Coup de cœur de la Rentrée : "La Fin du monde en trinquant" - Par Jean-Paul Krassinsky - Casterman

25 septembre 2019 0 commentaire
  • Il y a trois ans, Jean-Paul Krassinsky avait fait une entrée remarquée dans le catalogue Casterman grâce à l'excellent "Crépuscule des idiots". Il est de retour en cette rentrée avec un nouveau roman graphique mêlant animaux anthropomorphiques, humour acide et cruauté. Bref, un récit jouissif.
Coup de cœur de la Rentrée : "La Fin du monde en trinquant" - Par Jean-Paul Krassinsky - Casterman
La Fin du monde en trinquant
Jean-Paul Krassinsky © Casterman

C’est l’histoire d’un cochon brillant, génie de l’astronomie qui a fait la fierté de la Grande Russie. Malgré tout son prestige, Nikita Petrovitch est aujourd’hui un peu en fin de carrière. Il a été brisé par la vie et par les lourdeurs de l’académie. Ses collègues le considèrent bon pour la casse.

Un jour, il se voit flanqué d’Yvan Polansky, un jeune chien dont la stupidité n’a d’égale que sa sympathie. En effet, Polansky souhaiterait devenir scientifique, alors qu’il est dénué de talent pour cette matière. Une relation haut placée de sa mère lui trouve une place d’assistant chez Petrovitch. C’est alors que le vieil astronome fait une découverte capitale : une comète gigantesque s’écrasera bientôt en Sibérie, causant ainsi la mort de milliers d’innocents.

Méprisé par la cour impériale, le vieux cochon emmène avec lui le jeune chien pour un grand voyage au secours des habitants ignorants de la menace. Il sait qu’il n’a plus rien à perdre et ce voyage -imposé- en Sibérie pourrait sonner comme sa revanche afin de se légitimer à nouveau. Mais rien ne se passe comme prévu : le duo est kidnappé par une horde de bandits déterminés à monnayer leur libération…

Un retour de premier plan chez Casterman

Trois ans après Le Crépuscule des idiots, Jean-Paul Krassinsky est de retour dans le catalogue Casterman avec un nouveau roman graphique intitulé La Fin du monde en trinquant. Un récit qui répondait à de nombreuses envies, comme il nous l’a expliqué lors de son passage à Bruxelles ce mois-ci :

« Tout d’abord, une de mes envies de scénario était de traiter un duo, un couple de personnages mal assortis comme on peut le voir dans les films de Gérard Oury (La Grande Vadrouille) ou de Francis Veber (La Chèvre). C’est vraiment cette envie de scénario qui m’a motivé. Et puis, le contexte historique me semblait intéressant car l’histoire se passe dans la Grande Russie, à l’époque des Lumières. Je trouvais rigolo que l’un de mes personnages principaux ne soit pas une lumière (rire). »

Utiliser des animaux pour incarner des personnages humains est un procédé qui permet notamment de raconter des scènes d’une grande dureté, aussi bien physiques que psychologiques. Ainsi, Jean-Paul Krassinsky utilise cette technique pour adoucir son propos, permettant ainsi au récit d’évoluer vers la comédie. Il croque des personnages extrêmement durs : des paysans russes, des brigands, des laissés pour compte qui mènent une vie très rude. Le monde qu’il dépeint n’est pas un monde de finesse et de politesse. C’est un monde âpre et froid dans lequel il s’amuse à balancer ses deux aristocrates.

L’autre motivation de Krassinsky était de situer son histoire à l’époque des Lumières : « C’est la période où l’Europe s’éveille un peu aux sciences et à la littérature », nous dit-il. « C’est aussi la période qui précède l’industrialisation de l’Europe. C’était une bonne époque pour parler des obscurantismes de tout poil. Le scientifique qui prédit une catastrophe, personne ne l’écoute que ce soit dans les salons feutrés de Saint-Pétersbourg ou au fin fond d’une forêt en Sibérie, les gens ont le même déni face à l’évidence », assène-t-il, philosophe.

Un long travail de mise en scène

À l’instar du Crépuscule des idiots, Krassinsky a opté pour l’aquarelle pour la colorisation de cette histoire : « Les couleurs sont à l’aquarelle. C’est la technique de la couleur directe. Cela fait un moment que je travaille comme ça. Je considère la couleur comme un outil au service de la narration. C’est un peu comme un opérateur photo. Je dispose, par exemple, d’une capacité à faire des flous et des nets, ce qui me sert pour donner le focus sur certains personnages ou certains passages du récit. Et puis au-delà de ça, cela donne un grain à l’aquarelle. J’ai d’ailleurs pris d’autres aquarelles que sur mes livres précédents, puisque avant j’utilisais des aquarelles beaucoup plus transparentes. Là, j’ai choisi une marque un peu plus opaque, qui me permet de faire ressortir le côté un peu plus terreux et un peu sale de la Sibérie. Les couleurs attaquent un peu le trait. »

Autre point commun avec son précédent récit, La Fin du monde en trinquant est aussi un pavé, un album à la pagination dense. Un format qui n’est pas toujours évident à vendre à un éditeur : « Mon précédent roman graphique pour Casterman était un pari car il faisait trois cent pages. D’autres éditeurs m’auraient demandé de scinder mon récit en deux ou trois tomes. Mais je pense qu’un livre, c’est comme un film, il doit se consommer d’une traite », nous a-t-il confié. Il poursuit : « j’ai écrit le récit bien en amont, ce qui me permet ensuite de gérer le rythme de la narration et d’attaquer le dessin. Sur un volume comme celui-ci, il ne faut pas se rater en terme de rythme. Cela nécessite pas mal de travaux préparatoires. »

Un nouveau projet en gestation pour Casterman

Jean-Paul Krassinsky semble se plaire chez l’éditeur parigo-tournaisien car, prochainement, il nous proposera la réédition du Singe qui aimait les fleurs. Un projet publié il y a douze ans dans la collection Poisson Pilote des éditions Dargaud : « Je vais refaire la mise en couleurs à l’aquarelle, pour lui donner un autre rendu, une autre patine, au point que j’ai l’impression que c’est un nouveau livre ». Sans crier gare, Krassinsky semble s’inscrire comme une valeur sûre de l’éditeur historique de Tintin.

Voir en ligne : Découvrez cet album sur le site des éditions Casterman

(par Christian MISSIA DIO)

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En médaillon : Jean-Paul Krassinsky
Photo © Christian Missia Dio

À lire sur ActuaBD.com :

La Fin du monde en trinquant, par Jean-Paul Krassinsky - éditions Casterman. Albums paru le 28 août 2019. 232 pages, 25 euros.

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