etc.), ça va faire un trou dans la caisse des éditeurs et des auteurs, et/ou enrichir Amazon. Et ça ne va rien rapporter aux libraires indépendants pour autant… Les gens qui de toutes manières ne fréquentent pas les librairies indépendantes, vont soit annuler leurs achat, soit se tourner vers la fnac.com et Amazon… Je suis un peu choqué de voir des libraires indépendants se réjouir de cette décision assez absurde qui va toucher toute la chaine du livre…
    4- A l’approche des fêtes, des prix littéraires, et à une période ou, paradoxalement, les gens ont plus de pouvoir d’achat à consacrer aux loisirs et donc aux livres (plus de ciné, plus de restos, plus de voyages, et les projets de gros achats reportés ou annulés), le monde du livre, au lieu de claquer des portes comme les parrains de BD2020, de chouiner et de se victimiser, devrait se retrousser les manches et faire un peu preuve d’imagination — comme le fait mon libraire de quartier, à Lyon où je vis !

    Répondre à ce message