Coup de cœur de la rentrée : Seul au monde, par Serge Fino (Glénat)

2 septembre 2019 0 commentaire
  • Serge Fino entame un étonnant périple en solitaire : l’adaptation du livre de Sébastien Destremeau qui avait bouclé le Vendée Globe en 124 jours. Un récit plein de sensibilité servi par une superbe mise en couleurs directes.

Le parcours de Serge Fino a de quoi étonner : sa première grande saga se bâtit entre 1997 et 2004, avec les Ailes du Phaéton, un univers d’Heroic Fantasy très bien implanté chez Soleil, où trois scénaristes (Tarquin, Crisse et Isabelle Plongeon) lui livrent successivement trois triptyques.

On croyait le dessinateur dévolu à continuer dans le genre, mais il surprend en changeant de registre : tout d’abord avec des thrillers, puis en entamant des séries réalistes historiques : Les Chasseurs d’écume avec François Debois et Les Maîtres Saintiers avec L. -F. Bollée. Le trait a changé, plus fin, apportant une sensibilité bienvenue à la narration.

Coup de cœur de la rentrée : Seul au monde, par Serge Fino (Glénat)Fino était donc toujours épaulé par un scénarise ; il conserve d’ailleurs sa collaboration avec François Debois, car les deux auteurs viennent de démarrer une nouvelle série bretonne avec L’Or des marées, tout aussi réussie (nous vous en reparlerons. Mais alors que Fino a donc débuté cette nouvelle série, on est étonné qu’il ne se limite pas à celle-là, en initiant une seconde nouveauté chez le même éditeur.

Seconde surprise, Serge Fino a décidé d’adapter seul le roman de Sébastien Destremeau, une première pour sa part. Troisième surprise, l’auteur a décidé de relever ce défi en couleurs directes, un choix graphique qu’il n’avait pas encore expérimenté. Cela fait beaucoup de nouveaux challenges pour un seul auteur, de quoi susciter notre curiosité.

Avant d’aborder l’adaptation en elle-même, rappelons le parcours de Sébastien Destremeau, dont Serge Fino adapte le livre. Le 11 mars 2017, au terme de 124 jours de navigation, Sébastien Destremau, 52 ans, clôture le huitième Vendée Globe, plus de cinquante jours après le vainqueur, Armel Le Cléac’h. Dix-huitième et dernier à avoir franchi la ligne d’arrivée aux Sables-d’Olonne, celui qui n’avait jusque-là jamais fait de course en solitaire vient d’écrire l’une des plus incroyables histoires humaines de la navigation.

Dès les premières pages, on est happé par la force des planches en couleurs directes de Serge Fino : les cases sont grandes, à la mesure de l’océan contre lequel Destremeau se mesure avec son bateau. Premier flashback, et première lumière : le bleu azur se confond aux souvenirs de l’enfance du futur skipper. Fino a fait le plus dur : créer le lien entre le lecteur et son héros-personnage dans les premières pages. Pourtant, très rapidement, l’auteur livre déjà la fin de son récit : pour ceux qui ne s’en serait pas souvenu, Destremeau franchit bon dernier la ligne d’arrivée du Vendée Globe. Pari audacieux de sacrifier ainsi son suspense sur une série de cinq tomes ! On se demande alors comment Fino parviendra à captiver son lectorat ? Uniquement grâce à la maîtrise de son graphisme nouvellement dopé par sa couleur directe ?

<

Non, pas seulement. Et c’est justement là que son premier tome sort de la norme pour se révéler tout simplement remarquable. Tout le reste du récit se construit sur un flashback à deux grands niveaux : le premier décrit toutes les étapes d’un homme passionné par la mer et qui veut se lancer dans le Vendée Globe alors qu’il n’a aucun sponsor et ne connait rien à la course en solitaire ; le second récit complète progressivement la personnalité de Destremeau avec des flashbacks liés à ses parents, son enfance, sa scolarité, tous les ferments qui ont composé l’homme qui émeut par sa force de caractère.

Entre ces moments intimes, et des moments de suspenses savamment dosés puis déminées pour bien rappeler au lecteur que le récit n’est pas un thriller, Fino compose une fabuleuse fresque humaine, certes faite de traumatismes (le traitement graphique de cet enfant battu par son père est aussi poignant qu’exceptionnel), mais aussi de rencontres entre des personnes qui défendent certaines valeurs, et un homme qui croit en ses rêves.

Serge Fino signe là un superbe album, qui enthousiasme autant qu’il touche. Certes, ses couleurs directes très évocatrices entraînent le lecteur dans les embruns de son périple, mais son adaptation et sa mise en page confèrent à ce récit toute la puissance nécessaire à cette épopée humaine. Avec Seul au monde, Serge Fino entre dans la cour des grands, et pour notre part, nous serons présents à chacun de ses prochains albums, pour nous assurer qu’il continue à nous surprendre et à nous faire vibrer de la même façon.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

Seul au monde, T1 - Par Serge Fino, adapté de Sébastien Destremeau - Glénat

  Un commentaire ?