Coup de cœur de la rentrée : "Wilderness", par Ozanam & Bandini, d’après Lance Weller - Soleil

29 août 2020 0
  • Drame psychologique sur fond de Guerre de Sécession et de ségrégation, "Wilderness" s'impose comme l'un des romans graphiques de la rentrée, fort d'une adaptation profitant de la large palette des possibilités de la BD, et d'un dessin qui prend aux tripes.

1899. Abel Truman, vétéran sudiste de la guerre civile américaine, vit entre l’océan, la montagne et les forêts pluviales du Pacifique Nord-Ouest. Hanté par la guerre et plus particulièrement la Bataille de la Wilderness, l’un de ses affrontements les plus sanglants, il décide de partir vers l’est avec son chien, comme un dernier tour de piste avant de mourir.

Un ultime voyage vers le souvenir des rares jours heureux, mais qui s’assombrit quand Abel rencontre un homme au visage déchiré et un Indien aux yeux sans éclat. Ils l’attaquent, lui dérobent son chien et le laissent pour mort. Alors, la violence qu’Abel avait enfouie au plus profond de lui depuis la fin de la guerre, remonte et vient frapper de nouveau, charriant tous les souvenirs qu’il croyait avoir enfouis pour toujours.

Coup de cœur de la rentrée : "Wilderness", par Ozanam & Bandini, d'après Lance Weller - Soleil

Multiprimé et très remarqué pour la force de son premier roman Wilderness, Lance Weller n’a pourtant pas hésité lorsqu’on lui a proposé de l’adapter en bande dessinée. Tout simplement car, comme il l’explique dans la préface de ce roman graphique, cet écrivain à l’enfance assez misérable avait l’interdiction de lire un comics… et qu’il s’est largement rattrapé par la suite !

Si la force du roman prend aux tripes le lecteur de cette bande dessinée, il est également d’emblée frappé par les choix, aussi justifiés qu’ambitieux, du scénariste Antoine Ozanam : ces cases de style différent au sein de la même page pour démontrer la fragilité psychologique du personnage central ; les deux époques (1864 et 1899) respectivement en noir et blanc et en couleurs, qui délivrent chacune les morceaux du puzzle du récit ; puis le jeu des éléments en couleurs (chemise jaune et peinture bleue) qui apportent des fils narratifs complémentaires, afin de guider le lecteur. Quelques pistes bien utiles car le scénariste a choisi de faire passer beaucoup plus d’informations par le truchement des images que par les dialogues.

Déjà associé à Ozanam sur Face contre ciel, Bandini livre ici un dessin sans concession. Chaque case est un cri ! Contre la guerre, la misère, la bêtise, la violence, la ségrégation et surtout... la connerie des hommes ! Des hommes dont la langue claque plus vite que le fusil, dans ces immenses espaces qui rivalisent de beauté..

Bandini insuffle du mouvement et de l’âme à chacun de ses dessins. On aurait cependant parfois aimé qu’il multiplie les tableaux comme ceux de la couverture ou du quatrième plat, tant son talent dans les contrejours et les atmosphères monochromatiques est confondant. Heureusement, certaines cases dédiées à la nature rappellent que ses capacités ne se limitent pas à dépeindre l’horreur et la folie humaines.

4e de couverture

Les lecteurs du roman de Lance Weller retrouveront certainement dans cette adaptation tous les éléments qui les ont fait vibrer. Les autres devront sans doute relire une seconde fois ce superbe roman graphique pour replacer certains éléments dont leur contexte et saisir toute la force de ce qu’il évoque : la violence malheureusement indissociablement liée à l’Histoire américaine, l’autodestruction lorsque la rédemption n’est plus possible, ainsi que la faculté de chaque humain de croire que sa propre vision des autres est toujours la meilleure.

Même s’il n’est pas exempt de quelques défauts, cette adaptation de Wilderness s’affirme comme l’un des ouvrages marquants de cette rentrée : sa thématique, sa réussite et son format auraient dû le ranger dans la prestigieuse collection Noctambule de Soleil... en espérant que celle-ci pourra nous proposer prochainement d’autres titres aussi réussis.

(par Charles-Louis Detournay)

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Illustrations : © Editions Soleil, 2020 – Ozanam, Bandini

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